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Coronavirus: les restaurateurs encaissent déjà les contrecoups

Certains ne pensent pas être en mesure de survivre à une crise pendant deux mois

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Il n’y avait que quelques clients à La Cage du Complexe Desjardins, à Montréal, quand Le Journal a rencontré Jean Bédard, président et chef de la direction du groupe Sportscene.

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Réservations annulées, tables vides et chiffre d’affaires en chute libre, les restaurants ressentent de plein fouet la crainte des Québécois face au coronavirus.  

« D’habitude, c’est complet et j’ai des gens qui attendent [à l’extérieur] », souffle avec découragement le propriétaire de L’Avenue, sur la rue Notre-Dame à Montréal, Joseph Hayeck.    

Hier matin, seulement le tiers des tables accueillaient des clients, alors que le populaire restaurant qui sert des brunchs attire fréquemment des foules prêtes à faire la file même en plein hiver.    

Sa situation n’a rien d’unique. De grandes chaînes de restauration comme St-Hubert, Pacini et La Cage ont toutes rapporté au Journal une baisse marquée d’achalandage vendredi soir.   

40 à 60 % de baisse  

« Ça n’avait rien d’un vendredi normal », souligne la vice-présidente des opérations chez Pacini, Isabelle Gamache.    

Le président du groupe Sportscene, Jean Bédard, note que des brasseries La Cage à Montréal ont connu des baisses atteignant 40 % du chiffre d’affaires. Partout en province, les restaurants ont vu leur clientèle diminuer, dit-il, mais la chute était pire à Montréal qu’en région.   

Des établissements avaient des tables vides, et l’heure du souper s’est terminée plus tôt, a-t-il remarqué, ajoutant que l’annulation de tous les événements sportifs a aussi un impact négatif.   

Propriétaire de plusieurs bars et restaurants dans la métropole, Peter Sergakis déplore une chute des revenus « excessivement drastique », allant jusqu’à 60 %.   

Deux mois de survie  

Armando Risa et Marie-Josée Boilard, propriétaires du restaurant la Villa Armando, à Mont-Royal, ont vu 36 réservations être annulées sur près de 40 hier soir.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Armando Risa et Marie-Josée Boilard, propriétaires du restaurant la Villa Armando, à Mont-Royal, ont vu 36 réservations être annulées sur près de 40 hier soir.

Après un vendredi soir difficile, la copropriétaire de la Villa Armando à Mont-Royal, Marie-Josée Boilard, comptait sur le service du samedi soir pour se reprendre.   

« J’avais espoir de faire une bonne soirée, j’avais tout près de 40 réservations. Mais il ne reste que quatre personnes qui n’ont pas annulé », laisse-t-elle tomber avec déception.   

Puis, l’annonce d’hier du gouvernement Legault pressant les personnes de 70 ans et plus de rester chez elles a été « un autre coup » pour cette restauratrice.   

« Avec deux mois [comme ça], c’est fini », craint-elle, après 15 ans de succès. Elle estime que toute l’industrie de la restauration aurait besoin d’aide pour traverser la crise actuelle engendrée par la COVID-19.   

Pour l’instant, aucun restaurant contacté hier n’évoque des mises à pied temporaires, préférant attendre de connaître les mesures d’aide aux entreprises promises par le gouvernement provincial.   

« Il faut que les gens se réajustent. On assiste à des comportements extrêmes », fait valoir Jean Bédard.   

Hausse des livraisons  

Autant La Cage que St-Hubert ont noté du même coup une hausse des livraisons.   

Mais pour le restaurant Sumac à Montréal, par exemple, une hausse des commandes pour emporter n’a pas empêché le chiffre d’affaires de baisser d’au moins 30 % vendredi soir, selon le propriétaire, David Bloom.   

« L’heure est grave », a déclaré quant à lui le chef Jérôme Ferrer dans un plaidoyer sur sa page Facebook. Il a appelé les Québécois à ne pas abandonner les restaurants et à se faire livrer des repas.    

Des mesures exceptionnelles, assurent les propriétaires   

Inquiets d’être abandonnés par leurs clients, les restaurateurs assurent que des mesures d’hygiène exceptionnelles sont en place pour les protéger.   

La directrice des communications de St-Hubert, Josée Vaillancourt, souligne qu’aucun établissement n’accueillera plus de 250 personnes, incluant les employés.    

Les jouets pour enfants sont retirés des salles de jeux, et les crayons de cire sont jetés après utilisation, notamment.   

Tout est désinfecté  

Tables, chaises, banquettes, menus, terminaux de paiement, tout ce qui est touché par un client est ensuite désinfecté.   

Même constat dans les restaurants du groupe Sportscene.   

Chez Pacini, le bar à pain a été repensé pour la pandémie. C’est donc un serveur qui apporte au client son choix de pain et de tartinade, ainsi qu’un ustensile pour le faire cuire.    

Ainsi, les clients ne touchent à rien d’autre, souligne la vice-présidente des opérations, Isabelle Gamache.   

Plusieurs restaurants disent aussi avoir retiré des tables pour laisser plus d’espace entre les clients.   

Rien sur les tables  

Du côté de L’Avenue, tout a été retiré des tables.    

Il n’y a donc pas de napperons, d’ustensiles ou de verres. Le couvert n’est ainsi installé que lorsqu’un client s’assoit.   

« C’est sur demande », ajoute le propriétaire Joseph Hayeck à propos du lait et des sachets de sucre pour les cafés et des autres condiments.   

« On veut que les gens continuent de venir », souligne à son tour Marie-Josée Boilard, de la Villa Armando, sur les efforts déployés pour assurer la sécurité et salubrité des lieux.   


♦ En France, le gouvernement a carrément fermé les restaurants pour éviter la propagation de la COVID-19, une situation que redoutent les restaurateurs québécois.  

Fermeture volontaire   

Malgré les répercussions économiques qu’une fermeture temporaire entraînerait, la propriétaire d’un petit restaurant de Montréal invite ses collègues à emboîter le pas et à fermer volontairement boutique dès la semaine prochaine.    

« C’est à nous, les restaurateurs, de prendre la responsabilité pour nos clients et pour notre personnel », soutient Vanya Filipovic, propriétaire du restaurant Vin Mon Lapin.    

Dès mardi, l’établissement de la Petite-Patrie fermera ses portes pour une durée indéterminée. D’autres restaurants, comme le Joe Beef, prévoient faire la même chose, affirme-t-elle.   

Malgré les gros impacts financiers appréhendés, Mme Filipovic croit qu’il s’agit de la bonne chose à faire.    

« Ma décision a été vraiment difficile à prendre, parce que j’ai le bien-être de mes employés, de mon petit restaurant à cœur. C’est stressant comme situation. Si le gouvernement imposait à tout le monde une fermeture nationale, je pense qu’on serait tous soulagés », conclut-elle.   

-Avec Geneviève Pettersen  

  

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