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Cuisiner pour se rassurer

Quand tout fout le camp, on revient aux choses qu’on connaît.

Cuisiner pour se rassurer
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Je ne sais pas pour vous, mais depuis le début de cette période de confinement volontaire, je cuisine sans cesse. Comme si ma vie en dépendait, comme si c’était la solution à tous les maux.  

Y’a rien de nouveau là, me diront ceux qui me connaissent. En effet, je passe ma vie à cuisiner ou à penser au prochain plat à cuisiner. Mais là, c’est pas juste moi, on dirait.  

Les gestes qui rassurent  

Cuisiner, ça fait partie des gestes qui rassurent. On les pose machinalement, automatiquement. Ils font partie de la routine, ils rythment nos journées. Cuisiner, c'est méditer.   

Quand tout fout le camp, on revient aux choses qu’on connaît. On répète les mouvements sans trop y penser. Couteau, économe, chaudron, on s'entoure des objets qu'on connaît, comme des amis sur lesquels on peut toujours compter.  

Dans mon cas, la cuisine, c’est le refuge où je me cache chaque fois que la vie me brasse un peu. Je sais que c’est quelque chose qui produira un résultat tangible, je me sens utile et en plus, c’est souvent un succès.  

Cuisiner compulsivement, c’est de famille. Chez les Doyon, on confond pas mal l’amour et la nourriture. Accueillir quelqu’un à la maison, c’est toujours commencer par lui offrir (OK, lui imposer) quelque chose à boire et à manger.  

Cuisiner pour les autres, c’est leur dire qu’on les aime, qu’on tient à eux, qu’on veut qu’ils soient bien. Il n’y a pas pire drame pour nous qu’un invité qui ne serait pas ravi, comblé et bourré après un repas chez nous.  

Si j’en crois mon Facebook, on n’est pas les seuls.  

Ces jours-ci, les photos de bouffe sont nombreuses sur les médias sociaux. Peut-être aussi que c’est parce qu’on a enfin le temps de prendre le temps. Je pense que j’ai probablement vu 50 photos de pain maison dans mon fil de nouvelles, souvent fait par des gens qui ne savaient même pas il y a trois jours qu’on peut faire ça si facilement.   

Ça tombe bien, il n’y a justement plus de pain au IGA derrière chez moi, il paraît.  

Perdre ses repères  

Cuisiner, même pour deux personnes, c’est pour moi une façon de me convaincre que je contrôle encore quelque chose en ce bas monde.   

Je le dis souvent : on contrôle ce qu’on peut.  

Les contrôlants, les control freaks, les obsessifs-compulsifs du quotidien, ceux qui organisent leur bibliothèque par ordre alphabétique de nom d’auteur, sont souvent des inquiets qui cherchent à se réconforter en gérant leur univers.  

La crise à laquelle nous faisons face est plus qu'inquiétante. Elle déstabilise tout le monde, chamboule nos plans, remet en question nos certitudes. En quelques jours, l’avenir tel qu’on l’imaginait s’est évaporé.   

Nos vies sont transformées, nos horaires, nos habitudes, notre sécurité financière sont chose du passé, nos projets sont désuets. On dirait que nos rêves sont passés leur meilleur avant.  

On doit faire le deuil de nos repères tout en faisant face à l’inconnu.   

C’est aussi comme ça quand on fait un vrai deuil. Quand un proche meurt, c’est tout notre monde qui prend le bord.  

Alors, on se rassemble autour d’un repas, on cuisine des plats pour les endeuillés. On se dit que c’est pour célébrer la vie, mais c’est surtout pour se rassurer.   

Finalement, on contrôle juste ce qu’on peut.