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Apocalypse Now... pour vrai

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Photo AFP

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« La semaine prochaine sera un moment comme Pearl Harbor, comme le 11 septembre, sauf que ce ne sera pas localisé, ce sera dans tout le pays ».

C’est Jerome Adams, premier fonctionnaire de la santé publique aux États-Unis, qui parlait de la semaine débutée hier.

Trump, lui, estime qu’il aura fait « a good job » si, au terme de cette pandémie, moins de 100 000 Américains meurent.

100 000, ce serait quand même plus, comme le soulignait le New York Times, que le nombre de soldats américains qui moururent, pendant les présidences de Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon, lors des guerres de Corée (33 686 morts) et du Vietnam (58 220 morts).

Déconnecté

Trump ne pourra pas prétendre qu’il n’a pas eu le temps de voir venir. Il a eu deux mois d’avance sur l’Europe.

Mais il a choisi de nier, de minimiser, de refuser d’écouter, et, comme toujours, de blâmer les autres.

Ce fut d’abord « un petit rhume », puis tout était « sous contrôle », puis « le remède serait pire que le mal », puis, évidemment, la faute d’Obama et des États dont les gouverneurs sont des démocrates.

Normand Lester comparait Trump à l’empereur romain Caligula. Les parallèles sont en effet saisissants.

Personnellement, puisque nous avons du temps pour revoir nos films favoris, Trump me fait penser au colonel Kurtz dans Apocalypse Now, hormis pour les massacres qu’il ordonne.

Le gars finit par perdre le contact avec le réel, s’enfonce dans le déni, se prend pour un dieu incompris des petits humains, mais trouve le moyen de garder des fidèles.

L’ancien gouverneur du Vermont, Howard Dean, qualifiait récemment Trump de « deeply disturbed narcissist ». Qui dit mieux ?

Certes, les derniers sondages montrent une remontée de son taux d’approbation. Du calme.

En temps de crise, les gens apeurés se rallient d’abord autour du drapeau et du chef. Ils le voient prendre des décisions, même si elles sont tardives et incohérentes. 

Biden est éjecté de la scène publique, en plus d’être mordillé aux mollets par Sanders, devenu une nuisance égocentrique.

À l’automne, quand les États-Unis compteront leurs morts et leurs chômeurs, on verra où en sera Trump. En 1945, les électeurs britanniques montrèrent la porte... à Churchill.

Leadership ?

Il y a des tas de choses admirables chez les Américains, mais cette crise fait ressortir le pire de ce pays.

Il paie aujourd’hui le prix pour son chacun pour soi, son obscurantisme religieux, et sa méfiance atavique de l’État, qui le condamnent à un « patchwork » de mesures locales et désordonnées, comme si le virus s’arrêtait à la frontière entre le Texas et l’Oklahoma.

Le gouverneur de la Géorgie, Brian Kemp, vient d’ordonner la réouverture des plages !

Les Américains en sont réduits à détourner du matériel médical prévu pour d’autres pays en payant trois fois le prix sur le tarmac de l’aéroport.

Pour le leadership moral dont le pays s’est souvent targué, on repassera.

Si, après la calamité actuelle, il fallait que Trump soit réélu, un croyant pourrait y voir un châtiment biblique infligé aux Américains.

Mais je ne suis pas croyant. Et aujourd’hui moins que jamais.