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Ski acrobatique: Perrine Laffont, une championne française en quête de perfection

Perrine Laffont
Photo d'archives, AFP Perrine Laffont

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Personne sur la planète n’a dominé autant son sport que Perrine Laffont au cours de la dernière année. Pourtant, la skieuse acrobatique française est toujours en quête de la descente parfaite, elle qui, cette saison, a imposé sa suprématie.  

À titre de référence, il est possible de comparer Laffont à Mikaël Kingsbury, eux qui pratiquent la même épreuve, soit les bosses. Mais encore, lors de la plus récente saison, elle a mérité une victoire de plus que le Québécois.   

La bosseuse de 21 ans peut déjà compter sur un palmarès impressionnant malgré son jeune âge, elle qui a remporté cette année un troisième Globe de cristal consécutif, décerné à la championne de la saison en bosses, ainsi qu’un deuxième gros Globe de cristal d’affilée, remis à la skieuse ayant récolté le plus de points parmi toutes les disciplines en ski acrobatique. En 10 Coupes du monde cette année, elle a réussi neuf podiums et huit fois elle a terminé sur la plus haute marche.   

C’est cette saison qu’elle a véritablement imposé sa domination, et elle-même a ressenti que le déclic s’était fait: «À Mont-Tremblant, au Japon et en Russie, j’ai fait les entraînements et je savais que ça se passerait bien, parce que j’étais en confiance et ça ne m’était jamais arrivé auparavant», dit-elle, lors d’une entrevue téléphonique.   

Après avoir mis la main sur son premier gros Globe de cristal en 2019, Laffont savait que la saison 2020 allait être déterminante et que les attentes allaient être extrêmement élevées. Malgré tout, elle a signé six victoires consécutives pour entamer la saison. De son propre aveu, ces résultats exceptionnels étaient inespérés: «Je ne m’y attendais pas du tout, parce que les saisons précédentes ont été dures et éprouvantes, avec les Jeux olympiques et les Championnats du monde, j’étais fatiguée.»   

D’ailleurs, cette fatigue l’a peut-être rattrapée lors de la septième course de la saison, en février, à Deer Valley en Utah, lors de l’épreuve en parallèle, où elle a terminé en septième position. Toutefois, Laffont a trouvé le moyen de tourner la situation à son avantage, elle qui, après cet accident de parcours, était encore plus motivée. Bien sûr, elle savait qu’un jour elle retomberait de son nuage, mais cette septième position a finalement été bénéfique pour le reste de la saison.   

«Je l’ai bien pris, et ça m'a surmotivée quand je suis arrivée au Japon pour montrer que j’étais toujours là et que ce n’était pas terminé. Ce qui m’est arrivé était génial, parce que j’avais perdu quelque chose et j’étais justement doublement motivée de le récupérer», raconte-t-elle.   

Elle est donc parvenue à retrouver ses moyens et à monter sur le podium lors des trois courses qui ont suivi.   

Il est évident qu’après avoir signé six gains consécutifs, l’idée de la saison parfaite lui est venue à l’esprit. Elle aurait été la première athlète de son sport à réaliser l’exploit, mais elle ne voulait pas que ça en devienne une obsession.   

Rêver de la descente parfaite  

Laffont a tout gagné. Enfin presque. Il ne lui reste qu’un titre en descente simple aux Championnats du monde à obtenir, elle qui a remporté deux fois l’or en parallèle. Mais bref, le palmarès de la Française, qui compte également l’or olympique, a de quoi faire des jaloux.   

Par contre, ce qui la garde motivée est la quête de la descente parfaite. Un mélange de rapidité, de régularité et d’exécution. La perfection fait rêver, surtout lorsqu’on est dans une position où l’on sait qu’elle est atteignable, ce qui est le cas de «Pep’s», comme ses proches se plaisent à la surnommer.   

«Ça me fait rêver, parce que, pour l’instant, je ne l’ai jamais eue. Il n’y a jamais une course où je me suis dit que j’avais fait la descente de ma vie. C’est bien, parce que c’est ce qui me maintient motivée et qui me pousse à m’améliorer.»  

Le plaisir d’abord, les résultats ensuite   

Au début de sa carrière, la pression a nui à la Française Perrine Laffont, tant dans ses résultats que dans son rapport au ski. Lorsqu’elle a commencé à accumuler les podiums et à goûter à la victoire en 2016, c’est là qu’elle a senti que la pression qu’elle se mettait sur les épaules devenait nocive.   

«Quand j’ai commencé à gagner mes premières Coupes du monde, il fallait absolument que je les gagne toutes, a-t-elle noté. Après, quand je suis devenue numéro un mondial, il fallait absolument que je garde mon dossard.»   

Sa médaille d’or remportée aux Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018 n’a pas aidé à faire diminuer les attentes. À 19 ans seulement, Perrine Laffont devenait championne olympique.   

«Lors de la saison 2019, j’ai beaucoup ressenti l’effet qui venait avec l’or olympique, parce que je sentais vraiment la pression qui venait avec le statut et j’ai eu du mal à la gérer, à l’assumer. À la fin de la saison, j’étais tannée, je n’avais plus d’énergie, et c’est pour ça que je me suis sentie dégoûtée par rapport au ski, parce qu’il y avait trop de pression.»   

«La meilleure skieuse au monde»  

Ainsi, elle et son équipe ont accordé moins d’importance aux résultats, mais davantage au plaisir de skier. Il fallait revenir à la base. Après avoir connu un début de carrière fulgurant et comblé les attentes de tous, elle était au bout du rouleau. C’est pourquoi les séances d’entraînement et l’approche envers les compétitions ont été modifiées en mettant l’accent davantage sur le bonheur insatiable qu’elle a habituellement à skier.   

Elle est consciente dorénavant que de privilégier le plaisir plutôt que la performance fonctionne mieux, parce que c’est lorsqu’elle se fait plaisir qu’elle est à son meilleur: «Je me mets moins de pression, et c’est clair qu’au cours des trois dernières années j’ai été la meilleure skieuse du monde, mais je sais qu’un jour ça peut s’arrêter. Je travaille pour que ça ne s’arrête pas.»