/sports/opinion/columnists
Navigation

89 ans... et enfin un petit congé

Jean-Paul Chartrand
Photo d'archives Jean-Paul Chartrand roule sa bosse dans l’univers du journalisme sportif depuis 56 ans.

Coup d'oeil sur cet article

Les jeunes de 70 ans l’appellent « le père Chartrand ». Pas parce que Jean-Paul Chartrand est vieux à 89 ans. Mais parce que Jean-Paul Chartrand fils partage les ondes de RDS avec lui. Junior décrit l’UFC, le père Chartrand les combats de boxe avec Yvon Michel ou Stéphan Larouche comme analyste.  

Les vrais jeunes de RDS l’appellent Jean-Paul. Et si quelqu’un s’échappe à le vouvoyer, Chartrand le remet vite à sa place : « Que c’est que je t’ai fait pour que tu m’insultes de même ? » 

Jean-Paul Chartrand
Photo d'archives

C’est un phénomène. Ç’a pris le coronavirus pour qu’il prenne enfin un petit congé à RDS. Tous ses vieux chums sont partis. Jean Pagé, le chroniqueur de chasse et de pêche du Journal, Tim Burke, Red Fisher, Fred Roberts, son collègue à la couverture des Alouettes dans les années 60. 

« Mes grands amis sont tous partis. Claude Mouton, Frank Léveillée de Molson, Jean Pagé. Il me reste juste Guy Jutras, l’arbitre de boxe. Les autres qui s’approchent de mon âge veulent tous me parler de leur prostate, pis de leur digestion. C’est pour ça que j’aime tant travailler avec tous les jeunes dans le sport. De toute façon, à 89 ans, c’est tous des jeunes, même toi, pis Yvon Pedneault », lance-t-il avec son rire... qui n’a jamais changé.  

Il ajoute : « Félix l’a chanté : la meilleure façon de tuer un homme, c’est de le payer à rien faire. Moi, dans ma vie, j’ai fermé ben des stations de radio, pis des journaux, pis j’ai jamais manqué une journée d’ouvrage », dit-il. 

 

LE CHIC ST-DENIS LOUNGE  

Jean-Paul Chartrand travaillait le jour aux services de l’assistance sociale. Assigné au bureau des enquêtes. Fraudes, abus, etc. C’était déjà la mode en 1948. En 1953, la Ville de Montréal lui paye un bac en criminologie à l’université. Commode pour Jean-Paul, qui œuvrait tard le soir au chic St-Denis Lounge, au 4596, de la rue St-Denis. 

« Je travaillais dans les bars. Mettons que j’en ai tapoché quelques-uns. Le propriétaire Jean Ladouceur était mon beau-frère. C’est devenu Les Portes St-Denis et c’est là que j’ai commencé à la radio. Je présentais à CJMS L’Heure de la haute-fidélité avec l’orchestre de Roger Pilon et son chanteur Normand Blais », raconte-t-il en riant de ses souvenirs.  

Il se promène d’une station de radio à l’autre. Il fait de tout sans lâcher sa job à la Ville de Montréal. Ni son permis de port d’armes lié à son diplôme en criminologie et son emploi à la Ville. D’ailleurs, il lui arrive encore de pratiquer le tir sportif avec des amis. 

Jean-Paul Chartrand
Photo d'archives

AU JOURNAL DE MONTRÉAL 

En 1964, Pierre Péladeau lance Le Journal de Montréal. Son directeur des sports apostrophe un jeune homme avenant venu lui porter un communiqué. Paul Stuart, le même homme qui a découvert Maurice Richard et Émile Bouchard, a donc ajouté Chartrand à son podium d’honneur. 

« Il m’a offert un emploi tout de suite. J’ai accepté si je pouvais continuer à la Ville. Les sports, c’était le soir, il a dit installe-toi là. »  

Le père Chartrand va tout faire, tout couvrir. Surtout les Alouettes, le Canadien, les Expos, la boxe, beaucoup la boxe, qu’il avait pratiquée plus jeune. 

« Au Dimanche-Matin, quand j’étais directeur des sports, Frank Cotroni passait au journal le samedi soir avec les p’tits frères Hilton. Il les avait habillés l’après-midi et il venait me convaincre comment ils étaient bons au début de la soirée. Ça marchait drette », raconte Chartrand. 

À mon tout premier voyage avec le Canadien, le samedi 8 mars 75 à New York, c’est Jean-Paul Chartrand qui représentait le Montréal-Matin. Je sortais de Falardeau, on était sur Broadway, au coin terrifiant à l’époque de la 42e, et Chartrand me disait : « Bleuet, marche le dos au mur, ça va faire moins mal quand le poignard va rentrer entre les omoplates ». 

LE DOS AU MUR 

Ça marche mal le dos au mur. 

« Et les jours suivants, quand t’as planté un gars dans le bar du Royal York, pis qu’il a fallu te sortir du pétrin. Je ris encore », de reprendre Chartrand. 

Surtout que j’étais enregistré à l’hôtel sous le nom d’Yvon Pedneault. Bah ! Folies de jeunesse... 

Par ailleurs, les aventures de Chartrand ne se racontent pas et ne s’écrivent pas. Je veux juste vous dire qu’il a reçu une carte de membre honoraire du service de sécurité des hôtels Hilton. Il avait posé des gestes « héroïques » à Buffalo pendant la finale entre les Sabres de Buffalo et les Flyers de Philadelphie.  

Il est plus sage aujourd’hui. Il a la même maudite face qu’il y a 30 ans et sa voix n’a pas vieilli d’un iota. On le répète, un phénomène. 

« La dernière fois que j’ai parlé à Richard Garneau, on se faisait maquiller pour une émission. La pauvre fille avait une pas mal plus grosse job avec ma face. Mais Garneau m’avait dit que sa voix avait commencé à changer. C’était vrai. Ç’a été la dernière fois que je l’ai vu », dit-il. 

Un autre de parti... 

DANS LE CALEPIN | La situation concernant la lutte acharnée contre le coronavirus se complique chaque heure. Les entreprises et les travailleurs sont confrontés à des faits totalement nouveaux. Ça inclut le CH et les autres organisations de sport à Montréal. Ça va demander un peu de compréhension même si ces entreprises sont scrutées à la loupe chaque jour.