/finance/business
Navigation

La Caisse de dépôt 100% virtuelle

Charles Émond
Capture d'écran Charles Émond

Coup d'oeil sur cet article

La Caisse de dépôt et placement du Québec peut se targuer d’être parmi les seules institutions financières « 100 % virtuelles » depuis l’éclosion de la crise.  

• À lire aussi: Entrevues avec les grands patrons de la finance au Québec 

«Que ce soit au Québec ou ailleurs, on travaille tous de la maison. On est opérationnels 24/7. Les gens travaillent énormément pour protéger le capital des Québécois», soutient le PDG, Charles Émond.    

La Caisse se retrouve aujourd’hui en bien meilleure posture que lors de la crise économique de 2008, affirme l’ex-banquier de la Banque Scotia. Mais il refuse d’évaluer pour l’instant l’impact financier de la situation actuelle sur les actifs de la Caisse.   

«La Caisse n’est pas immunisée. Mais notre portefeuille est plus diversifié et on est entré dans cette crise dans une position défensive.» Il concède toutefois que certains actifs comme les centres commerciaux détenus par la filiale Ivanhoé-Cambridge risquent d’y goûter et il est probable qu’IC quitte plus rapidement que prévu ce secteur, laisse-t-il entendre. «Même chose pour les espaces de bureaux. C’est sûr qu’il va y avoir des changements alors qu’on réalise que le télétravail, ça marche bien pour plusieurs entreprises.»   


Comment vivez-vous personnellement cette crise (travail à la maison, famille, etc.)?  

Que ce soit au Québec ou ailleurs dans le monde, on travaille de longues journées, mais tous de la maison. On est opérationnels 24/7. Les gens travaillent énormément pour protéger le capital des Québécois.   

Est-ce que vous gérez la Caisse entièrement à distance?  

Je suis connecté, j’ai tous mes outils. On fonctionne avec Microsoft Teams. Mes journées sont bien remplies. Je ne passe pas autant de temps connecté avec tout le monde habituellement! Bien qu’on fasse ça à distance, c’est comme si ça soude encore plus l’équipe.   

Quelle a été votre première priorité quand la crise a éclaté?  

La sécurité des employés. On a pris des mesures dès le 20 janvier parce qu’on a des bureaux en Asie. On avait déjà une cellule de crise, des mesures d’hygiène qui sont devenues de plus en plus musclées à l’ensemble de l’organisation. Ensuite évidemment, c’est de m’assurer que la Caisse est opérationnelle dans le contexte de volatilité des marchés.   

Vous avez vécu les crises du 11 septembre 2001 et de 2008. En quoi se comparent-elles à celle-ci?  

Plusieurs font ce parallèle. Mais cette crise est différente. Elle a débuté en Chine, un acteur plus important aujourd’hui qu’avant. Ce ne sont pas les excès bancaires qui ont ralenti l’économie, c’est une crise sanitaire qui ferme complètement l’économie. On peut dire que c’est aussi brutal que 1929.   

Est-ce que vous pouvez rassurer les Québécois que vous allez faire preuve de compassion pour les individus et les PME en eaux troubles?  

Dès les premiers signes de cette crise, on n’a pas attendu qu’elles nous contactent. On les accompagne. On est allé vers nos sociétés. On a fait un plan d’aide de 4 milliards qui s’imposait dans les circonstances. Ce sera du cas par cas. Je pense qu’il est possible d’aider nos entreprises tout en faisant des profits.   

Est-ce que les Québécois doivent craindre pour leur retraite? Et les retraités actuels?  

Non. Il ne faut pas s’inquiéter pour la retraite. La Caisse n’est pas du tout dans la même situation (qu’en 2008). On a les liquidités pour faire face à la situation actuelle et à l’après. Comparativement à 2008 on a une marge de manœuvre. Ces crises passent, elles sont difficiles, mais elles passent.   

Est-ce que le plan d'aide du fédéral et du Québec est suffisant pour relancer l’économie?  

C’est très difficile d’évaluer si ce sera suffisant parce que personne n’a une boule de cristal. Mieux vaut se préparer pour une période qui se prolonge. Plusieurs mesures robustes ont été présentées. C’est contre-intuitif, mais ce qui va nous relancer le plus rapidement, c’est de respecter les mesures sanitaires.   

