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Une pensée pour les lapins

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Ceux qui lisent régulièrement ma chronique savent que j’aime bien me moquer des milléniaux, que j’appelle « les petits lapins ».

Leur naïveté, leur hypersensibilité, leur incapacité à confronter des opinions contraires aux leurs...

Eh bien, aujourd’hui, j’aimerais prendre un moment pour changer de disque et m’apitoyer sur le sort des lapins.

Sans second degré et sans cynisme.

L’embarras du choix

Il y a quelques semaines, les milléniaux surfaient, le vent dans le dos.

Grâce à la pénurie de main-d’œuvre qui frappait la plupart des secteurs de l’économie, ils avaient l’embarras du choix quand venait le temps de magasiner un emploi. 

« Tu me demandes de travailler les fins de semaine ou de faire du temps supplémentaire ? Tu ne me donnes pas la promotion que je t’ai demandée même si ça ne fait que trois mois que je suis à ton emploi ? Eh bien, désolé, boss, mais je vais aller travailler ailleurs. »

Ils avaient le gros bout du bâton. Comme on dit en bon québécois, ce sont eux qui « callaient les shots ». 

Il n’y avait pas meilleur moment pour avoir 20 ans – économiquement parlant. 

Or, en quelques jours, tout ça s’est écroulé.

On est passé d’un taux de chômage ridiculement bas à un taux de chômage ridiculement haut. 

Il n’aura fallu que quelques semaines – une vingtaine de jours, tout au plus ! – pour que le monde change du tout au tout. 

Les lois de la nature

Aujourd’hui, les commerces, les bars et les restos sont fermés.

Or, qui travaillait dans les commerces, les bars et les restos ? Qui bossait comme vendeuses, serveuses, barmaids ou bus boys ?

Les lapins. 

Ils ont passé de « ceux qui ont le gros bout du bâton » à « pas de bâton pantoute ». 

Plus d’emploi et plus de cours. Rester à la maison quand tu as 40 ans, ça se fait.

Pas toujours facile, mais ce n’est pas la mer à boire. 

Mais avoir 20 ans et tourner en rond dans ton salon ? Être enfermé avec papa-maman 24 heures sur 24 ? Ça va à l’encontre des lois de la nature.

La jeunesse, c’est fait pour sortir, s’éclater, faire des rencontres, expérimenter. 

Voir des shows, te dévisser la tête, ouvrir toutes les portes que tu croises sur ton chemin. 

Pas jouer à Mille Bornes.

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La (vraie) austérité

Et puis, il y aura l’après-crise. Vous pensiez que les boomers avaient creusé la dette avec une pépine, chers lapins ?

Vous n’avez rien vu.

Avec les programmes d’aide qui s’empilent les uns sur les autres depuis deux semaines, le trou de la dette est tellement profond que vous n’en verrez pas le bout de votre vivant. 

Les gouvernements devront se serrer la ceinture et couper dans les dépenses avec une scie mécanique. 

Finis, les programmes sociaux chromés mur à mur ! Fini, le party !

Quand votre père ou votre mère vous parlera – avec les larmes aux yeux – de l’austérité du gouvernement Couillard, vous vous direz : « De quoi ils se plaignent ? C’était le bon temps ! »

Alors, oui, chers amis lapins, je me suis moqué de vous. 

Mais là, aujourd’hui, je vous plains. Sincèrement.

Je regarde mes filles de 23 et 21 ans, et je me dis qu’elles n’ont pas la jeunesse qu’elles auraient dû avoir. 

Et ça me fout le cafard.