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La fin logique

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Pour plusieurs, ce n’était pas la fin attendue. Pourtant, la nouvelle résume parfaitement la philosophie qui s’est avérée la base de la dynastie des Patriots. Pas un joueur n’est plus gros que l’équipe. Même Tom Brady.

La fin du mariage à succès peut donc sembler étonnante, mais elle est pourtant tout à fait logique. 

Dans ces pages, je m’en confesse, j’ai plusieurs fois écrit que le quart-arrière n’irait nulle part. Brady allait demeurer dans ses pantoufles à Foxborough plutôt que de s’offrir un saut en parachute à Tampa. Ou n’importe où ailleurs.

Erreur et naïveté ! Au fond, Brady n’est que le plus récent d’une lignée de Patriots que l’organisation a fini par larguer, au-delà de toute forme de sentimentalisme, avant que le mur soudain du déclin ne fasse inexorablement son œuvre.

Même traitement

Lawyer Milloy, Ty Law, Richard Seymour, Deion Branch, Vince Wilfork, Mike Vrabel, Willie McGinest, Randy Moss, Malcolm Butler, Nate Solder, Logan Mankins, et combien d’autres ? 

Tous de valeureux soldats de l’empire dont on a envoyé l’uniforme au rayon des vestiges d’un glorieux passé, sans hésitation. Même s’ils semblaient déjà canonisés au sein de la Patriot Nation avant d’être excommuniés. 

L’émotion est le carburant du partisan. Le régime alimentaire de Bill Belichick, lui, n’est constitué que du fer qui forge ses bagues. Toute autre considération que la victoire est étrangère à ce bâtisseur.

Belichick détonne dans le milieu bouillant et émotif du sport. Il dégage une telle image de froideur que s’il le pouvait, c’est une calotte glaciaire qu’il porterait sous son célèbre hoodie. C’est sur ce style qu’il a assis sa réputation, qu’il a su imposer le respect. 

Dans la sémantique et les doucereux communiqués officiels, c’est Tom Brady qui a quitté les Patriots. Dans la réalité, ce sont les Patriots qui ont quitté Tom Brady.

La vengeance à Tampa

Belichick a bien observé son quart-arrière de 42 ans en 2019 et a sans doute reniflé la même odeur de bois mort qu’il a si souvent détectée avec un flair inégalé.

Reste que Brady, c’est Brady. Un athlète suprêmement motivé depuis son arrivée dans la NFL à faire taire ses dénigreurs, du premier jusqu’au dernier.

Et maintenant, son dénigreur principal, c’est Bill Belichick. Le fardeau qu’il porte désormais, c’est celui de faire regretter aux Patriots.

À Tampa, il misera sur une armada de receveurs de qualité, et en ce sens, il n’aura plus l’excuse de 2019. En Bruce Arians, il rejoint un pilote chevronné en offensive, mais il ne faut pas présumer que la fin du conte de fées sera lumineuse, même loin de la noirceur de Belichick.

Effet domino

Le carrousel des quarts-arrière tourne à une vitesse ahurissante dans la NFL. 

En plus du divorce entre Brady et les Patriots, les Panthers ont annoncé la fin de leur idylle avec Cam Newton, pour s’unir avec Teddy Bridgewater. N’attendez pas Newton comme successeur de Brady, il coûterait trop cher. Pourquoi pas chez les Chargers, sachant que Philip Rivers a fait le saut chez les Colts ? Et quelle chaise pour Jameis Winston, le mal-aimé des Bucs, dans un tel scénario ? Chez les Bears peut-être ?

C’est à donner le tournis et c’est justement ce qui rend la NFL si captivante. En temps de crise, la valse des millionnaires peut sembler indécente, mais elle permet de s’accrocher à un brin de normalité. Parce que la normalité dans le sport, c’est aussi la démesure.