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Bande dessinée: Lewis Trondheim, le seul et l’unique

<em><strong>Entretiens avec Lewis Trondheim</strong></em><br>Thierry Groensteen, Lewis Trondheim<br> Éd. L’Association
Photo courtoisie Entretiens avec Lewis Trondheim
Thierry Groensteen, Lewis Trondheim
Éd. L’Association

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Si vous lisez de la bande dessinée depuis les trois dernières décennies, il est pratiquement impossible que vous ne soyez pas tombé sur un album de Lewis Trondheim. Comptant près de 200 publications à son actif, il est l’un des créateurs les plus influents, inventifs et talentueux de sa génération. Retour sur un monstre sacré du 9e art. 

Cofondateur de la maison d’édition L’Association en 1990 et figure emblématique de la « nouvelle bande dessinée », Lewis Trondheim est l’un des instigateurs de l’OuBaPo (L’Ouvroir de la bande dessinée potentielle), directeur de la collection Shampooing aux éditions Delcourt – où il publie les Québécois Zvian, Iris, Pascal Girard, Jimmy Beaulieu et Francis Desharnais –, sacré Grand Prix du festival d’Angoulême en 2006. Il est le créateur de la série Lapinot et instigateur et animateur de la série Donjon en compagnie de Joann Sfar qui renaît ces jours-ci. Initiateur du SNAC BD (Syndicat des auteurs de bande dessinée) et infatigable militant face au statut précaire des auteurs de bande dessinée, Trondheim fait l’objet d’un passionnant livre d’entretiens piloté de main de maître par l’imminent théoricien et historien de bande dessinée Thierry Groensteen. 

Témoignages 

Copieusement illustrés d’inédits et bonifiés d’une dizaine de témoignages de proches et estimés collègues, ces entretiens lèvent le voile sur ce créateur emblématique peu enclin aux entrevues. On y découvre un artisan humble, généreux, intègre, qui met le plaisir au cœur de sa démarche.  

Jimmy Beaulieu, auteur québécois ayant publié Comédie sentimentale pornographique chez Shampooing, sous sa direction, corrobore ce fait.  

« C’était une collaboration sérieuse et drôle. Il m’a posé de bonnes questions qui ont apporté beaucoup au livre. Je me suis senti respecté et soutenu. »  

L’album jouira d’ailleurs d’une réimpression prochainement. « Ils me demandaient si je voulais y apporter des changements. J’ai proposé de le faire plus grand et Lewis a été d’accord. » 

Dans ces entretiens, Trondheim revient entre autres sur son rapport mitigé qu’il a longtemps entretenu à l’égard de son dessin – un trait minimaliste par lequel il déploie pourtant une véritable écriture dès ses débuts. Ces paroles ont notamment trouvé écho chez Luc Bossé, éditeur de Pow Pow qui publie en exclusivité québécoise certains albums de l’auteur parus à L’Association.  

« C’est en lisant du Lewis Trondheim et la vague de la nouvelle bande dessinée que j’ai repris goût à lire de la bande dessinée. Et même d’en faire ! Il l’a déjà dit lui-même que ce n’est pas nécessaire d’être bon en dessin pour faire de la BD. Et c’est exactement ce que je me suis dit quand j’ai (re)commencé à en faire plus “sérieusement” en 2008. Donc, que Lewis soit intéressé à publier chez nous, ça donnait de la crédibilité à la maison d’édition. Et surtout, ça me donnait beaucoup de motivation dans un milieu difficile. » 

À l’instar du mythique Hitchcock/Truffaut, Entretiens avec Lewis Trondheim permet de mettre en lumière un créateur phare qui marquera à n’en point douter le 9e art, à l’instar d’Hergé, André Franquin, Tezuka, Charles Schultz, Will Eisner et Moebius. 

À lire aussi de LEWIS TRONDHEIM 

Les nouvelles aventures de Lapinot Tome 3 : Prosélytisme & morts-vivants 

<strong>Lewis Trondheim</strong><br> Éd. L’Association
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Lewis Trondheim
Éd. L’Association

Né dans les pages des Carottes de Patagonie – un album de 500 pages publié en 1992 alors que Trondheim s’était donné pour tâche d’apprendre à dessiner –, Lapinot décroche quelques années plus tard sa série aux éditions Dargaud. Après l’avoir tué en 2004, l’auteur le ressuscite en 2017, au grand plaisir de sa horde de lecteurs. Dans ce troisième opus de ses nouvelles aventures, Lapinot et son ami se rendent à Saint-Mouilly afin d’y installer un temple dédié à l’athéisme. Trondheim livre l’un des meilleurs chapitres de cette savoureuse série. Le plaisir qu’il y prend est hautement contagieux. 

Mildiou 

<strong>Lewis Trondheim</strong><br> Éd. Pow Pow
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Lewis Trondheim
Éd. Pow Pow

Mettant en vedette Lapinot et Richard avant qu’ils ne portent leurs noms et s’inscrivent dans la logique de la série, Mildiou est un effréné récit de capes et d’épées opposant un tyran venant tout juste de renverser le roi (Richard) à un innocent lapin (Lapinot) coupable d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Le récit s’articule autour d’un interminable – mais oh combien jouissif – duel-poursuite aux accents feydesques. Publié au Seuil en 1994 et depuis longtemps épuisé, Mildiou est enfin réédité, permettant ainsi de renouer avec un jeune Trondheim y faisant déjà preuve d’une inventivité scénaristique rare. 

Donjon Antipodes – 10 000 

<strong>Lewis Trondheim, Joann Sfar, Gregory</strong><br>Éd. Delcourt
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Lewis Trondheim, Joann Sfar, Gregory
Éd. Delcourt

Lancée en 1998 par Joann Sfar et Lewis Trondheim, Donjon est bien plus qu’une parodie convenue d’héroic-fantasy. Il s’agit plutôt d’un chantier éditorial inédit. Annoncée à la boutade en 300 albums – 37 albums furent publiés avant l’arrêt en 2014 –, cette colossale saga se décompose en trois époques : la formation (Potron-Minet), l’apogée (Zénith et Parade) et le déclin du Donjon (Crépuscule), en plus de Monsters, une série d’albums uniques se consacrant à différents personnages secondaires. Contre toutes attentes, le tandem réactive la série avec un nouveau Zénith et un premier tome d’une nouvelle série, Antipodes, se situant 10 000 ans plus tôt, à l’époque où les animaux ne sont pas encore dotés de la parole et n’ont pas pris le dessus sur l’homme. Mais ça ne saura tarder. Un captivant album duquel les néophytes peuvent découvrir ce fabuleux univers, et dont les aficionados se délecteront.