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J’ai été sauvé par ma dentiste débrouillarde

Il y a maintenant une semaine que les centres dentaires ont dû fermer leurs portes. Le journaliste Patrick Bellerose et sa dentiste ont eu recours à une solution ingénieuse pour traiter une vilaine infection.
Photo Jean-Francois Desgagnés Il y a maintenant une semaine que les centres dentaires ont dû fermer leurs portes. Le journaliste Patrick Bellerose et sa dentiste ont eu recours à une solution ingénieuse pour traiter une vilaine infection.

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront.  


Mon collègue m’avait pourtant averti : n’attends pas, ou tu vas devoir l’arracher comme Tom Hanks dans Cast Away ! Heureusement, je suis tombé sur une dentiste débrouillarde en temps de confinement.  

La scène a marqué les esprits. Seul sur son île déserte, le personnage de Tom Hanks doit s’arracher une dent avec une roche et un vieux patin rouillé... À l’aide, Wilson !   

Dimanche dernier, j’étais loin de me douter que la douleur naissante à ma gencive me plaçait dans une situation aussi précaire. Malgré les interdictions de grands rassemblements et la fermeture des écoles, la vie avait encore un semblant de normalité. Mais ça, comme disait la ministre de la Santé jeudi, c’était « à l’époque, il y a deux, trois jours... ».   

En soirée, la belle-famille soupe à la maison (désolé, Dr Arruda, on le refera plus...). Malgré le vin, la douleur se fait persistante. Un invité reçoit une alerte : sa clinique dentaire vient de fermer.   

J’appelle immédiatement ma dentiste qui, par chance, répond elle-même. « L’Ordre des dentistes nous demande de fermer pour les quatorze prochains jours », m’explique la Dre Éliza-Sophie Gaudreault, dentiste-propriétaire du Centre dentaire Montcalm.   

Innover en temps de crise  

À l’aide de radiographies récentes, elle comprend qu’il s’agit d’une infection à une dent de sagesse. « Je vais vous donner des antibiotiques et un rince-bouche, explique Dre Gaudreault au bout du fil. Je fais la prescription par téléphone. Est-ce qu’il y a une pharmacie près de chez vous ? »   

Début de l’appel : 20 h 45. À 20 h 55, je suis avec le pharmacien au coin de la rue. Une chance : à en croire la souffrance de la première nuit, j’aurais envisagé le patin rouillé au bout de quelques jours.   

Jeudi, même si la douleur s’est résorbée, j’aperçois un abcès blanc sur la gencive. Sur la ligne téléphonique d’urgence, une dame me propose de prendre une photo du fond de ma bouche avec mon téléphone intelligent et de l’envoyer par courriel.    

Encore là, réponse rapide. Il s’agit d’un simple ulcère. Le rince-bouche prescrit fera le travail.   

Avec tout ça, je n’ai pas perdu une heure de travail et je n’ai pas engorgé la salle d’attente d’une clinique. Est-ce que cette « dentisterie de guerre » pourrait survivre quand la vie reprendra son cours normal ?   

Dre Gaudreault se pose elle-même la question. « On disait justement ce matin que ce serait bien d’avoir un service d’urgence quand la clinique est fermée, la fin de semaine », dit-elle.   

Toutefois, Dre Gaudreault admet que le télétravail a ses limites dans son domaine. « Pour une infection, habituellement on veut avoir des repères physiques pour savoir si l’enflure va augmenter. Ça va changer notre intervention, explique-t-elle. Parce qu’en principe, il faut enlever la cause de l’infection, pas juste donner des antibiotiques. »   

Et les traitements de canal, eux, ne se feront jamais par téléphone...