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Les remercier dignement

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Ils sont préposés aux bénéficiaires, ouvriers et chauffeurs. Elles sont factrices, caissières et vidangeuses. Ensemble, ils empêchent la propagation du virus et maintiennent notre société en santé.  

Chaque matin, ces travailleurs continuent d’être envoyés sur la ligne de front pour aller nettoyer les hôpitaux, s’occuper des patients malades, laver les lieux publics, ramasser nos déchets, remplir nos étagères d’épicerie, nous servir à la caisse.     

Chaque matin, ils risquent leur vie et ceux de leurs proches en étant exposés plus que quiconque à la COVID-19.     

Chaque matin, ils continuent de se rendre sur leur lieu de travail parce qu’ils n’ont pas le luxe financier d’arrêter de travailler ou de travailler de la maison.     

Chaque matin, depuis quelques semaines, ils permettent à notre société de se tenir debout face à la guerre que nous menons présentement.     

Ironiquement, ces travailleurs sont payés au salaire minimum, ou pas très loin. Ils vivent d’un salaire de crève-faim, assurent leur survie de paie en paie et vivent sans réelle protection sociale.     

Et l’ironie du sort en ces temps étranges, c’est que ce sont eux qui deviennent le ciment de notre collectivité.     

Remettre en perspective  

La crise que nous traversons actuellement devrait nous faire réfléchir collectivement sur le rôle que ces travailleurs jouent dans notre société. Et bien sûr aussi sur leurs conditions sociales et salariales auxquelles ils sont assujetis.    

Car nous avons beau leur dire merci, reconnaître qu’ils tiennent à bout de bras une société fragilisée ou les appeler nos anges gardiens, demeure qu’après la crise, il faudra se questionner sur la valeur réelle de leur travail.     

Quoi qu’en disent certains, la seule façon de reconnaître dignement le travail de nos héros actuels passe par une rémunération et une protection sociale décentes. Le reste est secondaire.  

Ce que révèle la crise  

Certes, la crise actuelle, qui s’attaque au plus profond de notre nature humaine, nous fait redécouvrir l’importance que l’État, le bien commun, la solidarité et la nation peuvent jouer dans nos vies.     

Mais, elle nous fait aussi découvrir qu’il existe encore dans nos sociétés ce que nous appelons autrefois une lutte de classes.     

Aujourd’hui émergent donc deux économies : celles qui ont la chance de travailler dans le confort de leur maison, et ceux qui doivent prendre le risque de quitter la maison jour après jour.     

Il ne s’agit pas ici de pointer du doigt et de culpabiliser ceux qui ont la chance de travailler de la maison et de dévaloriser les efforts individuels que ces derniers ont faits pour se permettre d’accéder à un emploi bien rémunéré.     

Il s’agit plutôt de se questionner sur la façon dont nous avons collectivement traité ces travailleurs de l’ombre depuis quelques années.

Alors que plusieurs de ces travailleurs faisaient la demande d’une hausse du salaire minimum à 15$ de l’heure, on leur répondait systématiquement que cela allait détruire notre économie, la rendant moins compétitive et faisant fuir les investissements étrangers. Il apparaît aujourd’hui évident que ces travailleurs méritent un salaire minimum décent.     

Alors que certains se questionnaient sur la viabilité d’un revenu minimum garanti, on leur répondait qu’ils rêvaient en couleur et que cela allait dévaloriser la notion du travail. Aujourd’hui, l’idée apparaît désormais comme une évidence alors qu’un million de Canadiens sont tout à coup tombés au chômage.     

Alors que les périodes d’austérité frappaient de plein fouet le personnel soignant, nous devons nous questionner sur la façon dont nous concevons et traitons le réel apport de ces travailleurs à notre société.     

Sans tous ces travailleurs, les derniers remparts restants de notre vie collective s’écrouleraient.     

À la sortie de crise, il faudra y réfléchir. Et les remercier dignement.