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Pas de «Magic Bullet»

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En plein cœur d’un cauchemar bien réel, il est tentant de rêver à la solution magique qui guérirait tout le monde d’un coup sec, sans effets secondaires, et qui permettrait enfin un retour à la vie normale.

« On cherche tous ce que les Anglais appellent le Magic Bullet, la solution merveilleuse qui est la panacée [...]. Mais en médecine, c’est rare qu’il y en ait », expose le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). 

Chercheur régulier au sein de l’axe des Maladies infectieuses et immunitaires au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, le Dr De Serres est aussi professeur titulaire en épidémiologie au département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval. 

Médecin-chef du groupe scientifique en immunisation (GSI) de l’INSPQ, il se spécialise dans l’investigation des effets secondaires des vaccins et l’efficacité de ceux qui sont utilisables dans les programmes de vaccination de routine, dont ceux sur l’influenza.

Quand pourra-t-on sortir comme avant ? Quand les enfants pourront-ils aller à l’école ? Quand pourra-t-on à nouveau voyager ? 

Ces questions nous tourmentent tous à certains moments de la journée. Le médecin épidémiologiste souligne qu’« actuellement, d’essayer de prédire quand tout ça sera revenu à la normale, je pense que personne ne peut se prononcer là-dessus. »

Nombreuses inconnues

Cette incertitude s’explique à divers niveaux. « Il y a des choses là-dedans qu’on ne contrôle pas, et pour lesquelles c’est donc impossible de connaître les délais », dit le Dr De Serres. 

D’abord, la situation évolue très rapidement, et les autorités adaptent le plan de lutte en conséquence. « Le virus, ou la maladie, ne nous écoute pas, elle fait ce qu’elle veut, quand elle trouve des vulnérabilités dans la population, alors il va falloir qu’on s’adapte selon l’évolution de la maladie ». 

Le principal aspect sur lequel on peut avoir le contrôle réside par conséquent dans le respect des restrictions de sorties et de la distanciation sociale.

Plus vite on va limiter la contagion, plus vite on va pouvoir revenir à une vie normale, disait en substance le premier ministre Legault, hier. 

Le respect de ces consignes joue un rôle certain sur la durée de la crise, chez nous, mais aussi autour de nous. « Si vous regardez dans les places où ça ne s’est pas fait, les gens arrivent par dizaines, sinon par centaines à l’hôpital, qui est débordé, et là, ça ne va pas bien ».  

Le Dr De Serres cite le cas de New York, devenu l’épicentre américain de l’épidémie, et de la Lombardie, dont on parle comme du cimetière de l’Europe.

« On ne parle pas de pays en voie de développement [...], alors je pense que l’idée, c’est de dire : écoutez, personne n’a envie de se rendre là, alors c’est essentiel de faire ce qu’on vous demande. »

Élément clé

Parmi les éléments qui permettront de mettre un terme à la pandémie, le vaccin demeure un élément clé. Là encore, note le chercheur, les délais sont cependant difficiles à prévoir. Des experts ont parlé d’un an pour produire un vaccin efficace. Mais ça demeure des hypothèses. 

Puis plusieurs médicaments sont testés à l’heure actuelle à plusieurs endroits dans le monde. Si ces médicaments faisaient en sorte de réduire la gravité de la maladie chez les personnes atteintes, la situation pourrait s’améliorer, même en l’absence de vaccin. Sur ce plan, les études sur la colchicine, à Montréal, peuvent représenter une avenue intéressante. 

Quant à savoir si l’on doit se surprendre de ce qui arrive, le Dr De Serres affirme qu’on s’attend à des pandémies depuis des décennies. On ne savait toutefois pas de quel microbe il s’agirait ni quand cela surviendrait. 

Ainsi, « face à l’ennemi lointain dont on n’est pas certain qu’il va arriver », on a choisi de mettre les priorités ailleurs. C’était jusqu’à ce que cet ennemi nous frappe en plein cœur.