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Des étudiants étrangers au Québec se retrouvent mal pris

Des étudiants étrangers au Québec se retrouvent mal pris

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Cela fait trois semaines que je ressens l’anxiété d'amis qui viennent d’ailleurs et font leurs études à Montréal. Laissés dans le doute, ils essayent tant bien que mal de gérer leur stress.  

En raison de la suspension des écoles et du milieu de service à la clientèle, plusieurs se retrouvent dans une situation plus précaire qu’on l’imagine.   

Pénélope*, étudiante à la maîtrise de l’Université de Montréal, Kim*, étudiante au baccalauréat de l’UQAM, et Louai, étudiant à l’Institut Teccart, m’ont partagé leurs inquiétudes face à cette crise.   

  

Pénélope, étudiante du Maroc à la maîtrise de l’Université de Montréal   

Pénélope fait ses études à Montréal depuis 2017. Il lui reste seulement deux mois pour finir sa maîtrise.   

D’entrée de jeu, elle me raconte sa situation financière: «Les étudiants de l’étranger, nous n’avons pas accès à plusieurs bourses. Seulement quelques unes où l’on peut postuler. Dans mon cas, je suis arrivée ici en m’ouvrant un compte de 25 000$. En fait, il ne sert qu’à payer mes frais de scolarité depuis trois ans.»   

Pour plusieurs étudiants internationaux, le revenu vient généralement d'un emploi dans le service à la clientèle. Le permis d’études accorde une limite de 20 heures de travail par semaine.   

«Mes heures de travail, au salaire minimum, suffiraient seulement à payer le loyer, la nourriture et les frais de scolarité restants. J’ai déjà tout dépensé mes 25 000$ vu que je payais 9000$ la session. Là, c’est ma troisième année, alors je paye moins vu que je suis en rédaction.»   

Serrée dans son budget, elle s’inquiète de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins.   

«Je n’ai plus de revenu depuis une semaine. Je ne sais même pas si je suis admissible au soutien financier du gouvernement provincial ou fédéral. Je ne sais pas s’il va tenir compte de la perte d’emploi des étudiants internationaux.»   

Pour tout étudiant international, le gouvernement exige le Certificat d’acceptation du Québec et le permis d’études avant d’arriver à Montréal.   

«On est censé de prolonger notre séjour à chaque six mois. Mon certificat, je l’ai déjà renouvelé pour décembre. L’essentiel est le permis d’études», précise l’étudiante.   

Le statut de Pénélope sera expiré dans deux semaines. Bien que sa demande soit toujours en cours, des délais se rajoutent en raison de l’arrêt des activités.   

«Si un policier vient me questionner, il va demander mon permis et non mon Certificat d’acceptation du Québec.»  

De l'autre côté de l'Atlantique, ses parents s'inquiètent.   

«Ils craignent que je ne mange pas comme il faut, que le propriétaire va me mettre dehors si je ne paye pas. C’est pourquoi ils veulent que je revienne.»   

Malgré tout, elle apprécie le soutien de la direction universitaire.   

«Je suis très chanceuse d’être bien entourée. La direction cherche des alternatives pour me trouver un travail.»   

  

Kim, étudiante de Tahiti au baccalauréat de l’UQAM   

Étudiante depuis 2017, Kim est à sa dernière session de baccalauréat.   

«Puisque le gouvernement a annoncé le prolongement du confinement, je suis très inquiète parce que mes papiers expirent le 31 août.»   

Sur le site de l’UQAM, en date du 20 mars, le Conseil de l’administration de l’Université a informé les étudiants que le calendrier demeure inchangé et qu'aucun étudiant ne sera pénalisé pour le retard d’un travail.   

«Je suis soulagée d’entendre cela, mais ça n’enlève pas le sentiment de déception. Les communications sont sorties plus rapidement sur les autres campus universitaires», rétorque l’étudiante.   

Comme plusieurs étudiants qui travaillent à temps partiel, elle se retrouve sans revenu.   

«Une chance que j’ai une bourse de mon pays. Je ne sais pas comment font certains qui dépendent de leurs 20 heures.»   

Sur une note plus zen, Kim me parle de ses projets après l’obtention de son diplôme.   

«Maintenant qu’on est sûr de finir la session, je vais faire le Programme de l’expérience québécoise pour avoir accès au Certificat de sélection du Québec.»   

Pour les étudiants étrangers qui sont diplômés du Québec, le programme garantit à coup sûr le Certificat de sélection du Québec.   

  

Louai, étudiant d'Algérie complétant son DEP en soutien informatique à l’Institut Teccart   

Pour Louai, il lui reste deux cours pour mars et il doit commencer ses stages en avril.   

«Pour le moment, je ne suis pas trop inquiet. Mais si ça se prolonge d’un ou deux mois, ça va être lourd pour mes projets et mes papiers.»   

Plusieurs attendent toujours que leur permis d’études soit renouvelé.   

«Dans mon cas, je viens de recevoir mon permis. Ça me soulage beaucoup. Si ce n’était pas le cas, j’aurais dû quitter le pays. Pour que le permis d’études soit renouvelé, tu dois prouver que t’as passé tes cours, que t’as les moyens financiers et que tu n’as rien fait d’illégal.»  

À savoir s’il lui reste beaucoup à payer pour ses études: «C’est moins stressant qu’avant. Il me reste quand même près de 4000$ à payer. En tout, ça m’a coûté 21 750$.»   

Vivant chez un oncle et travaillant à temps partiel dans une entreprise de logistique, il considère faire partie des chanceux.   

«J’épargne beaucoup en épicerie et en loyer. Je dépense juste pour ma carte Opus et mes frais de cellulaire.»  

Pour pouvoir travailler au Québec, le diplômé doit demander le permis de travail post-diplôme, ainsi que le Certificat de sélection du Québec dès qu’il obtient son attestation.   

«Tant que je n’ai pas fini mes cours, je ne peux pas commencer mes stages ni appliquer pour le permis de travail COOP.»   

On finit la conversation sur un ton plus rassurant: «J’invite vraiment les gens à se préparer d’avance et se renseigner sur les mises à jour par rapport aux exemptions du gouvernement.»   

  

*Pénélope et Kim sont des noms fictifs. Louai est un nom véritable.   

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