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Joe Biden en avance, mais un peu coincé

Joe Biden en avance, mais un peu coincé
AFP

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Nous savons déjà que la campagne 2020 n’a pas d’équivalent dans l’histoire. La grippe espagnole de 1918 avait frappé avant l’élection de 1920. Isolé dans un studio improvisé dans sa résidence personnelle, Joe Biden essaie de se démarquer.  

Il n’y a pas de plan de match éprouvé en pareilles circonstances, mais les plus récentes projections peuvent réconforter le candidat démocrate. Non seulement domine-t-il dans les sondages, mais quelques analyses de la carte électorale pointent en direction d’une majorité au collège électoral. Non, la victoire n’est pas assurée, mais les chances de l’ancien vice-président sont meilleures que jamais. 

Le président Trump bénéficie d’un avantage très net jusqu’au vote de novembre: il jouit d’une couverture médiatique quotidienne et on rapporte ses propos à la une continuellement. Il peut également prendre des décisions plutôt que de les suggérer, comme c’est le cas pour Biden. Bien sûr, c’est une arme à deux tranchants. Depuis le début de la crise, le président soulève plus de controverse et continue à diviser.  

Si les experts voient juste dans leurs prédictions, la situation va continuer de se détériorer pendant encore un moment. L’Organisation mondiale de la santé avançait ce matin que les États-Unis étaient sur le point de devenir l’épicentre de la COVID-19. Au moment d’écrire ces lignes, le président parle d’abord de relancer l’économie et de faire fi de l’avis des experts de la santé publique. Une stratégie particulièrement audacieuse et très risquée. Le prix à payer pourrait être exorbitant. 

Si Joe Biden est plutôt limité dans ses actions et ne peut exploiter sur le terrain son style très humain et chaleureux, il n’a peut-être pas besoin d’en faire plus que ce qu’il fait actuellement. Peut-être lui suffit-il, comme le propose Alex Wagner dans The Atlantic, de simplement rester en vie. 

Lors des plus récents votes des primaires, Biden a démontré une supériorité écrasante face à Bernie Sanders (oui, il se rangera) et ses appuis sont solides dans des groupes de la population dont le vote sera primordial en 2020. Ces personnes ne changeront pas d’idée d’ici à l’élection et, comme je l’ai affirmé à plusieurs reprises, il ne reste plus qu’une poignée d’indécis. 

S’il doit pour l’instant se limiter à diffuser des allocutions à partir de son studio improvisé, Joe Biden peut malgré tout marquer des points. Il démontre sa vaste expérience et celle des gens qui l’entourent. Ses attaques sont ciblées et il est prudent dans la manière de les présenter. L’équilibre est précaire entre le jeu partisan et ce qui pourrait être considéré comme un manque de patriotisme en période de crise. 

L’ancien vice-président pourrait aussi profiter de la situation actuelle en développant son propre système «d’enseignement à distance». Pourquoi ne pas enregistrer, comme les enseignants du Québec sont invités à le faire depuis hier, de courtes capsules qui présenteraient efficacement son programme et son style de gestion? Son équipe dispose de quelques millions et les possibilités de montage sont infinies quand on bénéficie de tels moyens! 

Avantage non négligeable, lire des discours limite les bourdes! Depuis toujours, Oncle Joe trébuche régulièrement quand il improvise et est trop spontané. Considérant son âge, le confinement à la maison lui permet aussi de préserver ses énergies. Frais et dispos, il est plus concentré. Ce repos forcé pourrait être salutaire dans sa préparation pour le sprint final. 

Pour l’instant, Joe Biden fait figure de meneur, mais la situation est particulièrement volatile et personne ne se risquerait à prédire ce qui attend les Américains au cours des prochaines semaines et des prochains mois. Un défi colossal pour les deux candidats et leurs stratèges, parce que les points de repère sont quasi inexistants. Restez à l’écoute!