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Au secours des agriculteurs

Stéphane Gendron dans le documentaire La détresse au bout du ran
Photo courtoisie, Crave Stéphane Gendron dans La détresse au bout du rang.

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Une tragédie silencieuse. C’est ainsi que l’ancien maire d’Huntingdon et animateur de radio Stéphane Gendron décrit le problème de la détresse psychologique des agriculteurs québécois, un sujet tabou qu’il met en lumière dans un nouveau documentaire. 

Dans ce film intitulé La détresse au bout du rang, Stéphane Gendron recueille les témoignages bouleversants de plusieurs agriculteurs qui ont vécu des drames familiaux terribles parce qu’ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts.   

On y suit l’histoire d’une productrice fromagère qui doit gérer seule l’entreprise depuis que son chum et associé s’est suicidé. Gendron et le réalisateur Éric Blouin sont aussi allés à la rencontre d’une productrice laitière et mère de six enfants qui a elle-même songé au suicide après que son conjoint l’a quittée. Enfin, le film nous montre le propriétaire d’une ferme laitière qui se prépare à démanteler son entreprise.  

Métier à risque 

Stéphane Gendron explique au début du documentaire qu’il a lancé un appel à tous sur les réseaux sociaux. Il a été inondé de messages d’agriculteurs en détresse : « Au début, les gens étaient réticents à se montrer à l’écran, mais je me suis lié avec plusieurs d’entre eux qui ont finalement accepté d’en parler, explique-t-il en entrevue. Je pense que mon film est un outil pédagogique pour montrer aux gens de la ville qui ne connaissent pas le milieu rural. C’est une façon de leur dire : regardez, c’est ça qu’on vit. » 

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les agriculteurs exercent un des métiers les plus à risque de suicide. Pour Stéphane Gendron, le nœud du problème, c’est que les gens en milieux ruraux n’osent pas parler de leurs souffrances, ayant peur notamment d’être jugés par leurs proches ou leurs voisins.  

« Le gars en détresse va préférer aller brailler tout seul dans son pick-up plutôt que d’en parler à sa femme. Trop souvent, il va ensuite tomber dans un épuisement professionnel et le moindre événement contrariant va être la goutte qui fait déborder le vase », déplore-t-il. 

Avec la crise du coronavirus, les agriculteurs risquent de devoir jongler avec d’autres problèmes qui ne vont pas améliorer leur situation déjà précaire.

«En ruralité, tu peux réussir à t’isoler, indique Gendron. Mais ce sont des entreprises familiales donc il ne faut pas que les gens tombent malades. Il y a aussi le problème des travailleurs étrangers qui ne pourront pas venir cet été. Le plan de François Legault de dire que les chômeurs peuvent aller travailler en campagne, c’est bien beau. Mais tu ne t’improvises pas travailleur agricole du jour au lendemain.»

Lui-même propriétaire d’une petite exploitation agricole, Stéphane Gendron compte s’isoler sur sa terre pour les prochains mois afin d’affronter la pandémie de coronavirus.

«Je souffre de diabète et j’ai un problème de bronches, donc je ne peux pas sortir tant qu’il n’y aura pas de vaccin, dit-il. Mon objectif à long terme, c’est de réussir à être auto-suffisant. Mon rêve, si je réussis à passer à travers cette pandémie, c’est que j’aimerais pouvoir me couper du monde d’ici deux ans. Je ne veux plus aller à l’épicerie. Je veux manger selon les saisons, avec ce que ma terre et mes animaux vont me donner. Dans les grandes crises qu’on va vivre dans l’avenir, ce ne sont pas les gens de la ville qui vont survivre. Ce sont les gens qui vont réussir à être auto-suffisants.»


La détresse au bout du rang est disponible sur la plateforme Crave.