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Des Vénézuéliens défient virus et confinement pour s'approvisionner en Colombie

Des Vénézuéliens défient virus et confinement pour s'approvisionner en Colombie
AFP

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VILLA DE ROSARIO, Colombie | La police lance parfois des grenades assourdissantes pour les effrayer. Mais des centaines de Vénézuéliens se risquent quand même à franchir clandestinement la frontière avec la Colombie. Ils craignent plus de mourir de faim que de la COVID-19.  

«Le coronavirus, c’est Maduro. Tant qu’on ne retire pas ce mal du Venezuela, ça ne finira jamais», lance, sous son masque, un jeune qui gagne quelques sous en portant colis ou valises, et a requis l’anonymat.  

Les Vénézuéliens se faufilent entre les plantations de riz, dans les marécages, sous les clôtures, pressant le pas en évitant inconnus et journalistes.  

Pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus, le président colombien Ivan Duque a fermé les sept postes de douane qui émaillent la frontière de 2.200 km avec le Venezuela.  

Son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, dont une cinquantaine de pays considèrent la réélection comme frauduleuse, a ensuite ordonné un confinement total, une mesure en vigueur aussi dans toute la Colombie à partir de mercredi.  

Bogota et Caracas ont rompu leurs relations en février 2019 et Ivan Duque ne reconnaît pas ce qu’il appelle «la dictature» de Nicolas Maduro. Même pour gérer la crise sanitaire de la COVID-19, il n’accepte que des actions coordonnées avec les organisations internationales de la santé.  

Mais dans l’ancienne puissance pétrolière en crise, confrontée à d’importantes pénuries, beaucoup ne peuvent se permettre d’attendre que la pandémie diminue et doivent coûte que coûte trouver de quoi manger.  

 

Le prix du danger  

Sur l’un des sentiers clandestins appelés «La Pared» (Le Mur), des Vénézuéliens passent sans cesse, à peine protégés de la contagion par de dérisoires masques.  

«La faim nous fait oublier la peur», explique à l’AFP Jairo Pabon, 56 ans, avant de poursuivre son chemin vers la localité colombienne de Villa del Rosario, en quête de nourriture pour ses deux petits-enfants.  

À l’un des postes-frontière, une barrière sépare un groupe de policiers colombiens de dizaines de Vénézuéliens massés derrière.  

«Nous ne passerez pas par là!», lance une agente en uniforme.  

«Et la dame qui est malade?», demande quelqu’un de l’autre côté.  

«Qu’elle emprunte le passage humanitaire», répond la policière, en référence au pont international Simon Bolivar, habilité à la circulation pour les cas de force majeure.  

Les chemins clandestins entre les deux pays se comptent par dizaines. Zones de non-droit, ils sont contrôlés par des groupes armés ou des contrebandiers qui imposent leurs lois à feu et à sang.  

Selon Marianne Menjivar, directrice de l’ONG Comité international de secours pour la Colombie et le Venezuela, «les 35.000 Vénézuéliens qui allaient chaque jour en Colombie (...) ne peuvent désormais le faire que par des passages illégaux, qui les exposent à des agressions sexuelles, des viols et autres types de violence».  

Un journaliste de l’AFP a vu des hommes cagoulés organiser une sorte de péage, avec du fil de fer barbelé, et exiger de l’argent en deux mots: «Collaboration, collaboration».  

 

Un mal mineur? 

«On sait que par ces chemins il y a du danger, des vandales, tout le mal possible, mais on n’a pas d’autre solution», déplore Guillermo Gomez, 65 ans, qui passe souvent par là pour aller acheter les médicaments qu’il ne trouve plus au Venezuela.  

Depuis 2015, 4,9 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays ruiné, selon l’ONU, dont 1,7 en Colombie.  

Maria Adelaida Rincon, 58 ans, se rend à Villa del Rosario pour chercher de l’argent que lui a envoyé sa fille.   

«Je risque ma vie. Comment faire autrement? J’ai deux petits-enfants à ma charge. Là-bas au Venezuela, il y a la quarantaine. Mais que faire en quarantaine sans nourriture?», explique-t-elle.  

Accoutumée à braver le danger des passages clandestins pour survivre, la pandémie qui se répand à travers le monde leur semble un mal mineur.  

«Ce n’est pas le coronavirus qui nous tue nous les Vénézuéliens, mais la faim», assure Santina Rubio, 37 ans, qui vend de l’eau par ces chemins de traverse.