/opinion/columnists
Navigation

Le choc planétaire

dépistage sans R-V
Photo Chantal Poirier Comme pour les sociétés aux prises avec la COVID-19, avoir le cancer, c’est aussi découvrir que la maladie coûte cher.

Coup d'oeil sur cet article

C’était le 12 mars. Date du passage redouté de la COVID-19 à l’état de pandémie mondiale. Méchant choc. Depuis, comme survivante du cancer, je remarque à quel point, au sein de sociétés entières, ce choc est similaire dans ses effets à celui d’un diagnostic de cancer.

De l’individuel au collectif, l’analogie n’est sûrement pas parfaite. Les ressemblances entre ces deux séismes existentiels sont pourtant réelles. 

Quelques exemples. 

Dans les jours suivant le choc initial, l’annonce d’un cancer reste néanmoins chose abstraite. D’où l’inévitable tentation du déni.

Le déni calme. Il anesthésie l’inconnu de la maladie, la peur des traitements et l’anxiété d’une survie incertaine. Dans nos sociétés, le même phénomène a suivi le 12 mars. Comme pour le cancer, plus les informations se multipliaient, plus l’abstrait passait enfin au concret. Résultat : sauf pour une minorité de récalcitrants, on a compris ce qu’il fallait faire : s’isoler, se laver les mains et garder ses distances avec les autres.

L’économie ou la santé ?

Cancer ou COVID-19, on finit par accepter la réalité. On accepte de passer par des étapes très dures. On le fait sans savoir le temps que ça prendra. Comme pour les sociétés aux prises avec le coronavirus, avoir le cancer, c’est aussi découvrir que la maladie coûte cher.

On peut perdre son emploi ou une partie de ses revenus. On assume des coûts imprévisibles au début. Cancer ou COVID-19, nous ne sommes pas tous égaux quand vient le temps de s’équiper pour mieux lutter.

Le cancer réoriente radicalement nos priorités. Les autres problèmes, petits ou grands, sont mis de côté. Se soigner prend vite toute la place. Le temps s’arrête. Pour ne pas la perdre, on met sa vie entre parenthèses. De la même manière, depuis le 12 mars, tout ce qui nous happait avant dans l’actualité est disparu de notre radar.

Le cancer, par la force des choses, fait même le ménage autour de nous. Chez nos amis, familles, voisins et collègues, on découvre qui est là pour nous et qui ne l’est pas. Les couples les plus solides en sortent soudés et les autres éclatent. À l’hôpital, réunis par les mêmes épreuves, on se fait de nouveaux « amis pour la vie » – dans le plein sens de l’expression. Le coronavirus aura les mêmes impacts.

COVID-19 ou cancer, les émotions contradictoires nous rivent sur des montagnes russes. L’angoisse côtoie la lumière. Notre volonté de mobilisation se dispute avec la fatigue et l’inquiétude. Dans notre monde atomisé, nos valeurs sont profondément chamboulées dès que l’entraide prend le dessus.

Face au cancer, on attend également beaucoup de notre oncologue. De cette indispensable boussole dans la tempête, on la veut ultra compétente et compatissante à la fois. On veut qu’elle nous insuffle confiance et espoir.

Face au coronavirus, et pour les mêmes raisons, les sociétés se tournent vers leurs leaders politiques. Certaines, comme le Québec, pour le meilleur. D’autres, comme les États-Unis, pour le pire.