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Joyeux parcours dans Rosemont

<strong><em>Les rosemonteries</em></strong><br>Sébastien Ste-Croix Dubé<br>Triptyque<br>124 pages
Photo courtoisie Les rosemonteries
Sébastien Ste-Croix Dubé
Triptyque
124 pages

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Le titre Les rosemonteries se présente comme une novella, court texte à mi-chemin entre la nouvelle et le roman. On y lira surtout une lettre d’amour à multiples destinataires, ce qui lui donne un charme fou.

Adam Beauchemin vient d’enfiler 65 jours d’ouvrage à MaBrasserie – coopérative brassicole qui existe pour vrai dans le quartier Rosemont, à Montréal (où d’ailleurs travaille, quel hasard ! l’auteur, Sébastien Ste-Croix Dubé). Or juste comme il tombe enfin en congé, sa blonde, Anaïs, lui laisse une lettre de rupture, absolument inattendue.

« Bienvenue en enfer », comme il dit. Et ça ne fait que commencer.

Car au matin, encore assommé de la veille où il a amplement noyé sa peine, alors qu’il erre dans le quartier, il apprend en arrivant devant « sa » brasserie qu’un bris d’équipement vient de survenir.

La machine à glycol, qui sert à refroidir les cuves de fermentation de la bière, ne fonctionne plus. Tout le produit court à sa perte.

Il faut donc vite remplacer la pièce brisée..., sauf qu’on est le 24 juin et que tout est fermé !

La seule option, c’est de faire le tour des brasseries du coin pour voir si quelqu’un n’aurait pas des pièces de rechange. C’est à Adam de se lancer. À pied, en gougounes, sans son cellulaire oublié à la maison, et sous la grosse chaleur de l’été qui commence.

Tout ira mal dans sa quête, et on s’en amusera beaucoup. Mais ce sera aussi l’occasion d’un magnifique tour du jardin. 

Du quartier d’abord, pour s’en tenir au titre. Rosemont est un endroit chaleureux, à échelle humaine, riche de son passé ouvrier. Avec le narrateur qui ira du parc Pélican jusqu’au parc Maisonneuve en passant par le parc Molson, on va en sillonner les rues.

L’embourgeoisement gagne du terrain, mais les dépanneurs, les restos à banquettes, les voisins su’l’perron subsistent. Ils sont des jalons dans le parcours d’Adam, ponctué des chansons des Colocs, de Vigneault, de Bernard Adamus, répertoire propre à la fête nationale.

Sa promenade est toutefois indissociable de sa peine d’amour. Comment son couple a-t-il pu finir ainsi ? Il y repense avec un regard sensible, déclaration d’amour tardive à Anaïs, de respect aussi aux femmes.

Rôde encore le souvenir de son grand frère Simon, mort trop jeune d’un cancer à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. C’est avec lui qu’il s’était lancé dans la folle aventure de la fabrication de bière. L’amour fraternel trouve ici de beaux accents.

À quoi s’ajoutent les mille facettes de la vie, les facétieuses, les touchantes, les cyniques, racontées comme on en jaserait avec un chum, une amie. Avec une bonne dose d’autodérision : « Le brasseur moraliste sur le LSD, c’est moi. » 

Certes, un frère est mort, un couple s’éteint, un quartier change, une manière de vivre disparaît, mais savoir le raconter comme le fait Ste-Croix Dubé, c’est aussi une façon de tout faire perdurer. Et puis, tant que la bière est bonne...