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COVID-19: petites salles en péril

La COVID-19 pourrait avoir sonné le glas du Lion d’Or

Cabaret Lion d'Or
Photo courtoisie En raison de la crise, le cabaret Lion d’Or a dû reporter plus de 65 événements jusqu’au mois de mai.

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La crise du coronavirus fait très mal aux petites salles de spectacles. L’une d’entre elles, le Cabaret Lion d’Or, pourrait même avoir fermé ses portes pour de bon, il y a quelques jours. « Je ne sais pas si on va être capable de s’en sortir », indique la directrice générale, Sara Castonguay, qui ajoute avoir perdu un demi-million de dollars avec la pandémie.

Au bout du fil, Sara Castonguay essaie de ne pas se décourager. Il y a quelques jours, elle a dû remercier les 60 employés du Lion d’Or. Elle-même devait se mettre à pied quelques heures plus tard, car elle n’avait plus les moyens de se payer.

Comme toutes les autres salles de spectacles de la province, le Lion d’Or a officiellement fermé ses portes jusqu’au 4 mai, à la suite des demandes du gouvernement Legault. « Mais dans les faits, les conséquences sont beaucoup plus importantes que ça, remarque Sara Castonguay. Tout le monde annule aussi le mois de juin. [...] En ce moment, j’en suis à 65 événements reportés. Et ça va être clairement plus que ça. »

Le printemps servait habituellement à l’équipe du Lion d’Or à générer de l’argent pour passer à travers la saison estivale, qui est généralement plus difficile. « À moins d’être dans le Quartier des spectacles, l’été n’est pas une bonne saison pour les salles », fait remarquer la directrice générale.

La fermeture actuelle du cabaret rend donc la situation financière très difficile. « On avait des sous pour vivre un mois et demi, peut-être deux, sans rentrée d’argent, dit Sara Castonguay. Là, on va l’atteindre. Et ça va peut-être être plus long que ce qu’on est capable de payer. »

« Les conséquences financières pour moi vont être catastrophiques, ajoute celle qui est aussi une des propriétaires de l’établissement. En ce moment, je suis à un demi-million de pertes. Et j’ai arrêté de compter. On est une petite organisation. Ça roule sur mon énergie personnelle. »

Aide insuffisante

Le Cabaret Lion d’Or étant un organisme à but non lucratif, il n’était initialement pas couvert par les premières aides annoncées par le gouvernement Trudeau, au début de la crise. Il y a quelques jours, Sara Castonguay a toutefois appris qu’elle devrait finalement avoir droit à un prêt du gouvernement de 40 000$, comme c’est le cas dorénavant pour les OBNL.

« Mais même la caisse ne sait pas encore comment gérer ça... Malgré tout, on est loin de retrouver nos pertes financières, dit-elle. Je demeure vraiment incertaine quant à la réouverture de la salle. »

En activité depuis une trentaine d’années, le Lion d’Or a présenté des milliers d’événements, dont le réputé concours annuel des Francouvertes. Cette salle de style art déco est l’un des rares cabarets des années 30 à subsister à Montréal.

Festival incertain

À la Sala Rossa, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, le fondateur Mauro Pezzente reconnaît être dans la même situation qu’au Lion d’Or, car sa salle de spectacle est aussi un OBNL. « J’ai licencié tous mes employés, dit-il. Tous nos spectacles sont annulés jusqu’à la fin du mois d’avril. Mais des gens qui ont des spectacles à la mi-mai commencent aussi à annuler. »

En juin, la Sala Rossa prévoyait présenter son festival Suoni Per Il Popolo 2020. Mauro Pezzente ne sait toujours pas ce qu’il fera. « Quand la crise sera finie, j’ai peur que les gens ne seront pas intéressés à aller dans les salles de spectacles. »

Aussi directeur des salles Casa Del Popolo, La Vitrola, La Sotterenea, Mauro Pezzente ne croit toutefois pas qu’il devra fermer l’une de ses salles pour de bon. « J’ai une bonne relation avec mes propriétaires, dit-il. Je leur ai déjà dit que je n’aurai pas d’argent pour payer le loyer, mais je ne crois pas qu’ils trouveront quelqu’un d’autre pour louer l’endroit comme bar ou salle de spectacle. »

Les diffuseurs s’inquiètent

À Québec, la situation est tout aussi difficile. Le propriétaire de l’Anti, un bar-spectacles de la basse ville qui présente 360 concerts par année, est inquiet. Il n’est pas représenté par un regroupement de diffuseurs.

« Les salles subventionnées sont bien représentées pour aller chercher un maximum d’aide au gouvernement. De mon côté, j’ai peur d’être oublié. Je n’ai pas le statut des grandes salles. Je n’ai jamais eu de subvention », dit Karl-Emmanuel Picard.

En fait, tout le monde s’affole. « Plus le temps passe, plus les pertes financières sont importantes. C’est en millions de dollars », indique la directrice générale de RIDEAU, Julie-Anne Richard, qui attend avec impatience les détails de l’aide promise par l’État.

« Est-ce qu'il va rester des mesures fortes pour la culture? Nous l'espérons », affirme celle qui se dit rassurée par ses échanges avec le cabinet du ministère de la Culture.

Avec la collaboration de Cédric Bélanger