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Soccer: l’Euro repoussé à 2021, décision historique face au coronavirus

Soccer:  l’Euro repoussé à 2021, décision historique face au coronavirus
AFP

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Face au coronavirus, l’Europe du football a pris une décision historique en repoussant à l’été 2021 l’Euro prévu initialement en juin-juillet, a annoncé mardi l’UEFA, un report inédit qui doit permettre d’achever les compétitions de clubs actuellement interrompues par la pandémie.  

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« L’Euro-2020 devait avoir lieu dans douze villes à travers l’Europe du 12 juin au 12 juillet 2020. Nous proposons qu’il ait lieu du 11 juin au 11 juillet 2021 », a écrit l’instance dans un communiqué, un report jamais vu en 60 ans d’existence du Championnat d’Europe des nations.   

« La santé de toutes les personnes impliquées dans notre discipline est la priorité », a ajouté l’UEFA. « Ce changement contribuera à permettre d’achever toutes les compétitions nationales, actuellement à l’arrêt à cause de l’urgence liée au Covid-19. »   

Ce report d’un an de la 16e édition de la compétition, organisée tous les quatre ans sans discontinuer depuis 1960, devrait ainsi permettre à la Ligue des champions, la Ligue Europa et les championnats nationaux de clubs, suspendus face à la propagation de la maladie, d’aller à leur terme en profitant des dates ainsi libérées.   

L’UEFA a annoncé au passage la création d’un groupe de travail avec des représentants des championnats et des clubs pour « examiner des solutions en matière de calendrier qui permettraient l’achèvement de la saison en cours ».   

Une décision aussi radicale et inédite qu’un report semblait inéluctable face à la propagation du Covid-19 en Europe, nouvel épicentre de la maladie détectée en décembre en Chine.    

Calendrier surchargé  

En Italie, où le coup d’envoi devait être donné le 12 juin à Rome, on recense plus de 2000 morts. En Espagne, autre pays hôte, les autorités comptabilisaient mardi 500 décès.    

Au total, le coronavirus a fait au moins 7.063 morts sur la planète depuis son apparition en décembre, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles mardi.   

La situation était d’autant plus compliquée que l’Euro, pour la première fois, doit être organisé dans douze pays, avec un match d’ouverture prévu à Rome, en Italie, l’un des pays les plus touchés par la pandémie.    

Avec ce report, l’UEFA écarte l’option d’un Euro à huis clos ou bien d’une annulation, qui aurait privé la confédération européenne d’une importante manne de droits télévisés.   

En 2016, l’Euro avait généré un chiffre d’affaires total de 1,92 milliard d’euros. À titre de comparaison, le report de l’Euro coûterait environ 300 M EUR, selon un spécialiste du marketing interrogé par l’AFP.   

Le report à l’année prochaine, souhaité par les clubs et les grands championnats européens menacés de pertes financières, risque néanmoins de déboucher sur un casse-tête dans un calendrier international déjà surchargé: l’Euro risque de se transporter à l’été 2021 avec la Coupe du monde des clubs programmée en Chine par la FIFA, qui en attend des revenus importants.   

« Je voudrais remercier la FIFA et son président Gianni Infantino, qui a indiqué qu’il ferait tout ce qui est nécessaire pour faire fonctionner ce nouveau calendrier », a dit le président de l’UEFA Aleksander Ceferin, cité dans le communiqué.   

 

Défi logistique pas « insurmontable »  

Billetterie, partenariats, logistique, calendrier... L’annonce mardi du report d’un an de l’Euro-2020 de football à cause du coronavirus place l’UEFA devant des enjeux multiples, mais pas « insurmontables », avec l’occasion, un an après une crise sanitaire planétaire, de « fêter l’après » en 2021.

Logistique

Premières difficultés: les questions logistiques. Les stades hôtes peuvent avoir été réservés pour d’autres évènements en 2021, les camps de base également. « L’UEFA devra vérifier s’ils sont toujours disponibles », liste Jacques Lambert, le patron du comité d’organisation de l’Euro-2016 en France.

Autres « soucis », selon l’ancien préfet, la location de bureaux dans toutes les villes hôtes devra être prolongée d’un an, les contrats des équipes d’organisation locales également.

Toutefois, « rien n’est insurmontable au vu des enjeux globaux », estime M. Lambert.

Supporteurs

Autre contrainte majeure, celle de la billetterie, avec de nombreux admirateurs ayant réservé leurs voyages en amont.

