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Le confinement, mauvais pour l'économie... et la santé?

Le confinement, mauvais pour l'économie... et la santé?
Photo AFP

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Depuis quelques jours, je reçois des messages ou je lis des commentaires de gens qui appuient sans réserve les propos du président américain depuis le début de la crise de la COVID-19. Vous savez déjà qu’entre l’intuition du président et les avis des experts en santé publique, je n’ai aucune hésitation à me ranger du côté des scientifiques. 

Parmi les propos controversés des derniers jours, il y a cette possibilité, évoquée par le président, de reprendre une vie économique plus ou moins normale. Il a un peu nuancé ses propos dans une entrevue accordée à Fox News, mais, pour l’essentiel, il soutient que les coûts qui découleront d’une économie fonctionnant au ralenti dépassent largement les bénéfices qu’apporte le confinement.       

Je ne crois pas mal interpréter sa déclaration si j’affirme qu’elle sous-entend qu’on prend le risque de laisser mourir plus de gens ou encore de surcharger démesurément le système de santé. Nous aurions droit à un cercle vicieux, puisque, moins on sera en mesure de traiter les cas de complications, plus de gens mourront, alors que nous aurions pu les aider.        

Après avoir hésité à le faire, je me suis décidé à partager avec vous la réflexion de deux partisans du président qui tentent de convaincre leurs concitoyens que le confinement encouragé par la quasi-totalité des experts sur la planète n’est bon ni pour l’économie ni pour la santé. Rien que ça.       

Les auteurs du texte publié mercredi sur le site The Hill sont l’homme d’affaires Robert D. Arnott (président d’une firme d’investissement) et Stephen Moore, ancien conseiller économique du président Trump.       

Quels sont leurs arguments justifiant la fin du confinement d’ici peu, comme l’évoque Donald Trump? S’ils reconnaissent qu’il peut sembler cruel d’évaluer les risques de toutes les options tout en essayant d’évaluer le nombre de morts, ils tentent malgré tout de sous-peser les coûts, la vie humaine étant un indicateur comme les autres.       

Par exemple, ils avancent que les responsables gouvernementaux évaluent des risques continuellement tout en maintenant certaines activités dangereuses. Si on se préoccupait vraiment du nombre de morts, on empêcherait les gens de conduire, on interdirait les piscines, on fermerait tous les parcs thématiques et on interdirait le bacon...       

Pour en revenir au confinement, ils s’interrogent d’abord sur le nombre de faillites et de pertes d’emploi que pourra occasionner le prolongement de cette mesure. Quel nombre est acceptable? À leurs yeux, toutes les récessions, petites ou grandes, ont des effets à long terme. Parmi ces effets: hausse du nombre de suicides, hausse du nombre de divorces, hausse des cas d’infarctus et hausse de la consommation de drogue.       

Ils évoquent également le fait qu’une économie entravée pourrait priver de leur médication des patients atteints du cancer, de maladies cardiaques, de diabète ou de maladies respiratoires, puisqu’on ne pourrait produire en quantité suffisante.       

Si je reproduis ici leurs arguments, je veux aussi m’assurer que vous compreniez bien que je m’en dissocie complètement. Leur argumentaire me semble bancal et ils oublient, volontairement ou pas, beaucoup d’autres options.       

Leur argumentaire autour des activités dangereuses relève de la malhonnêteté intellectuelle. Ne serait-ce que parce qu’on associe des choix de vie à un virus dont personne ne veut. Ils ne font aucune mention de l’aide gouvernementale, tout en faisant fi d’une menace qui pèse sur 3% de la population mondiale: la mort. Si l’économie peut être relancée, les morts, eux, ne se relèveront pas.       

Si je m’indigne qu’on puisse aussi rapidement être prêts à sacrifier des vies humaines (majoritairement des gens âgés et les plus pauvres de nos sociétés), je suis tout aussi contrarié par le déni des retombées réelles du confinement. En agissant maintenant et en se serrant les coudes, les sacrifices importants que nous nous imposons nous permettront un retour à une vie presque normale dans quelques mois. Je garde espoir tout en pensant à tous ces entrepreneurs qui ferment boutique, parfois pour de bon. Souhaitons que l'aide gouvernementale (nos contributions) permette d'acheter du temps.       

Et puis, qui n’a pas encore compris que le confinement bien appliqué sauve des vies, mais permet aussi au système de santé d’éviter le pire? En «aplatissant la courbe», on vient en aide à ceux et celles qui souffrent de complications sévères, mais dont on peut sauver la vie. Les deux auteurs du texte ne semblent pas avoir pensé au fait que, si nous gérons mal cette première vague du virus en renvoyant tout le monde au travail trop rapidement, une deuxième ou une troisième vague pourraient avoir des conséquences encore plus dramatiques. Comment gérera-t-on l'économie à ce moment?    

Je ne suis ni économiste ni futurologue. Mes connaissances et mes méthodes de travail me permettent cependant d’observer ce qui s’est fait dans le passé et ce qui se fait de nos jours. Parmi les constantes que je dégage, il y en a une qui revient continuellement: l’espérance et la qualité de vie reposent sur les avancées scientifiques. Il n’y a ici aucune certitude, mais je crois que nous avons un peu de temps encore avant d’envisager la fin du confinement, avant de sacrifier des vies (celle de nos proches ou la nôtre, qui sait?) sur l’autel de la relance économique immédiate.      

Par souci de transparence, voici un lien vers le texte publié par The Hill.