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Est-ce la fin du culte de la job de rêve à tout prix?

Successful girl working at the beach and relaxing
merla - stock.adobe.com

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Jusqu’à TRÈS récemment, les gens de ma génération se faisaient inonder (surtout par eux-mêmes) de messages positifs et inspirants, parfois empreints de quétaine, qui se résumaient à ça :   

Oublie les contraintes d’argent, lâche ta job stable, pis suis ton cœur pour vivre de ta passion! Le cash et le reste viendront. Vis sur ta marge de crédit d'ici là.  

Quand l’économie traverse un boom historique, l’idée de prioriser la sécurité professionnelle et la santé financière devient quasiment une insulte à notre désir d’épanouissement, gonflé par la pensée magique des captions Instagram.            

#lifegoals  

Prépandémie  

Tout semble possible.            

Tu es une comptable blasée qui fait rire ses collègues autour de la machine à café?          

Tu démissionnes, tu deviens une artiste full-time et tu publies des vidéos comiques sur YouTube. Aweille, tout le monde te trouve full drôle!           

Si tu as l’esprit globe-trotter, monte un campervan et deviens prof de Pilates sur planche de surf au Nicaragua. Allez, vis la vida à fond!            

Lancer sa marque de bikini bio ou ouvrir une chocolaterie artisanale en Gaspésie, aucune ambition était trop risquée pour la philosophie instagramienne du «écoute ton cœur et vis de tes passions».            

Beaucoup de milléniaux ont adopté cette vision de la carrière, à tort ou à raison. On nous a convertis à coups de publications d’histoires de revirement professionnel heureux.   

Évidemment, ceux pour qui c’était un succès s’assuraient d’en faire part au plus grand nombre. Parce que le storytelling, c’est bon pour le branding!           

Sauter dans le vide quand il y a pénurie de main-d’œuvre, c’est pas trop stressant. Si ça foire, on ira faire une couple de shifts dans un resto ou on retournera à notre «job ordinaire» en repensant à notre prochaine «job de rêve».            

J’y ai moi-même succombé en quittant la finance pour ma passion, les communications. «Moins d’argent, moins safe. Je m’en fous, je fais ce que j’aime.»             

Dès qu’une amie chialait sur son à 9 à 5, je m’empressais de lui dire : «Prends ton 4% LIVE! Tu vendras tes délicieux cupcakes en ligne. C’est quoi le pire qui peut arriver?»             

Le pire est arrivé  

Depuis 3 semaines, c’est le cauchemar pour ben du monde. Je suis un des chanceux toujours en poste, mais comme pour plusieurs, il n’y a rien de promis et de garanti.            

D’innombrables «jobs de rêves» et de passion projects sont sur le respirateur artificiel. Plusieurs ne survivront pas.            

Et le Plan B d’une «job ordinaire» n’est plus un matelas douillet où s’échouer en cas d’échec. C’est devenu une bouée de sauvetage à laquelle beaucoup de gens vont essayer de s’agripper en même temps.            

Des centaines de milliers d’abonnés sur Instagram et YouTube, ça ne rapporte rien si les annonceurs coupent massivement dans les dépenses publicitaires.          

Les industries du tourisme, du divertissement et du fun en général, c’est difficile d’en vivre convenablement quand tout le monde recalcule son budget à la baisse.            

Du positif là-dedans?  

À ceux qui traversent une inquiétante période d’incertitude : tenez bon!            

Mais on ne se fera pas des accroires. Quand la vie reprendra son cours, il y aura un nouveau «normal» moins économico-jovial pendant un bout. Ça peut durer quelques mois ou des années.            

Eh oui, il en découlera des injustices. On devra se tenir pour se lever et les dénoncer ensemble.            

On va surtout devoir faire preuve de créativité, d’humilité et d’une sacrée grosse dose de résilience.            

Il y aura tellement de trucs hors de notre contrôle qu’on devra faire notre possible pour gérer le contrôlable.            

Comme ils disent, «ça va bien aller». Du moins, espérons-le.            

A-t-on eu tort de croire qu’il est essentiel d’aller au bout de toutes nos ambitions, aussi funambulesques soient-elles? Doit-on revenir à l’idée que l’essentiel c’est d’avoir une job sécure, une maison pis un CELI ben plein?   

J’espère que tout ce merdier nous aidera à trouver un juste équilibre entre les deux.            

Et en voyant les travailleurs de «jobs ordinaires», dans le secteur manufacturier, en alimentation, en transport, en sécurité, en service à la clientèle et en soins qui se démènent pour tenir notre société à bout de bras, peut-être qu’on va aussi revoir notre définition du mot «essentiel». 

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