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Une preuve supplémentaire

Une preuve supplémentaire de toute notre différence.

Une preuve supplémentaire

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Il y a quelques mois, j’écrivais sur cette tribune que j’étais persuadée que, même au nom de l’urgence, il ne nous suffira jamais de sortir dehors et de crier « indépendance » pour penser l’emporter, à moins d’avoir envie de frapper ce même mur, qui a exigé de nous vingt-cinq longues années pour nous en remettre, la dernière fois. J’y disais aussi que j’étais absolument convaincue que la patience serait notre meilleure alliée, car elle seule peut laisser le temps aux évidences du bien fondé de la cause du Québec de faire ses preuves dans l’esprit des nouvelles générations et de guérir la désillusion au cœur des vétérans. J’ajoutais que, comme il ne s’agit pas de leurrer personne avec des belles paroles, les actions éloquentes ont toujours besoin de temps pour se poser et, enfin, j’y abordais un point fondamental : que nous ne devions surtout pas avoir la bêtise de jouer à saute-mouton sur les étapes cruciales qu’il nous revient de traverser.  

 

Plus récemment, dans mon billet de la semaine dernière, je disais qu’une crise, quelle qu’elle soit, révèle toujours le pire, mais surtout le meilleur de nous-mêmes. Si j’y reviens aujourd’hui, c’est pour vous inviter à nous regarder un peu, car si on dit que ce sont les crises qui révèlent les vrais leaders, force m'est de constater qu'elles révèlent également les peuples.  

 

Voyez comme se déploient présentement sous nos yeux notre vaillant sens des responsabilités et de l’organisation, notre débrouillardise et nos brillants instincts de résilience. Regardez le cœur volontaire de nos retraités, qui affluent pour prêter main-forte au corps infirmier. Regardez tous ces Québécois qui se sont précipités vers les banques pour y donner leur sang et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, aident, pourvoient et répondent présent, malgré les récalcitrants butés et les durs de la feuille. Regardez, en outre, notre fabuleux sens de l’humour, foncièrement thérapeutique, qui a le génie de faire sortir le Prestone, sans minimiser ou tourner en ridicule la réelle gravité de la situation.

 

Regardez nos dirigeants. Entre l’équipe de monsieur Legault, qui fait un travail du tonnerre à Québec et celle de monsieur Blanchet, d’une redoutable efficacité, à Ottawa, nous nous retrouvons devant un tandem politique rare, qui n’a certes pas les pleins pouvoirs et dont les tenants ne campent pas d’ordinaire sur les mêmes positions, mais qui font pourtant la preuve, de jour en jour, qu’ils les mériteraient et en seraient tout à fait dignes. À cela s’ajoutent les actions de la mairesse Valérie Plante, dont il faut saluer le courage d’avoir pris le taureau par les cornes en ce qui concerne l’aéroport de Montréal. Enfin, remarquez comme tout ce beau monde a la haute intelligence et le très grand respect de ne pas nous prendre pour des idiots, en parlant aux individus, aux humains que nous sommes, avec empathie, clarté et compassion pour nous inviter, non seulement à rester calmes, mais à travailler de concert avec eux.  

 

Face à ce tableau, une équation se fait machinalement dans mon esprit : aussi imparfaits que nous puissions être, si c’est néanmoins ce qui ressort de nous en situation de crise, n’est-ce pas là, en toute logique, la plus grande des assurances que nous aurons tout ce qu’il faut, le moment venu, pour nous mesurer à tous les changements, ainsi qu’à toutes les éventualités avec lesquelles doit composer un pays souverain? Personnellement, ce que ça me dit, c’est que de l’intelligence, de l’initiative, du nerf et des ressources, nous en avons tout le tour du ventre et que toute cette situation expose gravement les limites de ce qu'on peut faire en demeurant subordonnés à quelqu'un d'autre. 

 

Le Monde conjuguera avec la pandémie de la COVID-19 de mille manières différentes et cette dernière fera mal à beaucoup de gens, et changera bien des choses, je crois que nous en sommes bien conscients. Toutefois, je n’arrive pas à m’abandonner à la peur, car au Québec, chaque jour qui passe dans cette nouvelle tourmente révèle un peu plus notre vrai visage et, quelque part, notre véritable nature également, et je ne peux m’empêcher de penser à l’exemple fabuleux que nous sommes en train de donner à nos enfants en nous mesurant à l’adversité de si belle façon.  

 

On me rappellera bien que tous ces comportements honorables sont l’apanage des crises, qu’ils s’endorment en temps de paix, qu'ils sont exceptionnels et qu’ils constituent, en quelque sorte, le côté givré des catastrophes et des grands bouleversements. Ce qui n’est pas faux, mais c’est ici que je me demande : et si cette crise était la grande occasion de nous redéfinir et de nous réaffirmer collectivement, pour nous défaire une fois pour toutes du portrait folklorique de petit pain misérable que nous avons fini par entériner, au point de le croire intrinsèque à notre identité?  

 

Chers amis, cet humble billet n’avait qu’un seul but : vous inviter à prendre note que cette crise nous offre une preuve supplémentaire de toute notre différence, de notre force de caractère et de notre immense potentiel collectif, et de nous suggérer très fortement de ne surtout pas l’oublier, une fois que tout ça sera derrière nous.  

 

Et en attendant, je terminerai en vous disant que je partage, au plus sincère de ma personne, le sentiment de monsieur Legault : moi aussi, je suis terriblement fière des Québécois, de nous tous, et c’est pourquoi je dis bravo et mille mercis aux dévoués et aux solidaires, et bon courage à tous. On lâche pas!