/news/coronavirus
Navigation

Crise de confiance de «Big Pharma»

Crise de confiance de «Big Pharma»
AFP

Coup d'oeil sur cet article

La crise de la COVID-19 aura fait ressortir une autre sorte de contagion: la propagation de fausses nouvelles, qui se multiplient à une vitesse fulgurante sur les médias sociaux. La principale cible de ces faussetés? Big Pharma, ou les grandes compagnies pharmaceutiques chargées de développer un éventuel remède ou un vaccin contre la COVID-19.   

«C'est à une puissance inégalée, affirme Ève Dubé au sujet du volume de fausses nouvelles liées à la pandémie.      

  • ÉCOUTEZ Ève Dubé, chercheuse de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, à QUB radio:   

La chercheuse de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, qui se penche habituellement sur les mensonges qui entourent la vaccination, dit ne jamais avoir vu rien de la sorte.     

«Il y a beaucoup de parallèles avec la désinformation qu'on voit habituellement sur d’autres sujets de la santé, mais le nombre d’allégations est complètement démesuré.»      

Le phénomène est si remarquable que Mme Dubé vient de recevoir une subvention de 500 000$ du gouvernement fédéral afin d’analyser la circulation d’informations concernant la COVID-19 et l’impact des fausses nouvelles sur les efforts de santé publique.     

«Ce qui m'intéresse, c'est la pénétration des fausses nouvelles dans la population et l'effet que ça peut faire, dit-elle. L'idée, c'est d'identifier les interventions de communication qui vont générer la confiance des gens envers les autorités de santé.»     

La confiance à regagner   

Au cœur de cette crise de l’information siège une industrie pharmaceutique qui, après avoir enchaîné les erreurs et les méfaits, tarde à regagner la confiance du public.      

Parmi les rumeurs les plus persistantes: celles qui prétendent que les pharmaceutiques ont créé le virus pour s’enrichir, et une autre qui veut que l’industrie cherche à nous cacher le fait qu’un remède à la COVID-19 existe déjà.      

Pour le philosophe québécois Jean-Claude St-Onge, le scepticisme de la population face au domaine pharmaceutique n’est pas surprenant, et aurait en partie été causé par l’industrie elle-même.      

«Il y a eu toutes sortes de scandales qui ont fait que les gens n’ont pas confiance en les sociétés pharmaceutiques, affirme l’auteur de L'Envers de la pilule, un livre qui se penche sur les méfaits de l’industrie. Seulement aux États-Unis, en quelques années, les compagnies pharmaceutiques ont été condamnées à verser 40 milliards de dollars en amendes de toute sorte, parce qu'elles ont effectivement volé le gouvernement, elles ont mis en marché des produits qui étaient dangereux, elles n'ont pas informé le public sur les effets indésirables.»     

M. St-Onge mentionne entre autres la crise des opiacés, qui a tué presque un demi-million d’Américains dans la dernière décennie. «Purdue, le fabricant de l'Oxycontin, avait minimisé les risques de surdose et les risques d'addiction des opioïdes», explique-t-il. La pharmaceutique américaine, qui a fait faillite en septembre 2019, fait l’objet de plus de 3000 poursuites reliées à ses produits.     

Gérald Posner, journaliste d’enquête américain et auteur du nouveau livre PHARMA, souligne que jadis, avant cette ère de scandales pharmaceutiques, l’industrie suscitait beaucoup d’admiration.      

«Dans les années 50 et 60, après la Seconde Guerre mondiale et la pénicilline, c'était l'âge d'or des pharmaceutiques, car elles avaient des antibiotiques, elles éradiquaient toutes sortes de maladie, dit-il lors d’un entretien téléphonique. On considérait qu’il s’agissait du domaine où la science allait tout changer, et les gens pensaient vraiment qu'ils trouveraient des remèdes.      

Mais avec les profits qui augmentaient, la transparence et la responsabilité diminuaient, et M. Posner explique que tout s'est mis à changer dans les années 70. Par exemple: «Des enquêtes du Sénat ont révélé que pendant 15 ans, la pharmaceutique Searle savait que les contraceptifs qu’elle distribuait avaient de très hauts niveaux d'œstrogène qui causaient des caillots sanguins et des cas de cancer du sein, et qu'elle n’avait rien fait.»     

Gerald Posner croit que les théories du complot qui visent les pharmaceutiques n’ont rien à envier à la réalité, car «ce sont les histoires vraies qui nous font vouloir s’arracher les cheveux, elles sont choquantes à ce point-là.»      

Dans un contexte où cette industrie jugée peu fiable a maintenant le mandat d'aider à résoudre une crise de santé publique mondiale, à quoi peut-on s’attendre?    

Gerald Posner maintient qu’il est important que les gouvernements —notamment, les Américains—scrutent de très près les activités des pharmaceutiques afin de s’assurer d’avoir leur mot à dire quant au prix et à la distribution des remèdes et de l’éventuel vaccin contre la COVID-19. «Les autorités doivent veiller à ce que nous ne nous retrouvions pas dans une situation où [les pharmaceutiques] ont tout le pouvoir», dit-il, ajoutant qu’il est peut-être déjà trop tard. «On est dans un contexte de peur et d'anxiété qui nous rend désespérés, où les gens sont prêts à payer n'importe quoi pour une solution, et les compagnies pharmaceutiques seront aux commandes pour tout cela.»     

Mais avec tous les phares braqués sur elles, les compagnies pharmaceutiques sauront-elles faire preuve d’altruisme? Gerald Posner rappelle qu’elles sont d’abord et avant tout des entreprises à profit, mais il suggère que si la plupart des corps de métiers ont eu à faire des sacrifices pour surmonter la pandémie, l’industrie pharmaceutique pourrait faire de même. «On doit tous se serrer la ceinture en ce moment, dit le journaliste. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas demander à l'industrie pharmaceutique de se contenter de plus petits profits.»  

Situation au Québec

En date du

Cas confirmés

Total

Décès

Total

Vaccins administrés

Total 84 837+ 9 264

Tests effectués

Total 5 195 725+ 35 114

Hospitalisations

Total

Soins intensifs

Total

Voir tous les chiffres