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Capotages, jalousie et grande passion

Félix Leclerc et Maurice Richard
Photo courtoisie, Alain Choquette En octobre 1983, deux légendes, Félix Leclerc et Maurice Richard, se mesuraient dans un match amical de tir au poignet à l’île d’Orléans.

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Tout a commencé avec une chronique sur l’émeute du Forum.

J’ai reçu un premier envoi. La célèbre photo de Maurice et de Félix Leclerc tirant du poignet à l’île d’Orléans en octobre 1983. 

 Puis un deuxième. J’ai eu le souffle coupé. C’était le poème manuscrit que le grand Félix avait lu, puis remis à Maurice Richard le midi au restaurant.

Et un troisième, avec une question : « Est-ce que ce bâton de gardien te dit quelque chose ? ».

 C’était un bâton de gardien de but de marque Artis, taché de peinture bleue. Honnêtement, ça ne me disait rien. Une autre photo a suivi ; celle du légendaire peintre Jean-Paul 

Riopelle complétant une œuvre démente d’énergie sur une porte avec Maurice Richard à ses côtés. Et un humble chroniqueur entre les deux légendes : « Réalises-tu que moi, j’ai les objets et que toi, tu étais là quand ça s’est passé ? C’est très spécial » m’a rappelé hier Alain Choquette quand on a jasé de tout ça.

 Ah oui ! Parce que celui qui m’envoyait des messages et des photos pour me faire capoter, me faire verdir de jalousie, c’était Alain Choquette. Grand magicien, grand convalescent et collectionneur passionné. Encore plus passionné que grand.

Une photo dans la collection du magicien où l’illustre artiste-peintre Jean-Paul Riopelle présente au Rocket une œuvre magistrale faite sur une porte sous le regard admiratif de votre humble chroniqueur.
Photo courtoisie, Alain Choquette
Une photo dans la collection du magicien où l’illustre artiste-peintre Jean-Paul Riopelle présente au Rocket une œuvre magistrale faite sur une porte sous le regard admiratif de votre humble chroniqueur.

FÉLIX ET RIOPELLE

 On a jasé, il m’a montré les photos des reliques qu’il a dénichées dans des endroits impossibles et je lui ai raconté les histoires qui les entouraient.

 Le célèbre poème de Félix, je l’ai vu, de mes yeux vu. À la table, au resto, quand Félix l’a lu à Maurice. Mais le bout de papier sur lequel Maurice lui-même a recopié le poème, j’ignorais même son existence. Et ce n’est qu’hier que j’ai appris le titre de la chanson remise par Félix au Rocket. Un vieux 78 tours à l’enveloppe défraîchie. C’était Bozo. Maurice avait remis un bâton au poète...

Lors du dîner, Félix a remis un poème au Rocket, un manuscrit original qui meuble la collection d’Alain Choquette.
Photo courtoisie, Alain Choquette
Lors du dîner, Félix a remis un poème au Rocket, un manuscrit original qui meuble la collection d’Alain Choquette.

 Plus tard, je me suis retrouvé dans la maison de Jean-Paul Riopelle à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. Riopelle, dont certaines toiles se vendent plus de 7 millions de dollars, était un collectionneur de Bugatti, la célèbre marque de voitures italiennes. 

 Maurice lui avait remis deux chandails du Canadien. Le snoro de Choquette les a tous les deux. Je l’étranglerais quand il a ce rire qu’il avait quand il me plantait 6-0 6-0 au tennis. La fois que j’avais écrit qu’Alain Choquette avait gagné un match de tennis, point final, paragraphe, je n’avais pas été complètement honnête. Il m’avait battu 6-0 6-0. Justice est faite.

UNE PASSION DÉVORANTE

En fait, l’histoire de Choquette collectionneur remonte à plus de trente ans : « Je jouais au baseball avec Stephen Bronfman avec les Dodgers de Sainte-Adèle. Un soir, son père Charles nous avait tous invités à un match des Expos. Il nous avait remis une balle signée par tous les joueurs. Ç’a été mon premier objet de collection. Plus tard, j’ai rencontré les dirigeants du Musée McCord et on a jasé d’une exposition sur le baseball au Québec. Ça ne s’organise pas sur des pinottes. J’ai dit sans même trop y réfléchir : « Donnez-moi sept ans et je vous prépare la plus belle des expositions », se rappelle Choquette.

 Ç’a été le début d’une histoire passionnante. D’une folie, se plaît-il à dire. Il a été dévoré par sa quête. Il a fait le tour des antiquaires, a connu des « pickers », ces passionnés qui sonnent aux maisons au cas où...

 « C’est invraisemblable, les reliques qui me sont passées dans les mains. Par exemple, la torche des Jeux olympiques de 1976. Un contrat de Sparky Anderson avec les Royaux. J’ai tout payé ce que j’ai acheté. Je me suis retrouvé sur la rue de Gaspé chez le voisin de la famille de Jacky Robinson. Le monsieur avait dans sa cave le trophée gagné par Jacky Robinson en finissant meilleur frappeur de la Ligue nationale. Toto Gingras dans Le Journal de Montréal et RDS m’ont donné de la publicité pour mes recherches, raconte le magicien.

LE SUMMUM

 Le summum, c’est quand Alain a assisté à l’inauguration de l’exposition au Musée McCord. Il avait remis au musée tout ce qu’il avait trouvé et déniché dans sa quête ardente : « Je pense que le summum pour un collectionneur qui n’est pas trop replié sur lui-même, c’est quand tu peux partager les trésors que tu as dénichés », dit-il. Pour l’occasion, il avait remis à Claude Raymond un chandail des Braves d’Atlanta. Claude en avait pleuré comme un enfant.

Choquette a ému Claude Raymond en lui présentant un chandail qu’il a porté avec les Braves.
Photo courtoisie, Alain Choquette
Choquette a ému Claude Raymond en lui présentant un chandail qu’il a porté avec les Braves.

 Sans doute que Choquette ne se lancera plus dans une chasse aussi folle. Mais le goût du collectionneur reste incrusté profondément en lui : « Aujourd’hui, ce sont davantage les objets reliés à des événements marquants qui attirent mon attention. Je veux trouver les artéfacts, mais aussi connaître les histoires derrière les objets. Je trouve fascinant de pouvoir te poser plein de questions sur ces deux rencontres de grandes légendes de l’histoire du Québec », dit-il.

 Il m’a demandé deux ou trois fois qui avait pensé à organiser la rencontre avec Félix. C’étaient Sylvie Lalande et Roger D. Landry pour le centenaire de La Presse. Mme Lalande occupe aujourd’hui de hautes fonctions à Québecor. Life goes on.

 Pour la rencontre avec Jean-Paul Riopelle, je ne me rappelle pas qui l’avait organisée. Mais la porte, la grande porte, qui embêtait Maurice parce qu’il ne savait pas où Lucille l’installerait dans la maison, je ne l’oublierai jamais.

 Elle a été donnée au Musée de la civilisation à Québec.

UNE BELLE CONVALESCENCE

 Alain Choquette, un athlète qui s’est entraîné toute sa vie, a subi un quadruple pontage en janvier dernier. Il récupère très bien et a déjà retrouvé une condition physique qui ferait l’envie de bien des gens.

– Quand même, ce serait le bon moment de te battre au tennis...

– Ouais... si je jouais de la gauche.