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Le coronavirus pourrait dérégler le recyclage

 Le coronavirus pourrait dérégler le recyclage
ELSA ISKANDER/24 HEURES/AGENCE QMI

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Les mesures sanitaires prises partout dans le monde pour lutter contre la COVID-19 pourraient dérégler l’industrie du recyclage.  

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Au Québec, l’entreprise Soleno, qui achète la vaste majorité du plastique numéro 2 sortant des centres de tri a dû suspendre ses achats.  

«Notre usine de recyclage est fermée depuis lundi. On est en attente de savoir si on va être considéré comme un service essentiel, explique Suzie Loubier, vice-président aux affaires publiques chez Soleno. Mais même si on pouvait traiter la matière, on n’est pas en mesure de l’entreposer.»  

C’est qu’avec le plastique recyclé, l’entreprise fabrique des tuyaux dans son usine de production qui est aussi à l’arrêt en raison des mesures sanitaires.  

Problème dans le papier  

Si Québec a identifié la collecte et la gestion des matières résiduelles comme un service essentiel, ce ne sont pas toutes les filières qui utilisent la matière qui le sont.   

Le carton et le plastique numéro 1, utilisés pour faire du papier de toilette ou des emballages alimentaires, sont toujours en demande.   

Mais le consultant en environnement Pierre Benabidès s’inquiète pour le papier mixte, qui sort en grande quantité de nos centres de tri et qui est déjà souvent vendu à perte.  

«Le papier récupéré est pour beaucoup exporté à l’extérieur de l’Amérique du Nord. Est-ce que son transport peut être considéré comme un service essentiel? se questionne-t-il. Si ça devait bloquer, ça aurait un impact rapidement dans les centres de tri.»  

M. Benabidès juge que le plastique mixte pourrait aussi devenir problématique, car il sert «essentiellement pour faire des composantes de pièces d’automobiles». Et cette industrie est arrêtée en raison de la pandémie.  

Yves Noël, courtier et consultant en gestion des matières recyclables, indique avoir eu plusieurs annulations de commandes de plastique.  

«C’est sûr qu’on va voir des inventaires s’accumuler, dit-il. Mais on va toujours avoir besoin de matière première. Après la crise économique de 2008, l’industrie est rapidement retombée sur ses pattes», nuance-t-il.  

Accumulation  

«Ce n’est pas magique. Le centre de tri ne fait pas de recyclage, rappelle le directeur général du Front commun pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard. Il faut que les recycleurs soient considérés comme un service essentiel. Sinon le tuyau va boucher et va refouler.»  

Chez Tricentris, qui s’occupe du recyclage de nombreuses villes, dont Gatineau et Laval, il n’y a pas d’engorgement de matières «pour l’instant», mais on anticipe des impacts.  

«Il va y avoir un impact, parce que c’est une chaîne et qu’il y a un effet de dominos. Il commence à manquer de conteneurs, parce qu’il n’y a pas de choses qui sortent de la Chine», illustre le responsable des affaires publiques, Grégory Pratte.  

«Et on ne consomme pas moins, ajoute-t-il. Les gens sont plus à la maison, alors on a remarqué une légère augmentation [de la quantité de matières dans les bacs].»  

Au dépotoir?  

Est-ce que faute de débouchés, le contenu du bac des citoyens se ramassera à l’enfouissement? Tout dépendra de la longueur des restrictions mises en place par la santé publique.  

Par exemple, la Société Via, qui opère quatre centres de tri, dont celui de Québec, a réduit ses activités pendant trois semaines pour des raisons sanitaires. Au départ, elle devait arrêter le service.   

Ainsi, la Ville de Québec devra entreposer près de 80% du contenu des bacs des citoyens. Lévis, de son côté, a annoncé qu’elle devra incinérer ou enfouir la matière.  

«C’est peut-être la pointe de l’iceberg, avance Karel Ménard. On ne peut pas entreposer les matières éternellement. Ça coûte cher et il faut que ce soit chauffé si on ne veut pas que les matières pourrissent. Si les gens ne consomment pas moins, il va sûrement y avoir de l’enfouissement.»  

Et selon des sources dans l’industrie, d’autres fermetures de centres de tri pourraient venir.