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Des statistiques qui seront épeurantes prévient le PDG de la Banque Nationale

Louis Vachon
Photo Chantal Poirier Le PDG de la Banque Nationale, Louis Vachon, estime que la crise actuelle ne ralentira pas la transition énergétique et qu’elle pourrait même l’accélérer au cours des prochaines années.

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Les grands patrons de la finance nagent en eaux troubles, mais le Québec devrait éviter de justesse la « Grande Dépression », selon le PDG de la Banque Nationale, Louis Vachon.  

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« Il y a certaines statistiques qui vont être assez épeurantes », a laissé tomber en entrevue au Journal Louis Vachon, PDG de la Banque Nationale, qui a près de 104 milliards de dollars d’actifs sous gestion.   

Ces derniers jours, la Caisse a réservé 4 milliards $ aux entreprises, Desjardins a baissé les taux de ses cartes de crédit... les trois quarts des entreprises soutenues par le Fonds de solidarité FTQ ont vite accepté son offre de reporter leurs remboursements de prêts.    

« Ce n’est pas un 100 mètres qu’on fait, c’est un marathon qui va durer plusieurs mois », a reconnu le PDG du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin.   

« La pire chose qui pourrait arriver, c’est qu’on ferme nos frontières économiques trop longtemps », a prévenu de son côté le PDG de Desjardins, Guy Cormier.   

« Ce sera du cas par cas. Je pense qu’il est possible d’aider nos entreprises, tout en assurant notre rendement », a analysé pour sa part le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Émond.   

« Ça ne sera pas beau »  

Même si le nombre de reports de paiements hypothécaires dépasse maintenant le demi-million au pays, le Québec devrait pouvoir éviter le scénario de la « Grande Dépression » parce que l’État a agi de façon musclée, estime le grand patron de la Banque Nationale, Louis Vachon.   

« Le PIB pour le Q2, ça ne sera pas beau, mais ce n’est pas le début d’une Grande Dépression parce que c’est une suspension de l’activité économique, pas une destruction, et les gouvernements et les banques centrales ont bien réagi », a insisté le banquier.    

Contrairement à la crise de 2008, la sphère financière n’a rien à voir avec les bouleversements de l’économie, qui a été mise sur pause pour des raisons sanitaires, a-t-il observé, en évoquant la faillite fracassante de Lehman Brothers.   

« C’est un combat contre une jambette de mère Nature. Ce n’est pas un déséquilibre financier qui est derrière tout ça », a conclu le banquier québécois avec philosophie.   

– Avec la collaboration de Sylvain Larocque et de Philippe Orfali  


Comment vivez-vous cette crise sur le plan personnel ?  

Je suis au bureau tous les jours. Une partie de l’équipe est en télétravail. Une autre ici [au siège social, rue de la Gauchetière]. Il y a des rotations. Personnellement, j’ai plutôt opté pour être visible. On a 12 500 employés qui travaillent à distance. On a plusieurs milliers d’employés qui doivent se présenter dans nos succursales. On a plus de 80% de nos succursales, qui sont encore ouvertes. On a des centres d’appels. On a demandé à ces gens-là de se présenter. J’ai préféré aller les visiter plutôt que d’être absent.  

Pensiez-vous jouer un jour dans ce scénario actuel de film... catastrophe ?  

Au-delà de l’aspect humanitaire et sanitaire, sincèrement, je ne pensais pas voir un marché plus disloqué ou dysfonctionnel qu’après la chute de Lehman Brothers en 2008. C’est assez incroyable. La Banque du Canada a très bien réagi. Elle a plus réagi en 18 jours, en termes de politiques et de montants, qu’elle avait l’avait fait en 18 mois en 2008. Elle a très bien réagi. Ça démontre l’ampleur de ce qui vient de se passer. Maintenant, on va passer au travers.  

Qu’avez-vous à dire aux retraités qui craignent maintenant de tout perdre ?  

J’ai acheté mes actions quand elles étaient à la baisse parce que je crois en mon entreprise. Je l’ai fait. Je crois en mon équipe. Je crois en l’avenir. Je dis aux retraités : "On ne panique pas. On garde le calme. Ne vendez rien. On ne vend pas". On a beaucoup de gens qui dépendent directement, ou indirectement, de nos dividendes. On aide nos clients emprunteurs qui ont difficultés. On va en faire beaucoup pour eux, mais en même temps je dois protéger mes clients déposants et mes actionnaires.    

Comment interprétez-vous la réaction de nos voisins du sud face à la crise ?  

(Soupir) Les Américains ne sont pas sortis de l’auberge. Au Canada, les frontières vont être resserrées et contrôlées pendant une période de temps assez longue, à l’exception des biens. L’essentiel, c’est de permettre aux biens de circuler, ce qui sera fait. Pour le reste, il n’y a pas grand-chose à faire. Ça soulève encore l’importance du leadership dans une société. Aux États-Unis, c’est clair que l’Administration Trump n’a pas pris la crise au sérieux. C’est sûr qu’ils auraient dû réagir [avant].  

Chez nous, les gouvernements ont-ils bien agi selon vous?  

Oui, ils ont improvisé des politiques. C’est correct. C’est mieux d’improviser que d’être paralysés. Les gouvernements ont fait une bonne job. Au Québec, un acte qui nous a littéralement sauvés de bien des difficultés a été celui d’imposer la quarantaine à tous ceux qui revenaient de voyage le 13 mars dernier. On a 15 cas de COVID-19 confirmés, dont 11 qui revenaient de vacances, qui ont été confinés. S’il n’y avait pas eu cette quarantaine-là, ces gens-là se seraient promenés partout dans la tour.  

Êtes-vous inquiet pour la santé mentale de vos employés confinés ?  

Oui. On les encourage à faire de l’exercice et à rester en contact malgré le confinement. On offre à nos employés gratuitement le service de télémédecine Dialogue. On a ajouté la semaine passée un volet santé mentale. Il y a un risque. Je dirais que les gens qui sont les plus vulnérables ne sont pas ceux qui ont une famille et des enfants, mais bien les gens seuls. On commence à voir des statistiques et c’est ça, clairement. Ce sont eux les gens qui sont les plus désespérés à venir travailler.  

Les banques auraient-elles mieux absorbé le choc en étant plus digitales?  

Les clients ont des enjeux au niveau de leur portefeuille ou leur hypothèque. Nos clients entrepreneurs stressés veulent parler à du monde. Ça démontre encore une fois la limite de la digitalisation et de la robotisation. Dans les moments de vérité, je l’ai toujours dit et je l’ai toujours cru, quand ça brasse, quand ça va mal, tu veux parler à une personne. On est débordé d’appels. C’est correct. On ne sera pas tout remplacé par des robots. On voit la limite.