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COVID-19: des aînés finissent leurs jours isolés de leur famille

Dans certaines résidences, aucun téléphone pour rejoindre les malades confinés

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Alors que le nombre de cas de personnes atteintes de la COVID-19 explose dans les résidences privées et les CHSLD, des aînés finissent leurs jours isolés plus que jamais de leur famille.  

• À lire aussi: François Legault hausse le ton au sujet des résidences pour aînés  

« Je sais que c'est triste, mais il ne faut pas aller visiter les personnes âgées dans toutes les résidences... Je parle pas seulement des CHSLD, mais de toutes les résidences où il y a plusieurs personnes âgées. Très important. C'est une question de vie ou de mort », a insisté François Legault, en conférence de presse, mercredi.  

Certaines familles aimeraient néanmoins avoir un moment avec un proche vivant ses dernières heures. Sauf exception, les visiteurs semblent se heurter à une désorganisation et à un manque de protection qui leur fait rebrousser chemin.  

Dimanche, Paul Mak, 68 ans, a rendu l’âme au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, en biais avec la prison de Bordeaux, à Montréal. Celui-ci aurait subi un infarctus après avoir présenté des symptômes du virus, affirme sa fille July Mak.  

July Mak
July Mak

Le sexagénaire ferait vraisemblablement partie des sept décès cumulés dans l’établissement depuis le début de la pandémie. Pas moins de 24 usagers sur environ 400 y luttent encore contre le virus.  

July Mak, 43 ans, en compagnie de son père Paul Mak, 68 ans, le 29 décembre 2019, bien avant que celui-ci décède au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, dimanche dernier.
Photo courtoisie
July Mak, 43 ans, en compagnie de son père Paul Mak, 68 ans, le 29 décembre 2019, bien avant que celui-ci décède au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, dimanche dernier.

« Impardonnable »  

Mme Mak est furieuse, car le personnel de l’endroit ne lui aurait pas permis de dire convenablement « au revoir » à son père.  

« C’est impardonnable. Ils lui ont volé du temps qu’il aurait pu avoir avec sa famille », souffle-t-elle, inconsolable.  

Depuis le 16 mars, toute entrée ou sortie y est interdite par prévention, en réponse aux demandes du gouvernement provincial. Or, cet établissement n’a pas de téléphones dans les appartements des usagers, qui eux s’y trouvent confinés.   

« Je voulais laisser un iPad, un cellulaire, mais rien ne pouvait entrer. J’ai tout, tout essayé, prétend la femme endeuillée. Avec la technologie actuelle, je peux pas croire qu’on n’ait pas pu lui parler davantage. »  

Sans nouvelles  

Ce n’est que 11 jours plus tard, soit le 27 mars, qu’un médecin l’aurait appelée pour lui annoncer que son père présentait des symptômes depuis quatre jours.  

« On m’a donné comme excuse qu’on avait oublié de m’appeler ! Ils nous ont gardés dans la noirceur tout ce temps », s’insurge-t-elle, encore visiblement atterrée par cette terrible épreuve.  

Entre ce moment et le décès de Paul Mak, sa fille n’aurait pu lui parler au téléphone qu’à deux courtes occasions, trop courtes, juge la principale intéressée.  

« Je n’ai même pas pu me déplacer avant qu’il parte. Tout ce qu’il m’a dit, c’est qu’il avait peur et ne comprenait pas ce qui se passait, relate-t-elle, ne pouvant pas contenir ses larmes devant le représentant du Journal. Et on m’a fait sentir que c’était une grosse faveur de lui parler ! »  

Pas une prison  

Or, July Mak n’en veut pas une miette au personnel médical qui a soigné son défunt père, qui a habité le CHSLD durant 9 ans.  

« Mon père était une encyclopédie de maladies, il n’était pas en santé. S’il attrapait le virus, on savait qu’il en mourrait, explique celle qui affirme lui avoir rendu quotidiennement visite. On l’a installé là pour que sa fin de vie soit moins souffrante, pas pour que ce soit une prison. »  

D’autres familles auraient confié à Mme Mak vivre des moments éprouvants de la sorte à Notre-Dame-de-la-Merci.  

« Je ne suis pas la seule. [Elles] n’ont pas la possibilité de rassurer leurs proches. On est au début de la crise, il va y avoir beaucoup d’autres morts... », laisse-t-elle en suspens.  

Trop lent  

Du côté du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, on dit ne pas pouvoir commenter les dossiers particuliers. Toutefois, quatre travailleuses sociales feraient des appels quotidiens auprès d’un répondant de chaque résident, affirme sa porte-parole Émilie Jacob. « Aussi, des cellulaires sont prêtés aux résidents. Mais comme ils doivent être désinfectés, leur transfert ne se fait pas rapidement », avoue-t-elle.   

« On n’a pas agi assez vite, déplore Paul G. Brunet, PDG du Conseil pour la protection des malades. Il y a trois semaines, on réalisait que les principales éclosions étaient dans les foyers pour aînés en France. Qu’est-ce qu’on a fait ici ? On a embauché de la sécurité, au lieu de tester le monde qui entrait. On a sorti les proches aidants, jugés dangereux, mais faut croire qu’ils n’étaient pas les seuls, en regardant la situation actuelle. »  

- Avec Cédérick Caron, Le Journal de Montréal et Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire

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