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CH: le geste désespéré qui a tout changé

Jacques Demers
Photo d'archives John Taylor, Le Journal de Montréal

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Le 3 juin 1993 est une date qui restera à jamais dans les annales de la Ligue nationale de hockey (LNH), et l’ancien arbitre Kerry Fraser l’a encore une fois admis, samedi.  

Quand l’entraîneur-chef Jacques Demers a pris une décision renversante pour le Canadien de Montréal dans sa quête d’une 24e coupe Stanley, Fraser était aux premières loges sur la glace. En poste pour le match numéro 2 de la finale, présenté au Forum de Montréal, c’est lui qui a déterminé que le bâton du défenseur des Kings de Los Angeles Marty McSorley était bel et bien illégal.  

Le coloré personnage a raconté comment il a vécu cette expérience pour le moins marquante de sa carrière en entrevue au réseau Sportsnet. Vingt-sept ans plus tard, Fraser n’en revient toujours pas.  

Malgré le temps qui passe, on considère encore aujourd’hui qu’il s’agit de l’une des décisions les plus folles de l’histoire des séries éliminatoires de la LNH. Avec le recul, c’était un coup de génie de Demers.  

«Même si ça s’est produit il y a déjà 27 ans, je m’en souviens encore comme si c’était hier, a lancé Fraser d’entrée de jeu. C’était une décision courageuse et audacieuse de la part de Jacques Demers à un moment très critique dans le match, soit en fin de troisième période. Si le bâton de Marty McSorley avait été jugé légal, le Canadien se serait retrouvé en désavantage numérique avec un but de retard et seulement 1 min 45 s à écouler au cadran.» 

«Jacques se doutait bien que si l’équipe s’envolait vers Los Angeles après avoir perdu les deux premiers matchs à domicile, la série était pratiquement terminée. Il ne voulait pas seulement faire mesurer le bâton de McSorley, il souhaitait aussi permettre à Patrick Roy de quitter son filet à la faveur d’un sixième joueur. J’étais sous le choc sur le coup.»  

Fraser assure cependant qu’il n’était pas particulièrement stressé, malgré l’ampleur des conséquences possibles.  

«Je n’étais pas nerveux, mais je sais que Jacques l’était! Il me l’a d’ailleurs avoué plus tard, tout comme Marty, qui savait pertinemment qu’il était coupable», a-t-il indiqué.  

«La face lui est tombée!»  

Voici le fil des événements, selon la version des faits de Fraser.  

«Le capitaine Guy Carbonneau et son adjoint Kirk Muller m’ont approché pour me dire que Jacques voulait mesurer le bâton de McSorley. Lorsque je leur ai demandé quelle partie du bâton ils voulaient que je mesure, ils m’ont répondu: la courbe. Je suis alors allé voir Marty et je lui ai demandé de me donner son bâton. La face lui est tombée! Quand j’ai regardé le bâton à l’œil nu, je me demandais à quoi Marty avait pensé. [...] La courbe était clairement illégale.  

«J’ai demandé à Ray Scapinello [un juge de ligne aujourd’hui au Temple de la renommée] de tenir le bâton pendant que je le mesurais. Je l’ai mesuré méticuleusement trois fois, puisque c’était une décision cruciale.  

«C’était tellement important. Il fallait s’assurer que rien ne pouvait être reproché aux arbitres. Une fois que tu détermines qu’un bâton est illégal, il est confisqué et est envoyé au banc des pénalités. Si, pour une quelconque raison, quelqu’un d’autre le mesurait après le match, il fallait absolument qu’il juge aussi qu’il était illégal.»  

Le grand tournant  

À partir de ce moment, le vent a complètement viré de bord.  

On connaît tous la suite. Le Canadien a profité de la pénalité imposée à McSorley pour créer l’égalité 2 à 2 dans la rencontre grâce à un but de la pointe d’Éric Desjardins dans les dernières secondes de la troisième période.  

Ce même Desjardins a ensuite joué les héros à la 51e seconde de la prolongation pour offrir une victoire inespérée et inattendue au CH.  

Pour couronner le tout, six jours plus tard, le Canadien a porté le coup fatal aux Kings dans le cinquième match et il a ainsi décroché son 24e titre de la Coupe Stanley le 9 juin 1993.  

Vingt-sept ans après cette mémorable conquête, la 25e se fait toujours attendre.