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Les Falaises de Virginie DeChamplain: Le bout du monde est ici

<strong><em>Les falaises</em></strong><br>Virginie DeChamplain<br>La Peuplade<br>218 pages
Photo courtoisie Les falaises
Virginie DeChamplain
La Peuplade
218 pages

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Quelle puissance se dégage du roman Les Falaises ! Comme si les rudes paysages où se campe le récit, d’abord la Gaspésie puis l’Islande, avaient trouvé écho dans l’écriture.

Les Falaises est un roman chargé de fougue. Pourtant, on y bouge peu. C’est plutôt d’un voyage intérieur dont il est question. Une grande force se déploie néanmoins. Elle passe par la nature. Si l’héroïne se tient immobile devant des fenêtres grandes ouvertes, c’est pour mieux sentir le vent du fleuve qui s’engouffre.

Cette héroïne est identifiée par une lettre : V. Sa mère a été retrouvée morte sur la plage, rejetée par les eaux du Saint-Laurent. Un suicide.

V. quitte donc Montréal, ramasse en passant sa sœur Ana qui demeure à Rivière-du-Loup, revient à sa Gaspésie natale. Il faut voir à enterrer la mère puis à vider sa demeure du bord du fleuve, peut-être jeter celle-ci à terre.

Une fois sur place, V. décide plutôt de s’y installer quelque temps. Un besoin soudain de prendre son temps pour découvrir l’histoire de sa mère, « pour mieux l’effacer ».

C’est ainsi qu’elle tombera sur des cahiers restés cachés. Ils ont été rédigés par sa grand-mère maternelle, qu’elle n’a pas connue, qui avait quitté son Islande pour venir faire sa vie en Gaspésie. Elle y plonge, fascinée.

« Je file d’un cahier à l’autre, dévore les années où on s’est manquées », et ainsi V. réalise qu’elle est d’une lignée de femmes fantasques, en quête à la fois de voyages et d’appartenance.

« Ma grand-mère aventureuse ma mère vagabonde. Mes insoumises. » Ainsi les décrit-elle. Et elle décide de partir à leur rencontre, en retrouvant les falaises islandaises qui ont marqué sa grand-mère.

Ce récit intimiste se distingue grâce au mariage réussi d’images fortes, poétiques, qui se jouent de la ponctuation, et de dialogues réalistes, notamment entre V. et Chloé, jeune femme du village qui deviendra son amoureuse.

Au bout de la Terre

Surtout, la Gaspésie y est en soi un personnage ensorcelant, et les descriptions qu’en fait l’auteure donnent envie d’y succomber à son tour. Les vagues dans la crique, le « Saint-Laurent jusque dans l’échine », la galerie où l’on s’assoit «  les jointures frettes dans la tempête qui s’en vient »...

La Gaspésie comme bout de la Terre, avec cette question qui porte le roman : « comment on fait pour s’évader quand on est déjà à l’autre bout du monde ». 

On comprend dès lors pourquoi ces femmes qui fuient finissent toujours par y revenir. Claire, la grand-mère, fera son pèlerinage de retour en Islande, mais n’y restera pas. Frida, la mère de V., entraînera longtemps ses deux filles dans des voyages autour du monde, portée par son excentricité – au village on l’appelait la grand’folle. Pourtant, elle choisira de mourir dans les grandes marées du Saint-Laurent.

On peut fuir le bout du monde, mais aussi le réapprivoiser. C’est le très beau chemin sur lequel V. nous aura entraînés.