/qubradio
Navigation

COVID-19: Les travailleuses du sexe en situation de détresse

Sandra Wesley, directrice générale de l'organisme Stella. Photo d'archives.
Joël Lemay / Agence QMI Sandra Wesley, directrice générale de l'organisme Stella. Photo d'archives.

Coup d'oeil sur cet article

Itinérance et extrême précarité: les travailleuses du sexe se retrouvent en «grande détresse» durant la crise du coronavirus, selon un organisme qui les représente. 

«On a autant de femmes qui sont en situation d’itinérance que de femmes qui sont dans des situations un petit peu plus privilégiées, mais qui se retrouvent quand même à devoir penser à ce qui leur arrivera si leurs revenus sont complètement coupés pour au moins les prochaines semaines et peut-être les prochains mois», a expliqué jeudi midi Sandra Wesley, la directrice générale de l’organisme Stella, au micro de Sophie Durocher sur QUB radio. 

La situation des femmes en prison est aussi particulièrement précaire dans le contexte actuel. «Il y a une grande peur que, si une épidémie dans la prison commençait, il n’y ait pas les soins nécessaires pour tout le monde», a affirmé Mme Wesley, qui a également rappelé que plusieurs femmes détenues ont des santés fragiles. 

Écoutez l'entrevue complète ici:  

Si elle assure que la majorité des travailleuses du sexe ne pratiquent plus durant la crise, en raison de l’avis de santé publique qui a entraîné la fermeture des salons de massage et des bars de danseuses, Sandra Wesley ne peut toutefois affirmer qu’elles respectent toutes la règle de distanciation sociale à la lettre. 

«Il y a des travailleuses du sexe qui sont dans des situations où elles se trouvent à devoir faire des choix très difficiles. Si elles ont des enfants et qu’elles n’ont rien à leur donner à manger, c’est possible qu’il y en ait qui continuent d’essayer de travailler», a-t-elle indiqué à l'émission On n'est pas obligé d'être d'accord

Alors que des travailleuses du sexe tentent de travailler en ligne, d’autres vont jusqu’à proposer des services pour plus tard. «Il y en a même qui appellent leurs clients réguliers et qui essaient d’avoir un paiement anticipé peut-être pour un service qu’elles vont leur donner plus tard après la pandémie», a précisé la directrice générale de Stella, un organisme qui est formé de travailleuses du sexe. 

Une aide gouvernementale implorée 

Mme Wesley urge par ailleurs le gouvernement d’offrir un soutien financier aux travailleuses du sexe, qui se retrouvent présentement sans dédommagement puisque leurs revenus sont considérés criminels. 

«Si on s’inquiète que des travailleuses du sexe pourraient se voir dans l’obligation de devoir continuer à travailler, et donc de potentiellement participer à la propagation du virus, il faut s’assurer que les travailleuses du sexe fassent partie des personnes qui ont accès à l’aide gouvernementale», s’est-elle insurgée. 

À son avis, la crise actuelle ramène à la surface le besoin de décriminaliser le travail du sexe. «La santé publique a depuis des années [ce] discours [...] justement parce que c’est un enjeu de santé publique et que la criminalisation crée toute sorte de risques d’épidémies», a-t-elle insisté. 

Sandra Wesley cite l’exemple de la Nouvelle-Zélande, où les prostituées reçoivent des allocations d’urgence au même titre que d’autres travailleurs sans emploi durant la crise. 

Des logements demandés 

La directrice générale de Stella presse également la Ville de Montréal d’offrir des chambres d’hôtel aux personnes itinérantes pour qu’elles puissent s’isoler avant qu’il ne soit trop tard. 

Rappelant le cas de contamination à la Mission Old Brewery et la fermeture du centre Résilience Montréal pour la population itinérante autochtone, Mme Wesley croit que les instances gouvernementales tardent à annoncer des mesures pour aider les communautés marginalisées. 

«On sait que ça s’en vient aussi dans les refuges pour femmes», a-t-elle redouté.

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions