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L’industrie aéronautique d’ici forcée de stopper les machines

Ce secteur industriel crucial compte 206 sociétés et 43 000 emplois au Québec

Bombardier
Photo Martin Jolicoeur Si l’arrêt devait durer, le risque de délocalisation d’usines est réel, soutient Aéro Montréal.

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Depuis 23 h 59 mardi soir, la principale industrie manufacturière du Québec est plongée dans un silence quasi complet. Les Bombardier, CAE et Airbus du Québec ont simultanément mis fin à l’essentiel de leur production, forçant des dizaines de milliers de travailleurs au congé forcé.  

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«La situation est vraiment déchirante, affirme David Chartrand, coordonnateur québécois de l’AIMTA, syndicat affilié à la FTQ. Si la santé de tous est la priorité, la réalité est que personne ne sait combien de temps ça va durer. Et vu l’état actuel de l’économie, combien finiront par être rappelés.»     

Chez Bombardier, c’est pas moins de 12 400 travailleurs au Canada qui effectuaient mardi leur dernier quart de travail. Ensemble, ils représentent 70 % de ses 17 600 employés au pays. Du nombre, 10 800 œuvrent à la fabrication d’aéronefs, 1500 à celle de matériels ferroviaires et une centaine à son siège social. Les trois quarts (9100) des emplois perdus sont concentrés au Québec.     

Risques de délocalisation  

«Un tel arrêt a des conséquences qu’on n’imagine pas, soutient Suzanne Benoît, PDG d’Aéro Montréal, le secrétariat de la grappe aérospatiale. C’est si énorme, si confondant comme situation, que je suis incapable de préciser le nombre d’entreprises et d’employés qui devront s’arrêter.»     

L’industrie aéronautique regroupe 206 entreprises et 43 000 emplois au Québec. Avec l’industrie automobile, concentrée en Ontario, elle est également l’une des principales industries exportatrices.       

«On comprend l’urgence sanitaire, mais en même temps, une chaîne de production mondiale, ça ne s’arrête pas comme ça du jour au lendemain. On ne le souhaite pas, mais à agir ainsi, on s’expose aux risques de la délocalisation», affirme Mme Benoît qui souhaiterait plus de souplesse du gouvernement.      

Arrêt complet ou partiel  

En attendant, la plupart des grandes entreprises du secteur cessent leurs activités, sinon complètement, au moins partiellement. C’est le cas en outre d’Airbus à Mirabel, repreneur des activités C Series de Bombardier, où 1200 travailleurs seront temporairement privés de travail.  

Chez Stelia Aéronautique, dans l’arrondissement Saint-Laurent à Montréal, 240 de ses 360 employés en temps normal sont forcés de demeurer à la maison. Comme Airbus, Stelia a accepté de continuer de verser le salaire de ses employés au cours des prochaines semaines, afin de minimiser l’impact financier de ce congé forcé.

Une fois les activités de production reprises, les travailleurs se verront offrir la possibilité de « rembourser » ces heures versées (non travaillées) par différents moyens, dont l’utilisation de journées de vacances, restantes ou à venir, ou l’ajout d’heures supplémentaires une fois la production reprise. 

Pour sa part, la montréalaise CAE, spécialiste de la fabrication de simulateurs de vol, a devancé à mardi soir l’arrêt de sa production d’abord prévue pour vendredi. Quatre cent soixante-cinq employés sont mis au chômage et l’ensemble du personnel restant s’est vu imposer une ponction salariale de 10 % à 50 %.     

Le militaire épargné  

Comme CAE, plusieurs bénéficient de mesures d’exception leur permettant de poursuivre leurs activités en raison de leurs liens avec l’industrie militaire ou le monde médical. C’est le cas de Esterline CMC Électronique et d’Héroux-Devtek, dont l’essentiel des activités est maintenu.  

C’est aussi le cas de Pratt & Whitney Canada. Sur 6000 employés au Québec, seuls quelque 1250 ont été invités à rester à la maison, avec plein salaire, maintien de couverture d’assurances et contribution au fond de pension.  

«Une façon, se réjouit le représentant du syndicat Unifor, Serge Dupont, de reconnaître ses employés et garder avec eux le lien d’emploi si cher aux entreprises, en particulier en cette période de pénurie de travailleurs.»     

Forcés d’arrêter  

Bombardier   

  • En arrêt forcé: 9100   
  • Nombre total d’employés au Québec: 12 600          

Airbus   

  • En arrêt forcé: 1200  
  • Nombre total d’employés au Québec: 2800          

Pratt & Whitney   

  • En arrêt forcé: 1250     
  • Nombre total d’employés au Québec: 6000          

CAE   

  • En arrêt forcé: 465     
  • Nombre total d’employés au Québec: 4000