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Des masques pour tous!

Une vieille recommandation

Des masques pour tous!
AFP

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Quand la pandémie s'est faite menaçante ici aussi, on a vite deviné que, si les Québécois n’étaient pas invités à porter un masque facial, c’était parce qu’il n'y en avait pas pour tout le monde.  

Les autorités ont eu le même réflexe partout: protéger les stocks au profit du personnel soignant.  

Des réserves? Pas vraiment, plutôt l’écho des entrepôts...     

Au rendez-vous de 13h, MM. Legault et Arruda ont d’abord éludé les questions sur le sujet, rappelez-vous. Ils répétaient plutôt qu'il faut se laver les mains. Se distancer. Rester chez soi, etc.     

Bien sûr qu’il fallait répéter ça, et sans doute le gouvernement Legault venait-il de constater l’état des stocks...     

Comme d’autres administrations dans le monde, le Québec était sous l’épée de Damoclès... Certains le savaient, d'autres l'avaient prévu.     

En France, m’a confié un médecin généralement bien informé, on a ordonné la destruction d’un milliard de masques. Allez, hop!, à l'incinérateur!      

Je le cite, en toute confiance: «Ils n’ont rien trouvé de mieux que de tous les brûler! Car ils arrivaient à une date limite soi-disant! Bon, c’est certain que, comme toute chose, il y a une date limite, sauf que tous disent que, même après cette date, ils sont bons à 97 %! C’est quand même très acceptable! Des super crétins je vous dis!»  

La fameuse date de péremption sert à justifier, ici aussi, l’absence de réserves au ministère de la Sécurité publique. Mais il y a autre chose.      

On sait depuis des années que le Québec est dans une situation périlleuse face aux États-Unis.     

Après l’épidémie de SRAS en 2003, les autorités canadiennes et québécoises ont fait un bilan des opérations et conclu qu’il fallait se défaire de la dépendance des fabricants américains de masques sanitaires.     

«Les masques employés au Québec sont tous fabriqués aux États-Unis, ce qui pourrait compromettre l’approvisionnement aux fournisseurs québécois en période de pandémie», précisait un rapport de l’Institut national de la santé publique, rendu public en 2007 et rangé dans l’étagère de l'oubli avec des milliers d’autres.     

Des masques pour tous!
Photo courtoisie

L’institut recommandait d’établir un «plan en cas de pandémie d’influenza» et demandait au ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation d’inciter les entreprises québécoises à lancer une «production de masques en vue d’assurer un approvisionnement adéquat durant la pandémie». C'est ce qu'on cherche à faire présentement...     

Quant à ce que les fonctionnaires redoutaient, Trump l’a ordonné ces jours-ci: les USA gardent leurs masques!, forçant Justin Trudeau à d’autres génuflexions et poussant le Canada à se tourner à nouveau vers la Chine, experte ès pandémie!     

Il est chanceux, l'Allocuteur à Lutrin, qu’en échange de masques, les Chinois n’exigent pas la libération immédiate de Meng Manzhou, la Mata Hari du téléphone...     

Le gouvernement Legault a trouvé des fournisseurs et passé des commandes en catastrophe, quitte à payer cash; le Québec n’avait que quelques jours d’autonomie pour le personnel hospitalier.      

Quant au grand public, on ne lui a pas encore dit d'en porter pour aller à l'épicerie ou ailleurs. Il le fait tout seul, doit-on constater...     

En 2007, on suggérait d'évaluer avec le secteur privé quelles seraient «les modalités permettant de s’assurer que la population aura accès à des masques en vente libre durant la pandémie». Il n'y a manifestement pas eu de suite à cette recommandation.     

D’autres instances sanitaires ont fait des rapports épidémiologiques après le SRAS et la grippe H1N1.      

L’INSP avait prévu qu'advenant une rupture de stock, il faudrait opter pour le système D.     

«Si l’accessibilité aux masques chirurgicaux ou de procédure était insuffisante ou compromise, il faudrait envisager l’utilisation de masque en papier ou en tissus pour les personnes symptomatiques et informer le public sur les moyens de fabriquer des masques en tissu», précisait le rapport.     

Des masques pour tous!
Photo AFP

Le port du masque était clairement recommandé au personnel soignant et à ceux travaillant avec le public ou dans les transports en commun. Mais on estimait aussi que la population en général pourrait aussi y avoir droit.     

On conseillait d’expliquer leur utilisation de manière à éviter les manipulations fautives.     

À la télé, les Québécois voient bien qu’on en porte partout dans le monde. Des médecins disent que c'est recommandé et si, en France par exemple, on ne l'a pas suggéré, c'est faute d'en avoir suffisamment. D'autres disent que ce n'est pas nécessaire.     

Mais, dans une application spontanée du principe de précaution, la population est de plus en plus nombreuse à en porter. On en voit presque partout, et parfois des plus originaux...     

Il faudra sans doute bientôt une nouvelle vidéo de la santé publique.      

Le docteur Arruda pourrait nous montrer comment mettre ou enlever en toute sécurité un masque facial, qu’il soit fait maison ou pas...     

Ne sait-il pas combien nous sommes désormais dociles et pendus à ses lèvres à partir de 13h?