Québec a mis en place un comité des priorités pour préparer la relance économique. Avez-vous des priorités à proposer à François Legault?  

Il y a certaines industries où la piste de (re)décollage va être longue. Il va falloir rajouter des moteurs à l’avion pour s’assurer qu’il décolle. Je pense qu’il faudrait s’assurer d’avoir des programmes adaptés. La reprise va être différente d’un secteur à l’autre.   

On a eu des discussions avec les gouvernements. Je les laisse faire leurs choses, mais on va certainement donner (le pouls) du terrain.   

Notre plus grand partenaire économique est les États-Unis. Ce pays est devenu l'épicentre de la contagion. Croyez-vous que cela aura un impact majeur sur vos affaires?  

Ce n’est pas à moi de commenter la fermeture de la frontière. C’est complexe. C'est évident qu’on regarde du côté des États-Unis, c’est le gros point d’interrogation qui va avoir un impact chez nous.   

Que va-t-il advenir de votre virage vers les investissements verts? Pensez-vous l’accélérer ou plutôt le mettre de côté?  

On ne va certainement pas le mettre de côté. Il est en place depuis plusieurs années et est même intégré à notre politique de rémunération. Je pense que cela va créer de nouvelles opportunités pour nous.   

Qu’avez-vous retenu jusqu’à présent de cette crise en termes de ressources humaines? Votre entreprise ressortira-t-elle de la crise avec autant d’employés, ou moins?  

On n’a pas de plans de réduction d’emplois. Les gens à la Caisse ont un emploi. Certainement que d’avoir une présence globale diversifiée va demeurer. C’est comme ça qu’on va chercher les rendements où ils sont. Il y a un équilibre à aller chercher par rapport au télétravail. Les frontières invisibles deviennent encore plus difficiles à voir, de la maison. On avait la perception que les gens étaient moins productifs. C’est tout le contraire en ce moment, les gens sont connectés 20h sur 24, les gens communiquent plus que d’habitude. Il n’y a plus de bureaux à l’étranger ou à Montréal, tout le monde se rapproche.   

À combien évaluez-vous la perte de valeur liée à la crise des dernières semaines sur vos actifs?  

On communique nos résultats seulement en milieu d’année. Ce que je dirais, c’est que la Caisse n’est pas immunisée. Mais notre portefeuille est diversifié. On est entré dans la crise avec une posture défensive. Je vous dirais que les gens ne devraient pas s’en faire outre mesure dans l’ensemble. Certains actifs comme les centres d’achats, c’est sûr qu’il y a des tendances qu’on observe. L’immobilier, certains secteurs vont en profiter, comme l’industriel. D’autre part, les centres commerciaux sont fermés en ce moment. Il y aura une évolution. La crise va accélérer ces changements-là. Même chose pour les espaces de bureaux, c’est sûr qu’il va y avoir une différente perspective quand on réalise que le télétravail, c’est fonctionnel. On n'a peut-être pas besoin d’autant de bureaux.   

Est-ce la fin du système bancaire et/ou financier tel que nous le connaissons?  

Notre système bancaire canadien est fort, solide, on a la Banque du Canada qui coordonne très bien les institutions. Il faut éviter de dire que c’est la fin du monde comme on le connaît. Cela dit, cette crise va avoir des effets à plusieurs niveaux dans plusieurs secteurs de l’économie.   

Pourquoi les grandes institutions financières n'ont-elles rien vu venir? Qu'est-ce que cela traduit de leur capacité réelle à évaluer le risque?  

Gestion de risque ne veut pas dire de prévoir tout scénario possible. Gérer le risque c’est plutôt se préparer à des défis qui pourraient venir. On prévoyait que les marchés étaient surévalués de façon prononcée, alors on avait positionné notre portefeuille en conséquence. Je pense qu’on est dans une position solide, même après la baisse des marchés.   

Est-ce que les banques, qui ont été secourues par endroit par l'État, vont à leur tour lui venir en aide en ces temps difficiles?  

On l'a démontré avec les mesures annoncées, soit 4 G$ pour aider les entreprises à faire face à la pandémie de COVID-19. On a une sensibilité par rapport à ce qui se passe. On a une relation étroite avec tout l’écosystème québécois et tous les marchés ou on est. On a lancé un signal d’appui directement dans notre mandat, soit des rendements pour les déposants et le développement économique.