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La pensée de Trudeau minée par la COVID-19

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Photo AFP

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Justin Trudeau qui ferme les frontières du Dominion, y compris le fameux rang Roxham. 

S’il fallait une autre preuve qu’on est en train de changer de monde avec ce satané virus, en voilà une spectaculaire. 

Trudeau a vraiment affirmé hier : «Les gens qui arrivent à la frontière de façon irrégulière vont être retournés [aux] autorités américaines.» Jusqu’à la fin de la crise. 

Qu’elle paraît loin, l’époque où le même Trudeau écrivait sur Twitter «À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera...» C’était le 28 janvier 2017. 

Ne méprisons pas la générosité sous-jacente ici. Le problème est son aspect totalement irréaliste. À l’époque, il a fallu entre autres qu’Ottawa demande au député d’origine haïtienne Emmanuel Dubourg d’expliquer aux ressortissants de la perle des Antilles aux États-Unis qu’ils n’obtiendraient pas automatiquement la citoyenneté au Canada. 

Sans frontières 

La présente pandémie vient plomber la philosophie du sans-frontiérisme chère à Trudeau. Celle-ci a pris le haut du pavé avec la chute du mur de Berlin en 1989 et la fin de l’URSS en 1991. 

À l’époque, un penseur américain, Francis Fukuyama, avait développé la thèse de la «fin de l’histoire». Il n’y avait plus, arguait-il, de modèle alternatif à la démocratie libérale et à l’économie de marché. 

D’autres penseurs, comme Kenichi Ohmae, proclamaient la fin de l’État-nation. Les traités de libre-échange et les grandes logiques commerciales devaient désormais supplanter le politique. L’Organisation mondiale du commerce gouvernerait bientôt. 

Depuis, plusieurs événements ont apporté un démenti assez important à ces idées. Le mouvement «altermondialisation», avec ses grandes manifestations : Seattle (1999), Québec (2001). 

L’État 

Après le 11 septembre 2001, Fukuyama, encore, a conclu que l’histoire redémarrait. Contre des penseurs libertariens, qui rejettent globalement l’État, il fit remarquer à juste titre que cette entité qui taxe «les citoyens et utilise cet argent dans l’intérêt collectif» avait des vertus oubliées à l’ère sans-frontiériste. 

«C’est sur l’État et l’État seul que l’on peut compter pour envoyer des pompiers dans les édifices en feu ou pour combattre le terrorisme, ou encore pour contrôler les passagers dans les aéroports. Non pas sur le marché ou sur les individus.» On peut dire la même chose en 2020 du combat que chaque État-nation livre actuellement à la COVID-19. 

Les pays ne peuvent pas être des «hôtels» où l’on entre et sort à sa guise, selon l’image chérie de l’écrivain Yann Martel pour décrire le Canada. Image reprise en 2016 par la pensée postnationale de Justin Trudeau. Ne serait-ce que pour organiser la redistribution de la richesse, l’État-nation doit réalistement avoir un aspect fermé. 

Le sans-frontiérisme est actuellement remplacé par le «restez chez vous!», notait l’auteur Sylvain Tesson dans un entretien au Figaro hier. Or, «rester chez soi ne veut pas dire haïr son voisin. Les murs sont des membranes de protection et pas seulement des blindages hostiles. Ils sont percés de portes, on peut choisir de les ouvrir ou de les fermer.» 

Un peu comme le chemin Roxham.