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«Nobelle» de Sophie Fontanel: Jeune poète deviendra grande

Sophie Fontanel
Photo courtoisie, Antoine Harinthe Sophie Fontanel

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La Française Sophie Fontanel, une journaliste et romancière engagée, toujours avant-gardiste dans le choix de ses thématiques, a abordé la place des femmes dans la littérature et dans les arts dans son nouveau roman, Nobelle. À travers l’histoire d’une petite fille poète, Annette, et d’un garçon qui devient sa muse, Magnus, elle montre toute la trajectoire d’une grande écrivaine.  

Dans Nobelle, les rôles sont donc inversés, et la création s’inscrit au féminin. «C’est inhabituel», lance-t-elle, interviewée depuis Paris. «On dit toujours aux filles qu’il faut qu’elles cachent leur intelligence, surtout si c’est une intelligence qui peut être compétitive avec celle d’un homme.» 

Elle continue. «Une fille peut tout à fait être intelligente parce qu’elle peut être spirituelle – c’est pas la question. Mais on lui dit aussi de ne pas être trop drôle, parce que ça peut être castrateur. Il faut toujours qu’elle fasse la part belle à l’homme.» 

Sophie Fontanel a voulu montrer qu’alors qu’on est habitués à ce que l’homme soit un poète et la femme, la muse, on n’a même pas de mot pour dire l’homme-muse. «On n’a même pas de mot, tellement ça n’existe pas!» 

L’inspiration et la créativité auraient un sexe? «J’ai beaucoup réfléchi à ça avant d’écrire Nobelle. Je pense que les hommes se sont approprié le talent artistique, à travers les siècles», dit la romancière. 

La femme des cavernes 

Sophie Fontanel fait remarquer qu’on ne se demande jamais, par exemple, si c’est une femme ou un homme qui a fait les peintures dans les cavernes. «On part du principe que c’est un homme : on dit “l’homme des cavernes”. On ne pense jamais que c’est peut-être une femme qui a fait ça, et il y a des portraits de femmes enceintes dans les grottes de Chauvet. Personne n’a jamais imaginé que ça pouvait être, par exemple, un premier selfie d’une femme qui s’est dessinée, enceinte.» 

Elle ajoute que les femmes artistes ont eu du mal à faire leur place. «Quand on était une femme, on avait du mal à se faire éditer. On ne pouvait pas aller à l’Académie de peinture. Tout a été fermé aux femmes, et elles sont passées à travers les trous.» 

«En littérature, ce qui est amusant, c’est que les femmes ont écrit, évidemment, même quand elles étaient coincées à la maison. Et on a eu les sœurs Brontë, Virginia Wolf, et des femmes, parmi les plus célèbres en littérature, comme Agatha Christie et Pearl Buck. Agatha Christie est un écrivain majeur, qui a marqué l’histoire du roman policier, de la narration, de la série télé, du cinéma. On n’en parle jamais.» 

Trajectoire différente 

La description de l’enfance d’une écrivaine, comme elle le fait dans Nobelle, n’est pas inspirée de son propre vécu. «Ce n’est pas mon enfance parce que dans mon enfance, il n’y avait pas de barrière. Les petits garçons que j’ai pu connaître, ou que j’ai connus, acceptaient complètement mon talent – quand ils m’en trouvaient. Je n’ai jamais eu de problème.» 

«À l’âge adulte, en revanche, j’ai rencontré un homme qui voulait écrire et qui vivait comme une espèce d’infériorité le fait que moi, je sache écrire et que lui n’y arrive pas. C’est un peu ça que je raconte dans Nobelle.» 

Sophie Fontanel montre aussi à quel point les chagrins d’amour peuvent nous affecter, quand on est jeune. «Pour Annette, l’amour, c’est quelque chose qui engage sa vie. Même si l’histoire d’amour s’arrête, on voit bien qu’elle n’a jamais oublié ce garçon, quand elle reçoit le prix Nobel, 50 ans plus tard.» 

Nobelle<br/>
Sophie Fontanel<br/>
Éditions Robert Laffont<br/>
280 pages
Photo courtoisie
Nobelle
Sophie Fontanel
Éditions Robert Laffont
280 pages