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COVID-19 : un silence étourdissant à Johannesburg, témoigne l’auteure Lucie Pagé

Un soldat des Forces de défense d'Afrique du Sud (SANDF) patrouille dans une rue désertée de Johannesburg, en Afrique du Sud le 27 mars 2020. (Photo par Michele Spatari / AFP)
AFP Un soldat des Forces de défense d'Afrique du Sud (SANDF) patrouille dans une rue désertée de Johannesburg, en Afrique du Sud le 27 mars 2020. (Photo par Michele Spatari / AFP)

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L’écrivaine Lucie Pagé, connue pour ses ouvrages sur l’Afrique du Sud, a témoigné du grand sérieux dont les habitants du pays font preuve pour freiner la propagation du coronavirus sur leur territoire, et ce, malgré de lourdes problématiques de promiscuité et d’inégalités sociales.  

«C’est la première fois en 30 ans que je n’entends rien dans cette ville. C’est un silence quasiment épeurant», a d’abord lancé l’écrivaine qui habite Johannesburg, en entretien téléphonique à QUB radio.  

Depuis jeudi à minuit et pour une durée de trois semaines, l’Afrique du Sud s’est plongée dans un confinement strict, forçant ses citoyens à rester à la maison à moins d’une autorisation spéciale ou d’un besoin lié à l’approvisionnement ou la santé.  

Écoutez le témoignage complet ici:  

Si les secteurs fortunés semblent respecter pleinement les nouvelles mesures, les «townships», ces ghettos en périphérie des grandes villes sud-africaines, sont moins bien outillés face à la crise.  

«La distanciation sociale, c’est un privilège. Ça veut dire que tu as une maison assez grande pour la pratiquer. Se laver les mains, c’est un privilège parce que ça veut dire que tu as accès à l’eau courante. Et le désinfectant pour les mains, c’est un privilège, parce que ça veut dire que tu as de l’argent pour en acheter», a partagé Lucie Pagé.  

Selon la Banque mondiale, l’Afrique du Sud est d’ailleurs le pays où l’on observe le plus grand coefficient de Gini, mesurant la répartition de revenus entre individus et mettant en lumière les plus grands écarts de richesse à travers le monde.  

Le pays s’organise  

Livraison d’épicerie à la maison, dépôt des achats dans les coffres des voitures, le pays tente de s’organiser au mieux de sa capacité, selon Lucie Pagé.  

Avec le tiers des habitants qui vivent d’allocations sociales, l’auteure raconte même que des mesures ont été prises afin d’éloigner les personnes qui font la file pour recevoir des fonds. «On a mis un panier d’épicerie entre chaque personne pour que ça devienne visuel et que les gens comprennent», a-t-elle fait savoir.  

Cette façon de faire vient ainsi pallier le manque d’information visuelle que la population reçoit au sujet de la distance sociale, puisqu’elle est en grande partie sans accès à l’électricité et de surcroît à la télévision.  

Des gens font la file sur des chaises à un mètre de distance pour accéder à l'épicerie dans un centre commercial de la municipalité de Mamelodi, en Afrique du Sud, le 27 mars 2020. (Photo par Phill Magakoe / AFP)
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Des gens font la file sur des chaises à un mètre de distance pour accéder à l'épicerie dans un centre commercial de la municipalité de Mamelodi, en Afrique du Sud, le 27 mars 2020. (Photo par Phill Magakoe / AFP)

VIH, tuberculose et COVID-19  

Déjà confrontée à des taux élevés de sida et de tuberculose, l’Afrique du Sud doit maintenant composer une explosion de cas de coronavirus dans le pays. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapportait d’ailleurs une «évolution dramatique» de sa propagation la semaine dernière.  

«Ça peut être une bombe à retardement si c’est mal géré. Pour l’instant, c’est bien géré, mais le virus a un aspect un peu ingérable ici», a soutenu l’écrivaine.  

Avec plus d’un millier de cas, l’Afrique du Sud pourrait toutefois compter beaucoup plus de personnes atteintes, puisque le dépistage n’est pas offert massivement à la population. «Les médecins parlaient de 100 000 cas probables», a nuancé l’écrivaine.  

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