/sports/opinion/columnists
Navigation

Montréal, Moscou, Los Angeles...et Tokyo

Stéphane Préfontaine et Sandra Henderson
Photo d’archives Le 17 juillet 1976, Sandra Henderson et Stéphane Préfontaine ont alimenté la vasque olympique des Jeux de Montréal en l’absence des athlètes du continent africain.

Coup d'oeil sur cet article

Commençons par régler ce qu’on va vous annoncer au cours des prochaines semaines. Et ces informations, elles circulent déjà au sein du Comité international olympique. (CIO). On est en train de les analyser, de mesurer leur impact économique et sportif et de trouver la meilleure façon de les annoncer. 

Les Jeux de Tokyo 2020 vont être retardés jusqu’à juillet 2021. Ça veut dire qu’il va falloir renégocier des ententes de plusieurs milliards de dollars avec des réseaux de télévision sur toute la planète. Et renégocier des contrats de commandites avec les plus grandes entreprises au monde. 

 Ça veut dire qu’il va falloir régler le problème d’au moins 30 000 Japonais de classe en dessous de la moyenne qui doivent occuper leur nouveau logement en septembre prochain...après la fin des Jeux. Le village olympique qui aurait dû accueillir environ 12 500 athlètes, des entraîneurs et les délégations du monde entier, a été prévu pour 20 000 personnes. Si les Jeux sont retardés d’un an, il faudra trouver une solution à ce terrifiant problème. Des baux ont été signés, des familles avaient enfin un foyer.

 Plus de 3700 personnes travaillent à temps plein pour le comité organisateur et 75 000 bénévoles attendaient avec impatience de mettre leur talent au service des Jeux. Seront-ils encore là en 2021 ?

 JUSTICE POUR LES ATHLÈTES

 Il faudra également trouver un juste milieu dans la façon de traiter les athlètes. Plus de la moitié des athlètes qui devaient participer aux Jeux de Tokyo ont déjà franchi les étapes nécessaires pour y être qualifiés.  Il faut que ces 6000 athlètes qui sont déjà qualifiés aient droit à ce privilège mérité par quatre ou huit ans d’entraînement, d’efforts et de sacrifices. Ceux qui ne sont pas encore qualifiés devront donc le faire au printemps 2021 à l’approche des Jeux. 

 Au sein du CIO, on évalue l’idée de présenter les Jeux en octobre. L’idée peut sembler raisonnable mais il va sans dire que les épreuves permettant les qualifications devraient être tenues en août. Rien ne dit que la planète Terre aura recommencé à fonctionner en août prochain. Certainement pas à plein régime.

 De plus, août est la saison des typhons dans le Pacifique. Et on connaît la fréquence et la violence inouïe des typhons qui s’abattent sur le Japon. Est-il possible de prendre une chance de trois semaines en automne ?

 Pour toutes ces raisons, même si le CIO et le gouvernement japonais vont tenter jusqu’au dernier moment de trouver une solution miracle, il est à peu près certain que les Jeux 2020 seront repoussés d’un an. 

 C’est quand même moins pire que les Jeux de 1940 et de 1944. Les Jeux de 1940 devaient être présentés à...Tokyo. Mais la guerre contre la Chine, ça ne s’invente pas, força le Japon à abandonner les Jeux pour Helsinki. Finalement, la Seconde Guerre força l’abandon des Jeux de 1940 et de 1944 à Londres.

 Londres, pays gagnant de la guerre, retrouva ses Jeux en 1948 mais le Japon a dû attendre jusqu’à 1964. 

MONTRÉAL, MOSCOU, LOS ANGELES...

 Ce n’est pas la première fois que des Jeux sont perturbés. Ils ont été annulés en 1916 à cause de la Grande Guerre. Ils devaient être tenus à Berlin. La métropole allemande les retrouva pour les infâmes Jeux de 1936 qui marqua l’apothéose de la gloire d’Adolf Hitler. 

 Mais ils ont été aussi perturbés pour les raisons politiques. On oublie que les Jeux de Montréal ont été présentés sans l’anneau noir olympique. L’anneau de l’Afrique. Une vingtaine de pays africains ont boycotté les Jeux pour protester contre l’apartheid en Afrique du Sud. Comme c’était des pays africains démunis, ça n’a pas dérangé personne chez les bonzes olympiques.

 Mais à Moscou en 1980, j’étais un des sept journalistes canadiens à couvrir des Jeux présentés en circuit fermé. Pas d’Américains, pas de Français et surtout pas de Canadiens. Aucune image de ces Jeux n’était disponible en Amérique. Pour un journaliste, c’était une situation irréelle. Mais c’était aussi le rêve d’un reporter. Pas d’athlètes canadiens, pas de COC, pas de notables, rien. Une liberté totale et absolue (sauf les zélés du KGB) de couvrir la vie et la société soviétiques. C’est la seule fois que ça m’est arrivé en 50 ans de métier.

 À Los Angeles, c’est l’URSS et la Chine, avec l’Allemagne de l’Est et autres pays de l’Est qui ont boycotté les Jeux.  Heureusement, ça n’a pas empêché Sylvie Bernier de savourer sa médaille d’or et de se promener en autobus scolaire d’un site olympique à l’autre. Les Jeux les plus cheapos de l’histoire moderne. 

 Mais Los Angeles a fait un profit. 

 Dans l’histoire des Jeux, trois présentations ont été annulées à cause de guerres atroces. Trois autres ont été soumis à des boycotts importants pour des raisons politiques.

 Mais 2020 s’inscrira comme une première. Des Jeux annulés à cause d’une guerre invisible contre l’humanité.