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Ottawa ne répond pas, Montréal oui

Incapables d’obtenir de l’aide du fédéral, des citoyens inondent d’appels un comité chômage local

Les nouveaux chômeurs faisaient la file hier dans les bureaux de Service Canada, comme celui-ci de Montréal, pour tenter d’avoir des réponses à leurs questions.
Capture d'écran, TVA Nouvelles Les nouveaux chômeurs faisaient la file hier dans les bureaux de Service Canada, comme celui-ci de Montréal, pour tenter d’avoir des réponses à leurs questions.

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Au Comité chômage de Montréal, les lignes de téléphone ne dérougissent pas depuis la semaine dernière. Laissées à elles-mêmes, plusieurs personnes mises à pied à cause de la crise de la COVID-19 ne savent plus où se tourner.

Pour les cas simples, l’inscription sur internet à l’Assurance-emploi semble fonctionner. Mais tout déraille lorsque les cas se compliquent un peu. L’impossibilité de parler à un agent de l’Assurance--emploi au téléphone bloque la progression des demandes.

Il faut dire que la situation est sans précédent. Les Canadiens ont déposé près d’un million de demandes d’assurance-emploi la semaine dernière, du jamais vu dans l’histoire du pays.

Pierre Céré
Photo Jules Richer
Pierre Céré

Le Journal a passé une partie de la journée de lundi dans les locaux du Comité chômage de Montréal. Le coordonnateur, Pierre Céré, et son collègue, Gabriel Pelletier, étaient débordés d’appels de nouveaux chômeurs incapables d’obtenir de l’information d’Ottawa.

Gabriel Pelletier
Photo Jules Richer
Gabriel Pelletier

Voici un aperçu de ce que nous avons entendu. Nous avons caché l’identité des travailleurs afin de protéger la confidentialité de leur cas.

Appel 1

Espérer que l’argent arrive

« On avait de la job, ça allait bien. Puis, du jour au lendemain, flang ! » 

L’homme au bout du fil est inquiet. Il travaillait dans un secteur lié aux assurances avant d’être mis à pied brusquement il y a deux semaines à cause de la crise de la COVID-19. 

Il a terminé son inscription en ligne à l’assurance-emploi, et voudrait bien savoir quand il obtiendra son premier paiement, question de subvenir aux besoins de sa famille. 

« En temps normal, c’est trois à quatre semaines », lui répond Gabriel Pelletier. 

Mais, comme on n’est pas en temps normal, il est impossible de lui donner une estimation. 

Alors, on lui dit d’espérer que l’argent ne tarde pas trop à rentrer.

Appel 2

Travailleur saisonnier

Le jeune homme au téléphone est travailleur saisonnier. Il explique qu’il est employé d’une municipalité pendant une grande partie de l’année et qu’il obtient des prestations de chômage en hiver.

Ce printemps, la municipalité ne semble pas avoir besoin de ses services. En fait, personne ne le rappelle. Il devait recommencer en avril. Ses prestations d’assurance-emploi seront alors épuisées. Que faire ? 

Le Comité chômage lui explique qu’il sera probablement admissible à l’allocation de soutien d’urgence du gouvernement fédéral. Mais on n’en est pas certain. Les détails du programme ne seront pas connus avant avril.

Appel 3

Malchanceuse

La jeune femme au bout du fil est malchanceuse. Elle devait recommencer à travailler la semaine dernière, mais son retour a été annulé à cause des conséquences de la COVID-19. Elle était au chômage depuis octobre.

Gabriel Pelletier finit par trouver une solution. La femme, découvre-t-il, souffre d’une forme grave d’asthme, ce qui pourrait la rendre vulnérable à la COVID-19. 

Elle pourrait ainsi obtenir un prolongement de ses prestations d’assurance-emploi pour raison de maladie. Mais il y a un hic ; pour cela, elle doit parler à un agent en chair et os plutôt que par internet. 

La ligne de téléphone de l’assurance-emploi est constamment occupée depuis la semaine dernière. 

Appel 4

Un scan ? Connaît pas !

La femme qui appelle est soulagée. Le test pour la COVID-19 qu’elle a passé est négatif. Elle fait sans doute une pneumonie. 

