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L’œil du cyclone

hôpital Pierre-Boucher
Photo d’archives Dans les semaines et les mois à venir, il n’y aura personne de plus important qu’eux au Québec.

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Dans les heures précédant l’attaque, un calme étrange règne sur la cité. 

Le silence n’est troublé que par les grognements des ouvriers qui finissent de réparer les remparts et par le bruit du marteau du forgeron qui frappe le fer dans la hâte. On se presse à remplir les greniers, et les matrones font descendre les enfants et les vieillards dans les cryptes et les celliers.

L’ambiance dans les hôpitaux du Québec, ça ressemble à ça, présentement. On les imagine déjà à feu et à sang. On n’en est pas encore là, mais ça pourrait arriver.

Une armée 

Au moment d’écrire ces lignes, il n’y a en fait que 10 personnes hospitalisées à cause des complications de la COVID-19 sur notre territoire. Autrement, il règne un calme relatif, ne serait-ce qu’à cause des chirurgies électives que l’on reporte et du citoyen qui collabore en cherchant surtout un autre endroit que les hôpitaux pour se trouver. En restant chez lui, en fait. 

C’est l’œil du cyclone.

Néanmoins, une armée se prépare. Partout au Québec, s’affairent les femmes et les hommes qui font battre le cœur de notre système de santé. Infirmières, médecins, technologues, préposées, personnel d’entretien et même les cadres aménagent les lieux où se déroulera la bataille et stockent l’équipement qu’il faudra pour venir à bout de l’ennemi, pendant que les techniciens effectuent les tests en laboratoire.

Ils s’activent dans la discipline, avec la sérénité et la détermination qui est celle des professionnels, sans pour autant être à l’abri de l’anxiété du contexte ambiant. Sans pour autant cesser de s’en faire pour leurs enfants qu’ils ont laissés au service de garde d’urgence ou pour leurs parents en CHSLD.

Ils ont choisi certains des métiers les plus durs au monde en toute connaissance de cause. Ils s’apprêtent maintenant à déployer leur savoir-faire dans un contexte qu’ils ne pouvaient même pas être proches d’anticiper.

L’effort de plus 

Depuis le début des mesures d’urgence et d’isolement social, ils sont nombreux, tous ces Québécois qui se démarquent, qui donnent l’effort de plus et dont on n’entend pas parler.

Il sera toujours de bon ton de critiquer les fonctionnaires. Pourtant, on ne se doute pas des efforts colossaux qui ont été déployés depuis la semaine dernière pour faire passer nos réseaux en mode confinement. 

Dans les commissions scolaires qui en étaient encore à s’adapter à la loi 40 en devenant des centres de services, il a fallu fermer les écoles. On a déployé 400 services de garde d’urgence en quelques jours, ce qui est quand même fou quand on y pense. Il a fallu remettre les causes dans les tribunaux, organiser le télétravail dans les ministères, fermer les plateaux de sport dans les municipalités. Il y a des gens qui ont travaillé dans les dernières semaines, vous n’avez même pas idée à quel point.

Il y a aussi François Legault, Danielle McCann et Horacio Arruda, le trio de l’heure, qui brille et qui nous rassure chaque jour à 13 h. Le public qui ne manque aucun de leurs points de presse ne réalise toutefois pas combien il y a de gens qui travaillent derrière eux à colliger les données de contagion et à les préparer pour qu’ils transmettent les bons messages. Certains là-dedans n’ont pas vu leurs enfants depuis le début de la crise et ne savent pas quand ils pourront faire du lavage.

On oublie également ce qui constitue présentement notre infanterie dans cette guerre. Il s’agit des travailleurs du commerce au détail. Dans les épiceries et les pharmacies, ils ne fournissent pas à remplir les tablettes de papier de toilette et de boîtes de conserve et à désinfecter les paniers et les caisses. Ils se font tousser au visage par des clients pas toujours polis, dont certains devraient plutôt être chez eux. S’il y a du monde qui risque littéralement sa vie au Québec présentement pour affronter cette crise, c’est eux.

Nos anges gardiens 

Pendant ce temps, les troupes d’élite du Québec se préparent, derrière les murs des urgences. Alors que les serviteurs publics s’assurent du bien-être de la population, que les généraux s’organisent pour voir venir, que l’armée de pied est déjà au front, les femmes et les hommes de notre réseau de la Santé se préparent à affronter la plus grande invasion de notre histoire.

François Legault l’a dit. Ce sont nos anges gardiens. Dans les semaines et les mois à venir, il n’y aura personne de plus important qu’eux au Québec.

Que leurs inquiétudes soient entendues. Que leurs efforts soient reconnus et célébrés. Que, tous ensemble, huit millions et demi de Québécois, nous disions à nos travailleuses et travailleurs de la Santé que nous les aimons, que nous avons confiance en eux et que nous serons là pour eux, pendant et après la guerre.