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Perte d'emploi : Je reste en appartement ou je retourne dans le sous-sol de mes parents?

Perte d'emploi : Je reste en appartement ou je retourne dans le sous-sol de mes parents?
Crédit photo : Anthony Tran sur Unsplash

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Dans son texte de la semaine dernière, notre collaboratrice Merlin Pinpin (nom de plume évidemment) racontait sa perte d’emploi soudaine. (pour lire ce texte)Avec l’incertitude financière qui plane sur elle, la réception de son avis de renouvellement de bail prend une tout autre signification.
 

Je vais à la poste chaque jour. La poste étant une boîte aux lettres rouillée encastrée dans l’entrée de mon édifice. Avec un petit coup de poing, on peut ouvrir les boîtes de tous les locataires. Connaissance inutile puisqu’il y a rarement quelque chose de bon qui se cache derrière cette porte.  

Je vois au travers des petites fentes en insérant ma clé qu’une lettre m’attend de l’autre côté : mon avis d’augmentation et de renouvellement de mon bail.  

La même situation, l’an dernier, m’avait pris une demi-seconde à me décider. En gougounes dans l’entrée, je n’avais même pas eu à retourner dans mon logis, je savais déjà ma réponse. Déchire l’enveloppe, sort la lettre, les yeux qui se promènent de gauche à droite, contenu analysé. Bail renouvelé. C’était reparti pour une année.  

Là, mon cerveau se fait aller. Ma décision va devoir se baser sur autre chose que mes considérations futiles qui me donnent envie de déménager telles que le manque de luminosité de mon salon qui fait de mauvais selfie et ma cuisine pas assez grande pour contenir tous mes amis.  

Je n’ai pas su me décider dans l’entrée. Toute l’incertitude des mois à venir m’est remontée dans la gorge avec un goût amer d’urgence. J’aimerais croire en des jours meilleurs. Me dire que ceci n’est que passager. Que tout va finir par se placer.  

Mais si ce n’était pas le cas? Si ça durait des mois? Je n’ai pas les moyens de vivre sur le chômage une éternité. Je n’ai pas d’économies infinies. J’ai une carte de crédit, une marge, un beau montant à remettre à l’impôt, des comptes qui sont à jour, mais qui ne vont pas tarder à s’empiler, faute d’argent pour les payer.  

J’ai revu tout mon budget et toutes les possibilités. Appelé mon institution bancaire, vu les mesures proposées. Ou plutôt l’absence de mesures proposées. 

Non seulement elles étaient peu avantageuses, j’ai aussi eu l’impression que je n’avais pas assez de possessions matérielles pour mériter d’être aidée. Justement, si je ne possède rien, c’est un bon indice que mon revenu n’est pas dans les 1% de la planète qui se déplace en jet privé. La femme au bout du fil était essoufflée, j’avais l’impression qu’elle éteignait mille feux à la fois. J’étais une personne parmi des millions. 

L’attente de l’appel : 30 minutes. Durée de l’appel : 4 minutes expéditives. 

Elle a conclut en disant : «on voit tout au jour le jour».  

J’ai voulu lui dire «Madame, j’ai bâti l'entièreté de ma vie sur cette mentalité». Et visiblement, ce n’était pas la bonne chose à faire. 

Aujourd’hui ne me fait pas peur c’est tous les autres jours qui m’angoissent. La pensée magique c’est super pour vivre sans se culpabiliser, mais ça ne me prépare pas pour faire face à une crise comme celle-ci. Je me suis abstenue de lui partager mon opinion sur sa conclusion qui manquait cruellement de considération.  

Donc, je résilie mon bail et je retourne chez mes parents? Ou je renouvelle et j’espère que la vie va me sourire? Parce que cela semble inévitable, si je ne peux pas payer, je vais retourner vivre dans la chambre dans laquelle j’ai passé toute mon adolescence, qui doit encore sentir le pot. J’ai peut-être pas envie d’attendre de crouler sous les dettes avant de faire le move.  

Aucun loyer à payer (ou un petit montant symbolique à payer), aucun compte d’Hydro, la baisse du coût de mes assurances, des petits plats préparés. Parce que même s’ils font semblant de nous vouloir indépendants, ils ne peuvent pas s’empêcher de nous engraisser et s’inquiéter à la moindre bouchée pas mangée. Sans compter l’été qui arrive, l’accès à la piscine et la cour, le patio plus grand que mon appartement présentement, un petit paradis de verdure. 

Sans aucune intimité. Et dur sur l’estime personnelle. Financièrement et mentalement, cette décision n’a pas du tout le même impact. Mon petit cochon va recommencer à se remplir tranquillement, mais ma tête va se poser beaucoup de questions.  

Un peu trop. L’échec. J’aurais honte. Honte de ne pas avoir été assez brillante pour me faire un coussin de sécurité. Honte d’avoir 32 ans et de regarder mes parents revenir du boulot et me voir encore assise au comptoir de cuisine, devant mon laptop, à la même place que j’étais à leur départ en matinée.   

Honte d’être à la même place qu’il y a 17 ans, parce que j’ai vécu au jour le jour.  

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