/opinion/blogs/columnists
Navigation

Le réveil de Justin Trudeau

Le réveil de Justin Trudeau
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Mercredi matin, en point de presse devant sa résidence pour cause d’isolement volontaire, Justin Trudeau semblait avoir enfin repris vie.  

Particulièrement éteint et hésitant depuis le début de la crise du coronavirus, il est apparu nettement plus éveillé à la réalité inquiétante de la situation. Ça se voyait à l’œil nu. Autant dans sa communication politique que dans la substance des actions annoncées.  

De toute évidence, les fortes pressions qu’il subissait depuis plusieurs jours pour qu’il intervienne mieux et plus rapidement, que ce soit de la part de ses homologues provinciaux ou de son propre cabinet, semblent avoir donné des résultats concrets.  

Son annonce mercredi de l’interdiction faite aux touristes américains d’entrer au Canada tout en préservant la libre circulation des marchandises, était très attendue. Là-dessus et à sa décharge, il avait néanmoins été clair. Comme premier ministre, il disait préférer de loin une entente négociée avec l’administration Trump à une décision unilatérale de sa part, beaucoup plus rapide, mais beaucoup plus risquée, politiquement et économiquement.  

En début de semaine, sur cet aspect tout de même central des choses, nous avons peut-être été trop nombreux, en effet – et je m’y inclus -, à manquer de patience.  

Sur le front économique, de plus en plus menacé par la crise de la Covid-19, le gouvernement Trudeau a également frappé fort avec un plan d’aide de 82 milliards de dollars visant à mieux soutenir les Canadiens et les entreprises.  

Le plan ratisse en effet très large. Et avec raison. Pour son détail complet, c’est ici.  

Comme quoi, là-dessus je persiste et signe, le rôle «protecteur» des États – protecteur des citoyens, de l’économie et de la santé publique -, opère un retour en force dans le combat contre le coronavirus. Dixit Justin Trudeau : «Au Canada, la santé publique ne devrait pas dépendre des considérations financières».  

Parmi les mesures annoncées, on trouve 55 milliards en congés fiscaux, 14 semaines de protection pour les Canadiens qui n’ont pas droit à l’assurance emploi, des allocations spéciales pour les personnes qui perdront leur emploi, incluant les travailleurs autonomes mis à pied à cause de la crise de la Covid-19.  

Les Canadiens qui n’ont pas droit non plus à des congés payés de maladie auront droit à une allocation de soins d’urgence pouvant aller jusqu’à 900$ aux deux semaines pour une période maximale de 15 semaines.  

Pour ceux qui ne bénéficient pas de congés de maladie payés, y compris les travailleurs autonomes, ainsi que ceux qui sont malades, en quarantaine ou obligés de rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants, Ottawa instaure une nouvelle allocation de soins d’urgence, qui prévoit jusqu’à 900 $ toutes les deux semaines pour un maximum de 15 semaines.  

Un fonds de 157.5 M$ ira aux communautés autochtones et 50 M$ à des centres d’aide pour femmes victimes de violence.  

Les Canadiens auront aussi jusqu’au 1er juin pour produire leur rapport fédéral d’impôts. Etc.  

Pour les Québécois, lorsqu’on y ajoute les autres mesures économiques annoncées plus tôt cette semaine par le gouvernement Legault, on prend la pleine mesure de la gravité de la crise du coronavirus sur le plan économique.  

Reste maintenant à voir quelle sera sa gravité réelle sur notre propre santé – de très loin l’aspect de la crise le plus important d’entre tous.