/lifestyle/psycho
Navigation

Attention au sexisme bienveillant

Emma
Photo courtoisie, Camille Ferre Emma

Coup d'oeil sur cet article

Après s’être fait connaître avec des bandes dessinées dénonçant la « charge mentale », cette expression signifiant que les femmes doivent gérer beaucoup de choses en même temps, l’ingénieure-informaticienne et auteure Emma dénonce le sexisme bienveillant dans son nouveau livre, Des princes pas si charmants.

<b><i>Des princes pas si charmants</i></b><br/>
Emma<br/>
Éditions Massot<br/>
111 pages
Photo courtoisie
Des princes pas si charmants
Emma
Éditions Massot
111 pages

L’auteure française revient sur le concept de la « charge mentale » pour bien l’expliquer à nouveau, rappelant pourquoi les femmes en font les frais, en portant sur leurs épaules bien des responsabilités. 

Elle décortique également le concept de « sexisme bienveillant », une pratique sournoise qui consiste à protéger ou valoriser les femmes tout en les considérant comme « des petites choses fragiles ».

Dans Des princes pas si charmants, Emma parle du sentiment de ne pas être évaluée pour ses compétences, mais plutôt sur autres choses qui n’ont rien à voir, comme son apparence ou sa bonne humeur, en milieu de travail.

Par ses dessins, ses dialogues et ses schémas, elle montre à quel point cette attitude dévalorisante peut miner la confiance en soi, même chez les personnes qui sont très compétentes.

Sexisme déguisé

Le « sexisme bienveillant » qu’elle décrit est une forme de sexisme déguisée en bonnes intentions. « Proudhon disait qu’il aimait trop la femme pour la laisser voter. Elle y perdrait son charme, elle est sur un piédestal, qu’elle n’en descende pas », commente-t-elle, en entrevue par courriel.

« Simone de Beauvoir disait que les hommes exagéraient l’influence des femmes dans certains domaines pour les convaincre qu’elles avaient la plus belle part. Mais que “les voix féminines se taisent là où commence l’action concrète”. »

« C’est ce que décrit le concept de sexisme bienveillant : on prétend donner aux femmes une place privilégiée, mais ce privilège ne s’exerce que dans les domaines que la société estime secondaires : le privé, les tâches ménagères et parentales, la beauté. »

Emma ajoute qu’aujourd’hui encore, ces mécanismes sont maintenus de manière inconsciente par les hommes. « On va féliciter les femmes sur leur bon travail de mères, sur leur look, parce que ce sont des domaines dont on ne veut pas. Et que ça permet de les écarter des autres. »

Elle explique, dans son livre, que ce concept a émergé en 1996, à la suite d’une étude menée par deux psychologues. « Selon Fiske et Glick, le sexisme aurait donc deux faces : l’une hostile, consistant à refuser aux femmes l’accès des domaines considérés comme “importants”, et l’autre, faussement bienveillante, consistant à encenser leurs compétences dans les tâches traditionnellement féminines et dévalorisées. Ils qualifient ces deux faces réunies de sexisme ambivalent. »

Que faire, collectivement, pour faire évoluer les mentalités ? « Je pense que le milieu artistique a un grand rôle à jouer dans cette affaire. Il faut travailler à représenter les femmes comme des sujets, et non des objets. »


♦ Emma a été élue l’une des six femmes de l’année 2018 dans 20 minutes.

♦ Ses livres sont traduits dans de nombreux pays.