/24m
Navigation

Loyer du 1er avril: des locataires à sec

Loyer du 1er avril: des locataires à sec
PHOTO 24 HEURES, BÉATRICE ROY-BRUNET

Coup d'oeil sur cet article

MONTRÉAL - Dans des quartiers populaires de la métropole, des drapeaux blancs sont suspendus aux balcons pour souligner l’incapacité qu’auront plusieurs locataires à payer leur loyer le 1er avril.  

Ce n’est pas par caprice que plusieurs considèrent retenir ce paiement, mais bien par nécessité: après avoir perdu leur emploi en raison de l’épidémie, ils n’ont tout simplement pas les moyens de faire ce versement tant qu’ils ne recevront pas d’aide gouvernementale.  

«Ce n’est même pas un choix de faire la grève du loyer. On n’a juste pas d’argent pour payer le loyer», explique l’un des fondateurs du groupe «Pas de logement, pas de quarantaine», dans Hochelaga-Maisonneuve, qui préfère demeurer anonyme.  

Les 2000 $ mensuels promis par Justin Trudeau règleront la situation de plusieurs, mais ne seront certainement pas reçus d’ici la fin du mois.  

Le premier ministre du Québec, François Legault, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ont d’ailleurs demandé aux propriétaires de faire preuve de flexibilité pour permettre aux personnes de payer leur loyer avec un certain retard.  

«Pour faire tomber le stress chez les locataires vulnérables, il est primordial de faire savoir dès maintenant que toute tentative d'éviction imputable au non-paiement du loyer d'avril 2020 sera interdite», demande pour sa part le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).  

 

Soupir de soulagement  

 

Loyer du 1er avril: des locataires à sec
PHOTO 24 HEURES, BÉATRICE ROY-BRUNET

 

Béatrice Roy-Brunet

Camille Dauphinais-Pelletier  

 

L’aide de 2000 $ par mois promise par le gouvernement Trudeau a fait pousser un soupir de soulagement à certains locataires qui voyaient mal comment ils arriveraient à payer leur loyer, alors que la perte de leur emploi les a complètement mis à sec.  

Valérie, travailleuse en hôtellerie  

Valérie a commencé en janvier sa carrière dans le domaine de l’hôtellerie, après avoir complété une formation dans une école privée qui lui a coûté plusieurs milliers de dollars. Au début du mois, elle a été mise à pied à cause de l’épidémie, et craignait que ses allocations de chômage soient calculées à partir du salaire qu’elle faisait lorsqu’elle était encore aux études, ce qu’elle estimait entre 1000 $ et 1200 $ par mois.  

«Avec mon loyer à 750 $, mes dettes d’études à rembourser et les autres comptes, je n’aurai plus d’argent pour manger», craignait celle qui doit en plus débourser pour un déménagement en avril. «J’ai dû demander de l’argent à mon amie pour payer mes médicaments. Ça n’a pas de sens», ajoute-t-elle.  

L’aide de 2000 $ annoncée par le gouvernement Trudeau l’aiderait «énormément». «Je pourrais payer mon loyer, mes comptes et mes dettes. Je ferais juste attention pour faire de plus petites épiceries.»  

 

Loyer du 1er avril: des locataires à sec
PHOTO 24 HEURES, BÉATRICE ROY-BRUNET

 

Émilie, entrepreneure  

Quand elle a démarré son entreprise d’entretien ménager, Émilie (prénom fictif) n’avait pas prévu qu’une pandémie pourrait lui coûter l’entièreté de sa clientèle d’un seul coup. «En partant mon entreprise, j’avais imaginé tous les scénarios possibles sauf celui-là», confie-t-elle.  

Jusqu’ici, ses affaires roulaient très bien: son agenda était rempli, elle faisait 4000 $ par mois et avait une employée qui prenait les contrats la fin de semaine.  

En quelques semaines, tous les clients sans exception avaient annulé.  

Le 2000 $ promis par le gouvernement fédéral changerait la donne. «Ça me permettrait de me remettre sur pied très vite et de ne pas m’endetter pendant des mois», dit-elle.  

Sébastien, travailleur en restauration  

Sébastien Bourgeois a perdu son emploi à temps partiel dans le domaine de la restauration le 16 mars dernier. Ses deux colocataires sont dans une situation semblable, et sans aide gouvernementale, ils seront incapables de payer leur loyer.  

«Je n’ai plus de revenus depuis. Je suis dans une situation un peu précaire parce que je suis aux études et je reçois de l’aide financière aux études déjà. Je travaille à temps partiel pour compléter mon mois», explique-t-il.  

«Il faut choisir entre aller acheter le dernier papier de toilette à l’épicerie ou payer le loyer. Je me suis jamais retrouvé dans une situation comme ça et c'est particulièrement pas enviable.»