Une fois guérie, elle ne pourra pas reprendre son boulot puisqu’elle travaille dans la restauration et qu’elle a été mise à pied. Par contre, pour prolonger son arrêt maladie, elle doit faire parvenir son dossier médical à l’assurance-emploi. 

Mais pas question de numériser le document et de l’envoyer par courriel. À l’assurance-emploi, on n’est pas encore arrivé au XXIe siècle ; il lui faudra faire parvenir le document par la poste, lui explique-t-on, avec tous les retards que cela comporte en ces temps incertains.

Appel 5

Rien de facile...

La situation de ce jeune voyageur qui appelle semble toute simple. Il revient tout juste d’un périple de trois mois en Asie et il s’est donc placé en isolement volontaire. 

Il était admissible à l’assurance-emploi depuis novembre et ses paiements avaient été suspendus parce qu’il était en voyage. Gabriel Pelletier lui explique qu’il devrait suffire de communiquer par téléphone avec un agent pour réactiver son dossier. 

Mais à cause de l’engorgement des lignes, son dossier reste en plan pour le moment. Et il est impossible de faire cette démarche par internet.

Appel 6

Quand le Comité fait le travail d’Ottawa

Heureusement que l’homme au bout du fil a communiqué avec le Comité chômage. S’il ne l’avait pas fait, il aurait très bien pu manquer une occasion d’avoir un peu de boulot temporaire. 

L’homme travaillait à la réception des marchandises dans un centre commercial. Il a été mis à pied à la fin de la semaine dernière. Son épouse, qui a un emploi dans un supermarché, lui a aussitôt dit que son employeur cherchait du personnel temporaire. 

L’homme était tenté par l’idée. 

« Je ne suis pas habitué à me retrouver dans la maison à rien faire », confie-t-il. Par contre, il craignait de perdre son droit à des prestations d’assurance-emploi. 

Au Comité chômage, on l’a rassuré : il peut accepter un boulot temporaire à temps partiel et conserver le droit à ses prestations. Cette information, l’homme, peu familiarisé avec internet, n’aurait pu l’obtenir autrement.

Appel 7

Dans le néant

En arrêt maladie depuis le début mars, la femme au téléphone a fait une demande de prestations de maladie à l’assurance-emploi. 

À première vue, rien ne cloche dans son dossier, elle devrait avoir droit à des prestations. Mais, pour une raison inexpliquée, Ottawa est incapable de traiter sa demande, constate la femme en accédant à son dossier sur internet. 

Une seule solution : joindre un agent de l’assurance-emploi pour tenter de trouver le problème. 

« À part de continuer à appeler, il n’y a rien d’autre à faire », lui explique Gabriel Pelletier.

Des lignes toujours occupées

Au cours des derniers jours, il a été impossible pour Le Journal d’obtenir la communication aux numéros d’assurance-chomage (en rouge), qui ont une importance cruciale pour les demandeurs.

  • 1 833 381-2725 : Ligne réservée aux personnes affectées d’une façon ou d’une autre par la COVID-19
  • 1 800 808-6352 : Numéro général de l’assurance-emploi
  • 514-933-5915 : Comité chômage de Montréal 

La caisse bientôt à sec


Au rythme où vont les choses, et les premiers chèques devraient entrer le 6 avril, la caisse sera très bientôt en déficit.

Selon nos calculs, les 930 000 nouvelles demandes présentées la semaine dernière représentent un déboursé hebdomadaire en prestations d’environ 500 millions de dollars.

Au début de l’année, la caisse de l’assurance--emploi affichait un surplus de 4,9 milliards $. D’ici trois mois, au rythme actuel, ce surplus devrait donc s’être évaporé, d’après nos estimations.

Mais la hausse des demandes n’est certainement pas terminée. On s’attend à ce que leur nombre continue à exploser dans les prochaines semaines à cause des nouvelles fermetures d’entreprises annoncées.

Le surplus devrait alors fondre encore plus rapidement. Une fois en déficit, la caisse devra être renflouée par le gouvernement fédéral.

– Avec Jean-François Gibeault