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Sayonara, Tokyo!

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Photo AFP Thomas Bach, président du Comité international olympique

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Si, entre le moment où j’écris ces lignes et le moment où vous les lirez, il y a eu des changements, je vous fais confiance pour ne pas m’en tenir rigueur.

Le Canada n’enverra pas d’athlètes aux Jeux olympiques de Tokyo. C’est le bon sens même.

D’autres pays suivront, et le Comité international olympique n’aura d’autre choix que de repousser les Jeux à l’an prochain. 

Histoire

Ni les athlètes qui devront patienter ni les médias qui devaient les couvrir (dont moi) n’arracheront une larme à ceux qui pleurent des proches disparus, qui ont un être aimé aux soins intensifs, ou qui se retrouvent subitement au chômage.

On comprend cependant l’ambivalence d’un athlète de très haut niveau.

D’un côté, il est entré dans sa bulle, plus rien d’autre n’existe, et il s’est arrangé pour être au sommet de sa forme fin juillet. 

Soudainement, pouf !

D’un autre côté, on leur dit d’éviter les rassemblements et les gens qui arrivent de voyage.

Et on les enverrait dans des bains de foule, parmi des gens tout juste arrivés de 200 pays ?

Dans la longue histoire des Jeux, il y a eu pire, nettement pire comme bouleversements.

Je ne parle pas seulement des Jeux annulés pour cause de guerres mondiales, comme ceux qui auraient dû avoir lieu en 1916, 1940 ou 1944.

Imaginez la frustration d’athlètes privés de Jeux non pour des causes sanitaires, mais parce qu’ils furent les otages de tensions politiques dont ils n’étaient pas responsables.

En 1976, à Montréal, plusieurs pays africains ne viennent pas parce que s’y trouve la Nouvelle-Zélande, dont l’équipe nationale de rugby rentrait d’une tournée en Afrique du Sud, malgré le boycottage du pays de l’apartheid décrété par les Nations unies.

En 1980, à Moscou, 50 pays boycottent les Jeux pour protester contre l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS l’année précédente.

En 1984, à Los Angeles, les pays du bloc soviétique boycottent les Jeux pour rendre aux Américains la monnaie de leur pièce.

Quand on se compare, on se console, dit-on.

De très grands champions olympiques furent appelés sous les drapeaux et périrent au front. 

Le Français Jean Bouin, médaillé d’argent sur 5000 mètres aux Jeux de Stockholm en 1912, meurt lors de la première bataille de la Marne, en septembre 1914, dès le début des affrontements.

Il fut atteint par des éclats d’obus tirés, très vraisemblablement, par sa propre armée française.

En raison de sa célébrité, on lui avait proposé un poste confortable loin des lignes ennemies. Il avait refusé.

L’Allemand Luz Long, adversaire de Jesse Owens lors de l’épreuve de saut en longueur aux Olympiades de Berlin en 1936, ira mourir sur le front russe en 1944, quand le vent avait déjà tourné contre Hitler. 

Pas dramatique

On pourrait aussi mentionner tous ces athlètes punis pour ce qu’ils étaient et non pour ce qu’ils avaient fait.

Dès que les nazis prennent le pouvoir, les athlètes juifs sont progressivement exclus des clubs sportifs allemands.

En juin 1936, un mois à peine avant les Jeux de Berlin, Gretel Bergmann égale le record d’Allemagne au saut en hauteur féminin.

Il n’y aura pas de place pour elle dans l’équipe allemande : elle était Juive.

Lilli Henoch était, elle aussi, Allemande et Juive. Elle avait établi des records du monde au lancer du disque, du poids et au relais 4 x 100 mètres. 

Pas de Jeux non plus pour elle en 1936. En 1942, elle et sa mère furent extirpées du ghetto de Riga, en Lettonie, et massacrées à la mitrailleuse. 

Et comment oublier le massacre des athlètes israéliens par des terroristes à Munich en 1972 ?

Dans la longue histoire des Jeux, plusieurs athlètes refusèrent aussi de participer pour des questions de conscience personnelle.

Bref, il n’y aura pas de drame à tout décaler d’un an. Il y a des vies à sauver. 

Sayonara (au revoir), Tokyo !