L’instance a tenu mardi à « rassurer » les détenteurs de billets quant à la possibilité d’obtenir un remboursement « intégral » s’ils ne pouvaient pas assister au tournoi en 2021.

Le réseau Football Supporters Europe (FSE), qui représente les groupes nationaux d’admirateurs, a immédiatement salué une décision qui « va limiter l’impact financier pour les supporteurs ».

Diffuseurs

La confédération européenne pourra difficilement oublier les diffuseurs, eux qui avaient généré un total de 1 024 milliards d’euros de droits TV pour l’Euro-2016.

Le report va bouleverser les chaînes. « Mais comme ce sera reprogrammé aux mêmes dates, avec les mêmes horaires théoriques, on peut imaginer que les choses puissent être plus faciles » pour prolonger les contrats de droits TV, pointe Jérôme Neveu, dirigeant de l’agence de marketing Advent.

Ainsi, Florent Houzot, le directeur de l’antenne de beIN Sports, diffuseur en France de la compétition, a d’ores et déjà promis que l’Euro serait diffusé « en intégralité » sur ses chaînes en 2021.

Partenariats

Coca-Cola, Heineken, Volkswagen... Quid des partenaires de la compétition, qui comptaient sur sa tenue cet été pour doper leurs ventes ? Peuvent-ils se retirer ?

« Le marketing sportif marche dans la durée », rassure Jérôme Neveu. « Un évènement qui est reporté [...] ne remet pas en cause la stratégie générale », ajoute le spécialiste.

« Pour les commanditaires, c’est presque plutôt un plus qu’un moins, dans la mesure où leurs droits vont se trouver prolongés d’une année », confirme Jacques Lambert.

Calendrier

L’été 2021, date choisie pour la reprogrammation de l’Euro, promet un casse-tête sur le calendrier.

L’Euro féminin (7 juillet - 1er août 2021 en Angleterre), prévu dans cette fenêtre comme l’Euro espoirs, sera reprogrammé, a fait savoir l’UEFA mardi.

Quant au nouveau Mondial des clubs à 24 équipes de la FIFA, prévu au mois de juin 2021, l’instance mondiale dirigée par Gianni Infantino a indiqué qu’elle songerait à le reprogrammer également, alors que non seulement l’Euro lui barrera la route, mais aussi la Copa América, reportée elle aussi à l’été 2021.

Politique

Point essentiel: convaincre les 12 États organisateurs, dont la santé financière sera forcément dégradée par la crise sanitaire, de repartir pour un an de préparation, avec les coûts que cela implique.

Les États « vont forcément se poser la question », souligne Jean-Baptiste Guégan, professeur en géopolitique du sport. « Mais paradoxalement, la dispersion (dans 12 pays) qui faisait la faiblesse de cet Euro du point de vue sanitaire peut en devenir la principale force, car cela va diluer les coûts ».

« Le plan est d’avoir les mêmes villes hôtes, les mêmes stades. Mais si les choses se compliquent, nous pouvons aussi l’organiser avec onze stades, dix, neuf ou moins », a souligné le président de l’UEFA Aleksander Ceferin dans un enregistrement audio réalisé mardi et transmis à l’AFP.

Coûts

La facture du report, justement, va poser des questions dans les semaines qui viennent. Qui pour payer les 300 millions d’euros, coût de l’opération estimé par un spécialiste du marketing ? L’UEFA peut-elle légitimement demander de l’aide aux ligues européennes, en contrepartie du fait que le report leur permet de terminer leurs championnats respectifs ?

« C’est une absurdité. Nous ne leur avons rien demandé de payer comme condition pour repousser l’Euro », a démenti Ceferin.

Symbolique

L’UEFA a longtemps pensé pouvoir résister aux impératifs sanitaires et n’a pris de décision franche que tardivement. « Les fédérations sportives se croient souvent indépendantes des États, mais la réalité est toute autre. Le premier enjeu pour l’UEFA sera sa crédibilité », remarque Jean-Baptiste Guégan.

Selon ce spécialiste, il y a toutefois une opportunité de sortir de cette crise par le haut. « Comme les Jeux de Barcelone signaient l’après-guerre froide, comme ceux de Tokyo devaient signer l’après-Fukushima, l’Euro-2021 pourrait être l’occasion de fêter l’après » coronavirus, glisse-t-il.

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