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Mon métier de journaliste a fait une différence pour Mario

Une roulotte a été fournie à un voyageur qui était en quarantaine dans son auto

Coronavirus - Covid-19
Photo courtoisie Mario Daoust devant la roulotte prêtée gratuitement par un bon samaritain.

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront.  


Le vendredi 13 mars 2020, j’étais en discussion avec le grand boss du Journal, Dany Doucet et le chef du Bureau d’enquête Jean-Louis Fortin. Mes deux pieds reposaient sur mon bureau, une vilaine habitude qui me donne l’air d’un gars au-dessus de ses affaires.   

Pourtant dans ma tête, les idées se bousculaient, une bagarre générale d’idées même. C’était 20 heures après le premier point de presse de François Legault. « Aujourd'hui, tout le Québec doit se mettre en mode d'urgence » avait dit le premier ministre.  

Il était environ 9h20. Nous étions les trois seuls arrivés au bureau, je crois. La salle des nouvelles attendait ses premiers employés.  

À force de les côtoyer, j’ai toujours trouvé que les gens qui travaillent dans les journaux étaient plus cérébraux que la moyenne des journalistes. Ils pensent beaucoup. C’est une qualité.  

PAS LA GUERRE, MAIS PAS LOIN  

Ce matin là, à 9h20, ils étaient moins cérébraux qu’à l’habitude... dans ma tête en tout cas. À bien y penser, ils étaient stressés et fébriles. Moi aussi.  

C’est tout le temps le même manège quand je sens qu’une énorme nouvelle s’en vient, mon cœur bat plus vite, je ne vois plus clair. Un sentiment d’hyperconscience.  

Je pense qu’à ce moment précis, on s’est parlés comme des soldats qui s’en allaient à la guerre. Ok, pas la guerre, mais pas loin. Notre conversation avait quelque chose de solennel. Un appel à sauter dans le vide et à faire ce que nous faisons de mieux. Bien des gens ont sûrement reçu le même appel au front.  

Le boss du Journal, dit : « Tsé, peut-être qu’à partir de demain, ça va être différent. Ça va peut-être différent pour toujours... »  

Le boss de TVA m’appelle pour me demander si j’étais prêt à travailler beaucoup. Quand il dit beaucoup, il veut plutôt dire énormément.  

Boss – Ça va être une longue ride...Es-tu prêt ?   

Moi - Oui  

Boss – (raccroche)  

Les patrons de presse économisent toujours leurs mots. En temps de crise... ils en économisent encore plus. De toute façon cette journée-là, c’était il y a mille ans.  

QUARANTAINE EN TOYOTA  

Depuis, mon cœur bat un peu moins vite, j’ai un peu plus peur et je vois un peu moins clair. J’ai deux enfants et une blonde qui fait le même job que moi. Je ne vois plus ma mère parce qu’elle a 72 ans. Mon père, qui demeure en région vient de faire un infarctus. Il avait déjà une leucémie. Ma belle-mère immunosupprimée, je ne la vois plus non plus. Je l’adore en plus ! Pour vrai.  

Je lis les nouvelles – que j’écris moi-même – et j’ai de la misère à croire que ce que j’écris est en train se de passer.  

Puis lundi, j’ai reçu un courriel. Rien de compliqué.  

 « Salut Félix, je couche dans mon char depuis cinq jours pour respecter ma quarantaine. » -Mario Daoust  

J’appelle le gars, un camionneur. Il s’est séparé il y a cinq mois et a décidé de partir en République Dominicaine. Il devait revenir à Montréal à la mi-avril. Son plan, sa seule option, était de coucher chez un ami en attendant de retomber sur ses pattes. Tough luck comme il disent. Comme des milliers d’autres, il est revenu de voyage plus tôt et il a du se placer en quarantaine obligatoire... dans sa Toyota Echo  

Il a dormi pendant cinq nuits dans sa petite Toyota Echo.
Photo courtoisie
Il a dormi pendant cinq nuits dans sa petite Toyota Echo.

Je l’ai rencontré dans son (très vieux) char où il dormait depuis cinq jours. Il ne demandait même pas d’aide, rien. Il voulait juste raconter son histoire de quarantaine dans sa sous-compacte qui tombe en ruine.  

Il demeurait stationné devant la maison de son chum sur la rue Juliette à Lasalle. C’est un avantage, car il pouvait squatter son wifi. C’était aussi son ami qui lui apporte son souper chaque soir, à la fenêtre de sa Toyota rouge. Le service au volant des confinés.  

Je lui ai dit : « si il y a de la place pour ton histoire dans le bulletin de TVA puis dans le Journal, ça va peut-être t’aider. »  

ROULOTTE  

Son histoire a été diffusée à 18h11 le soir même. 5 minutes plus tard, un homme de Laval m’écrivait. Donald Clouthier, un camionneur, comme Mario.  

« Bonjour, j’ai des roulottes que je mets en location l’été. Je pourrais lui en fournir une sans frais. Personne ne devrait être laissé comme ça. »  

Je fais une conférence téléphonique avec les deux camionneurs. À 18h30 Mario s’en allait cuver sa quarantaine et sa peine d’amour dans une roulotte stationnée devant chez M. Cloutier à Laval. En bonis : l’eau courante, le chauffage et l’électricité.  

« Il vient même me porter un café le matin ! » se réjouit Mario.  

Finalement, mon cœur a recommencé à battre un peu plus vite, j’ai plus peur du tout et je recommence à voir plus clair. À l’échelle planétaire, ce que j’ai fait ne représente rien du tout. Je ne suis pas médecin, infirmier, policier. Je ne suis même pas travailleur d’épicerie ou de pharmacie, pas camionneur. J’ai juste fait mon boulot.  

 Mais il se trouve que dans la vie d’un homme, ce boulot a fait une différence. Se vêtir, se loger, se nourrir... Ça fait parti des besoins essentiels. Comme nous le faisons tous au Journal et à TVA, j’ai servi l’essentiel et c’est un sentiment merveilleux.  

Si vous avez de l’information sur cette affaire contactez Félix Séguin en toute confidentialité: felix.seguin@protonmail.com et 514-618-6784 (cellulaire, Signal).

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.