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Achat local: les Québécois restent solidaires

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Le lancement du «Panier Bleu», site internet qui permet aux Québécois d’acheter des produits locaux, valeur doublement essentielle à l’heure actuelle, a été un véritable succès dans ses premières heures.  

Dimanche, il était très difficile d’accéder au site tant il était fréquenté. Cela tend donc à démontrer que les Québécois tiennent à acheter des produits d’ici.  

Pour Fabien Durif, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, c’est carrément manifeste. Le chercheur tient actuellement une vigie qui surveille les comportements des consommateurs québécois depuis le début de la crise de la COVID-19 et il constate entre autres une solidarité indéniable.  

«En quelques jours, il y a bien entendu une évolution des comportements d'achat, a-t-il souligné, en entrevue à TVA Nouvelles. Et l'achat local reste pour l'instant la valeur refuge au niveau de la consommation et la consommation responsable.»  

Le Québec, comme le reste de la planète, est plongé dans une crise économique, sociale et sanitaire sans précédent, a rappelé M. Durif, ce qui rend ce comportement encore plus étonnant et admirable.  

«L'achat local, bien entendu le "Panier Bleu ", c'est le seul comportement au niveau de la consommation responsable qui a tenu le coup, qui a même augmenté, a-t-il observé. Les autres comportements plus responsables ont diminué. On sent qu'il y a un souci, les deux tiers des Québécois veulent vraiment soutenir l'économie locale, et on voit qu'ils découvrent à l'heure actuelle des entreprises locales.»  

Maintenant, certaines choses peuvent être améliorées, notamment l’identification de certains produits comme étant bel et bien québécois.  

«Il y a trois freins majeurs chez les Québécois au niveau de la consommation locale: le prix, la disponibilité et l'identification des produits, a expliqué M. Durif. Il faut que le consommateur puisse identifier c'est quoi, un produit fabriqué localement.»  

«Dans le "Panier Bleu ", on parle essentiellement d'initiatives, donc de commerces de proximité, a-t-il poursuivi. Maintenant, il faut passer à l'étape suivante, c'est-à-dire des produits fabriqués localement : qu'est-ce qu'un produit québécois? Là, on va avoir besoin certainement d'un peu plus d'encadrement, de la même façon que dans l'alimentaire [...] avec peut-être des certifications, des programmes, qui vont permettre aux gens de mieux identifier les produits.»  

Sur la durée  

Si l’engouement initial des Québécois pour le «Panier Bleu» est appréciable, il faudra aussi que ce comportement perdure, a observé le PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Charles Milliard.  

«C'est un bon signe que le site ait "planté", malheureusement! Nous, à la Fédération, nous avions lancé une initiative similaire qu'on avait appelée "J'achète bleu", alors je vous avoue qu'on est ravis que le gouvernement prenne cette idée-là au bond et décide de faire ce site de référencement là», a-t-il indiqué, en entrevue à LCN.  

Est-il maintenant temps, comme certains l’ont avancé dans le passé, de lancer une sorte d’«Amazon» québécois?  

«Je nous mettrais en garde avant de faire une grande structure et d'avoir des rêves exceptionnels comme un Amazon québécois, a tempéré M. Milliard. J'aimerais voir l'aiguille bouger dans le changement de comportement des Québécois.»  

«On l'a vu depuis un mois, ils ont répondu "présent" à l'appel du premier ministre pour le confinement, pour le don de sang, pour le bénévolat, là il est maintenant temps de répondre oui à l'idée de changer ses habitudes commerciales», a-t-il ajouté.  

«Il n'en tient qu'à nous pour qu'hier [dimanche, jour de l’annonce du Panier Bleu] soit le jour zéro d'une nouvelle ère dans le commerce de détail au Québec.»