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Nos vieux

coronavirus covid 19
Photo Simon Clark Dans le brouhaha des opinions sur la pandémie, nous entendons des voix qui banalisent la vie des plus vieux. À bannir.

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Je vous fais une déclaration. Lorsque j’aurai 85 ans, j’espère que ma vie aura encore une valeur aux yeux de ma société. J’espère que si une pandémie frappe, on ne me mettra pas dans la colonne des pertes probables ou des dommages collatéraux malheureux.

Je réagis vivement à ce qu’on voit circuler depuis que nous commençons à déplorer des décès liés au coronavirus. Lorsque je fais des commentaires publics ou des interventions dans les médias sociaux sur la gravité de la pandémie, je reçois des commentaires inquiétants. 

Des gens qui accusent gouvernements et médias de dramatiser la gravité de la crise, due à l’âge avancé de ceux qui perdent la vie.

S’enfoncer dans le déni

La réalité devient gênante pour les têtus qui ont comparé la COVID-19 à une simple grippe. Ces incrédules essayent continuellement de défendre leur erreur. À certains moments, ils ont feint d’ignorer le concept de contagion en comparant le coronavirus avec des maladies non contagieuses. Puis ils ont espéré l’apparition soudaine d’un remède miracle. 

Quel est leur dernier rempart pour éviter d’avouer qu’ils ont eu tort de prendre la chose à la légère au départ ? 

Minimiser la gravité des décès. Et pour minimiser la gravité des décès, on cible l’âge. « Des vieux dont plusieurs étaient déjà malades »... Sous-entendu, ce n’est pas si grave.

Nos aînés aiment la vie. Les témoignages des familles concernant certaines des premières victimes de la COVID-19 nous parlent de gens encore bien lucides et attachés à leurs proches. Il leur restait quelques belles années et ils auraient bien évité cette fatalité s’ils avaient eu à choisir.

La valeur de la vie

Je ne suis pas arrivé là, mais le vieillissement, comme le reste de la vie, est un chemin complexe. Les gens en âge avancé parlent avec sagesse et lucidité de la mort. Ils vivent avec une conscience bien éclairée qu’il y a plus d’années derrière que devant. Cela ne les empêche pas de savourer à plein les jours, les mois et les années qui sont devant. De goûter intensément les choses importantes de la vie, ne fût-ce que voir grandir leurs petits-enfants.

Qui a le droit d’enlever leur valeur à ces années de la vie ? Certainement pas des fanfarons qui essayent de justifier leurs déclarations passées sur le caractère banal de ce petit virus.

Le nombre de résidences pour aînés où le virus s’est introduit a de quoi inquiéter. Il nous laisse craindre plusieurs décès parmi les personnes hébergées. Nous risquons de vivre des journées où le nombre de pertes de vie sera un chiffre plus douloureux.

C’est alors qu’il faudra se souvenir qu’il ne s’agit pas de statistiques banales à propos de pertes collatérales. Ces gens sont les mamans et papas qui ont bercé le Québec. Ce sont les travailleurs qui ont construit le Québec. Ce sont des hommes et des femmes qui ont soigné, instruit, nourri le Québec pendant toute leur vie.

Nous leur devons respect et protection.