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Un message d’amour à ses amis

Jean-Pierre Ferland
Photo courtoisie, Tandem Jean-Pierre Ferland

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Jean-Pierre Ferland n’a pas songé à repousser la sortie de son album Partir au vent en raison de la pandémie. Pas un seul instant, même. « Les gens ont besoin de musique en ce moment. En fait, ils ont besoin de tout ce qui peut leur permettre de se changer les idées et les empêcher de paniquer », avance le chanteur.

Non, la COVID-19 n’allait pas affecter la sortie de ce nouvel album, paru il y a une semaine. Mais la situation actuelle a toutefois changé plusieurs choses au quotidien de Jean-Pierre Ferland, à commencer par les entrevues entourant sa sortie. 

Celui qui se plaît d’ordinaire à rencontrer les journalistes en personne a été contraint d’enfiler les entrevues téléphoniques, en début de semaine. Confiné à la campagne, le chanteur n’a toutefois pas perdu sa bonne humeur caractéristique au bout du fil. 

« J’ai l’âge de rester à la maison, alors j’écoute les consignes du premier ministre ! De toute façon, j’ai de quoi m’occuper, il reste trois pieds de neige ici », lance le chanteur de 85 ans en riant.  

« Nouvelles » chansons

Ses fans, quant à eux, peuvent donc profiter de cette période de distanciation sociale pour tendre l’oreille vers Partir au vent, une nouvelle proposition sur laquelle il revisite 11 titres tirés de ses archives personnelles. 

Pour sa part, Jean-Pierre Ferland préfère parler de « nouvelles chansons ». Parce qu’il les redécouvre différemment aujourd’hui et les « aime tout autant qu’au premier jour », précise-t-il. 

La ligne directrice de cet album ? Chaque chanson a été écrite soit pour ou soit en l’honneur d’une personne chère. Bref, il enchaîne ainsi les hommages aux Clémence DesRochers, Félix Leclerc, Gilles Vigneault, et autres Gilles Villeneuve qui ont croisé sa route. 

« J’avais envie de dire à tous ces amis que je les aime encore. Félix Leclerc et Gilles Villeneuve nous ont quittés, mais les autres, ils sont toujours là, même s’il y en a que je ne vois plus. C’est dommage, mais je les aime sincèrement quand même », résume Jean-Pierre Ferland. 

Céline et Ginette

Mais en plus de réenregistrer une poignée de chansons, il se réapproprie trois titres qu’il n’avait jamais lui-même endisqués : Partir au vent (offerte à Étienne Cotton pour la finale de La Voix en 2013), Ma chambre (écrite pour Céline Dion) et Rouge (popularisée par Ginette Reno). 

Dans ces deux derniers cas, les paroles ont été légèrement retravaillées, histoire de « masculiniser » les propos et les rendre tout aussi pertinents portés par une voix d’homme. 

« Ces deux femmes-là, je les aime d’amour. J’avais écrit Rouge pour consoler Ginette Reno quand un garçon qu’elle avait rencontré l’avait quittée, et elle avait beaucoup de peine. Et Céline, elle devait avoir 15 ans la première fois où elle est venue chanter à mon émission Station Soleil. Je l’ai regardée aller et je me suis aussitôt dit que cette fille-là ne pouvait pas faire autrement que de réussir. En plus d’avoir le talent, elle avait tellement de volonté. Je tenais à reprendre Ma chambre parce que c’est ma manière de rappeler à Céline que je l’aime toujours autant », confie-t-il.

50 ans de Jaune

Il y a 50 ans, Jean-Pierre Ferland mettait les touches finales à son mythique album Jaune. S’attendait-il à « révolutionner » l’industrie québécoise en le lançant à l’automne 1970 ? « Pas du tout » lance-t-il !

« Je ne savais pas ce que cet album-là allait donner. Ça a été tellement compliqué », poursuit le chanteur. 

Non, la route ayant mené ce célèbre Jaune jusque dans les bacs des disquaires n’a pas été facile. En entrevue au Journal, Jean-Pierre Ferland évoque des difficultés à travailler avec le réalisateur André Perry, préférant toutefois ne pas entrer dans les détails. 

« Ça a été un album extrêmement difficile à faire, autant mentalement qu’émotivement. J’ai travaillé très, très fort. Mais je ne regrette absolument rien », déclare le chanteur. 

Il faut dire que Jaune lui a servi de carte de visite, au Québec comme à l’étranger, et ce, durant plusieurs années. Et même cinq décennies plus tard, il n’a rien perdu de son éclat. 

Encore considéré comme un des plus grands albums de l’histoire de la musique québécoise, il a trouvé écho chez d’innombrables artistes d’ici et d’ailleurs, jusqu’à Charlotte Gainsbourg et Beck. 

« Le pire, c’est que j’ai eu peur de me faire détester par les musiciens québécois en engageant des Américains. Mais ils ont fini par me remercier. Jaune était tellement original, il ne ressemblait à rien qui se faisait ici à l’époque. Ça a permis d’emmener la musique québécoise dans de nouveaux sentiers », remarque-t-il.