/news/coronavirus
Navigation

COVID-19 : les cabanes à sucre innovent pour survivre

Plusieurs établissements offrent un service de livraison pour sauver les meubles

Louise Maheux, qui a pris le soin de porter son masque et ses gants, reçoit son repas de cabane à sucre L'aKabane de Saint-Esprit livré par Samuel Maheux.
collaboration spéciale Simon Dessureault Louise Maheux, qui a pris le soin de porter son masque et ses gants, reçoit son repas de cabane à sucre L'aKabane de Saint-Esprit livré par Samuel Maheux.

Coup d'oeil sur cet article

Plusieurs cabanes à sucre offrent maintenant un service de livraison, pour tenter de survivre après que Québec a ordonné la fermeture de leurs salles à manger à cause de la pandémie de coronavirus.

• À lire aussi: Les derniers développements de la pandémie

Le propriétaire de cabane à sucre Chez Ti-Père de Drummondville, Keaven Audet, a livré 21 repas de cabane à sucre mercredi midi, une première expérience depuis qu’il a acquis la cabane il y a sept ans.

« Oui, c’est pour garder l’entreprise en vie, mais c’est aussi pour offrir à mes employés la chance de continuer de travailler. Dans la mesure du possible, du moins », explique-t-il.

Pour l’instant, il n’a pas trouvé d’autres solutions pour essayer de récupérer une partie des pertes de ses deux salles à manger de 699 et 99 places qui resteront fermées pendant la saison des sucres, sous ordre du gouvernement qui limite les rassemblements. 

Les repas des sucres représentent environ la moitié de son chiffre d’affaires annuel, le reste étant attribuable aux réceptions pendant les autres mois de l’année. Il a une centaine d’entailles à la chaudière, mais ne fait pas de sirop destiné à la commercialisation.

Plusieurs cabanes

Plusieurs cabanes à sucre dans différentes régions du Québec offrent la livraison cette année pour essayer de sauver les meubles, selon le président des Producteurs et productrices acéricoles du Québec, Serge Beaulieu.

« Si ces entreprises-là ne sont pas aidées, elles ne seront peut-être pas ouvertes l’année prochaine, ça va jusque-là », souligne-t-il.

Les cabanes à sucre dont le modèle d’affaires est basé sur la production de sirop plutôt que sur les repas s’en sortiront peut-être mieux, mais encore faudra-t-il que les clients soient au rendez-vous. Il est trop tôt pour le dire, selon M Beaulieu, alors que la saison des sucres est amorcée depuis une dizaine de jours sur l’ouest du Québec.

Il précise que 75 % des 130 millions de livres de sirop d’érable produites au Québec chaque année sont destinées au marché international, également éprouvé par la crise de la covid-19.

Dons du cœur

D’autres cabanes à sucre ont choisi d’autres options que la livraison.

Marc Besner, de la cabane à sucre et traiteur du même nom, à Coteau-du-Lac en Montérégie, consent que la livraison peut être une option pour certains, mais pas pour lui.

Il a plutôt choisi de donner la nourriture qu’il allait perdre à quelques organismes de charité. Il s’est départi de l’équivalent de 2 000 repas dans les derniers jours. Du jambon, des fèves au lard, des œufs, du lait, du pain.

Il a notamment fait un don à une maison pour femmes en difficulté.

« Les enfants des mères qui étaient là ont écrit une lettre. Ils m’ont écrit : « Merci M. Besner, on vous aime beaucoup » J’en parle et je suis ému. J’ai fait une bonne action », confie-t-il, la voix emplie d’émotions.

Livrer les repas avec précaution

Simon Dessureault

Les livreurs de repas de cabanes à sucre doivent redoubler de vigilance en temps de coronavirus car leur clientèle est souvent plus âgée et vulnérable.

Samuel Maheux, homme à tout faire pour la cabane à sucre L’aKabane à Saint-Esprit dans Lanaudière, a commencé l’expérience de livreur de cabane à sucre samedi dernier.

Ses quatre premiers clients habitaient dans une résidence pour personnes âgées à Terrebonne, alors que Le Journal l’a accompagné durant la journée.

« Il faut faire très attention, si tu entres là-dedans avec le virus, les conséquences peuvent être catastrophiques, a expliqué l’homme de 27 ans qui a son produit désinfectant et sa boîte de gants jetables dans son camion. Je change de gants après chaque client. »

personnes âgées

Louise Cadieux, la résidente qui a accueilli Samuel au rez-de-chaussée, portait d’ailleurs son masque et ses gants lors de l’arrivée du livreur.

« Ça doit être une personne âgée à la fois qui descend en bas, il ne faut pas qu’ils se croisent », a aussi ajouté Samuel Maheux.

Le livreur a également livré des repas à trois jeunes familles à Repentigny et Charlemagne.

« C’est une super belle initiative, ça nous fait vivre le temps des sucres d’une autre façon », a pour sa part mentionné Marie-Josée Meloche, qui a reçu sa livraison des mains de Samuel.

Les personnes âgées représentent une importante partie de la clientèle parce que la danse en ligne est très prisée et qu’il y a souvent des soirées de la FADOQ à cette cabane, selon Frédéric Paiement, un des propriétaires.

« Ils sont attachés à la cabane, alors ça les réconforte de faire livrer parce qu’ils y en a qui sont confinées et qui broient juste du noir », a-t-il affirmé.

« C’est la première fois de ma vie que je fais livrer de la cabane à sucre, a pour sa part ajouté Louise Cadieux. Si on ne peut pas y aller, on va faire livrer. »

Un baume

La cabane à sucre préfère ne pas dévoiler le montant des livraisons, car ça peut être très variable et que l’expérience est préliminaire.

« Ce n’est pas un remède miracle et c’est sûr qu’on ne fera pas autant d’argent que dans le temps des sucres habituel, a dit le livreur, alors que L’aKabane accueille environ 20 000 personnes par année. Mais on crée un nouveau métier, ça n’existe pas des livreurs de cabanes à sucre en temps normal.»

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.