/opinion/columnists
Navigation

Au front

Coup d'oeil sur cet article

Normalement, quand notre maison est en feu, on dévale l’escalier, on se rue vers la porte et on sort. 

Eux montent les marches quatre à quatre et foncent vers les flammes. 

Ils sont faits comme ça.  

Ils ne tournent pas le dos au danger, comme vous et moi. 

Ils lui font face. Ils le narguent, le recherchent.  

AVOIR LA VOCATION 

Avant-hier, j’ai interviewé le docteur Réjean Thomas pour Les Francs-Tireurs (l’entrevue sera diffusée ce mercredi à 21 h à T-Q).  

Il me racontait à quel point c’était drainant de combattre le sida dans le gros de la crise, au début des années 90, avec tous ces jeunes dans la vingtaine qui tombaient comme des mouches autour de lui.  

Pas une journée sans qu’il perde quatre ou cinq patients.  

« Tu n’as pas pensé à baisser les bras et à jeter la serviette ? », lui ai-je demandé. 

— Non, jamais, au contraire, j’avais hâte d’aller à la clinique le matin. » 

C’est ce qu’on appelle avoir la vocation. Sentir qu’on est fait pour quelque chose, que le destin nous a mis sur Terre pour remplir telle ou telle fonction. 

Je sais, ça fait ringard, dépassé.  

Aujourd’hui, on n’a pas « la vocation ». On fait carrière, on gravit les échelons.  

Mais il y a encore des individus qui ne se demandent pas ce que leur pays peut faire pour eux, mais ce qu’ils peuvent faire pour leur pays.  

Comme disent les Anglos : « When the going gets tough, the tough get going. » 

Quand ça devient dur d’avancer, les durs vont de l’avant.  

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

  

DANS LES TRANCHÉES 

À QUB radio, j’ai interviewé la docteure Chantal Guimont, cette semaine. 

Elle me parlait des cliniques communautaires qui allaient soigner les gens qui présentent tous les symptômes du coronavirus, mais qui n’ont pas encore été diagnostiqués. 

« Ces gens peuvent se casser la jambe en tombant, avoir une gastro ou une appendicite, me disait-elle. Ils doivent être soignés comme tout le monde.  

— Les hommes et les femmes qui travaillent dans ces cliniques vont recevoir ces patients ? Même s’ils sont peut-être infectés ? 

— Il le faut bien ! On va se protéger... » 

Et moi qui ne marche même plus dans la rue de peur de croiser quelqu’un... 

Un jour, lorsque cette crise sera finie (car elle finira bien par finir), on fera un film sur cette guerre.  

Au lieu de montrer un soldat courir dans des tranchées, un casque de métal sur la tête, on montrera une infirmière courir dans un corridor d’hôpital, un masque sur le visage.  

ÉRIGER DES DIGUES 

Pendant ce temps-là, des irresponsables (jeunes et vieux) refusent de changer leur façon de vivre... 

Alors que tout ce qu’on leur demande est de rester chez eux, écrasés sur leur sofa.  

Honte à eux.  

Vous vous demandez quoi faire pour aider nos soldats du système de santé, ces femmes et ces hommes courageux qui se battent au front pour notre sécurité ? 

Quoi faire pour les remercier ? 

C’est simple : respectez les consignes. On ne vous en demande pas plus. 

Érigez des digues pendant qu’ils pompent l’eau. Faites en sorte que le niveau ne monte pas à un rythme fou.  

Parce que si nos soldats craquent, c’est la société au grand complet qui va craquer. 

Édito de Richard Martineau